‹ André Hofer et l'insurrection du Tyrol en 1809Chapitre 4 sur 26 · Gambs, HisU de l'Église de J.-C. au XIX e tiècle, t. I · texte numérisé non relu

Gambs, HisU de l'Église de J.-C. au XIX e tiècle, t. I

ANDRE HOFEK

Ce peuple, en effet, est religieux, comme d'autres sont guerriers, artistes ou marchands; c'est avant tout un peuple catholique, et tel est le trait vraiment original de sa physionomie, tant l'Église Ta fortement marqué de sa visible empreinte !

Trop souvent ailleurs traitée d'ennemie ou d'étrangère, elle est encore dans ces montagnes obéie, aimée comme une reine, une mère, et semble à l'heure où les grandes nations l'abandonnent se réfugier et se complaire parmi ces

hommes simples et bons. -

Extrema per illos Relligio exccdens terris vestigia fecit.

Quelle foi vive, quelle inébranlable confiance en Dieu se manifestent, surtout chez l'habitant des vallées allemandes, dans toutes les vicissitudes de la vie comme à la mort ! Que de pieux usages fidèlement gardés jusqu'à ce jour ! et la prière du soir en commun, et le salut si chrétien Loué soit Jésus-Christ, et le départ matinal de

toute la famille se rendant, dimanches et fêtes, à l'église souvent bien éloignée.

Partout, sur les montagnes, dans les bois et les vallées, près des ponts, des ravins et des fontaines, que de chapelles, de calvaires, de croix, d'inscriptions et d'images, pieux symboles traduisant parfois les plus sublimes pensées dans le plus naïf langage ! Tel ce crucifix que rencontra Guido Gœrres dans la vallée de Thiersee, et qui du côté entr'ouvert du Sauveur laissait jaillir une eau rafraîchissante et pure.

Surtout quelle vénération, quel amour les Tyroliens n'ont-ils pas pour leurs évéques et pour leurs prêtres ! Le prêlre, il est la première et la dernière autorité de la vallée; chaque affaire de la famille est portée à son tribunal, chacun de ses conseils suivi avec une ingénuité presque infantine. C'est le seul maître durant la vie, le consolateur qu'on préfère à la mort, et l'agonisant se ferait scrupule de se plaindre, si le

prêtre déclare que l'heure est venue et que telle est la volonté de Dieu.

Aussi, de tout temps, le Tyrolien s'est-il montré particulièrement jaloux des intérêts de l'Église, et fort sensible à la moindre atteinte portée à ses droits. Les réformes de Joseph II ne rencontrèrent nulle part ailleurs, si ce n'est en Belgique, une aussi générale réprobation, une résistance aussi opiniâtre, et le gouvernement du pays, dans l'exécution des ordres de l'empereur sacristain, dut procéder avec les plus grands ménagements et parfois même céderà la volonté nettement exprimée du peuple.

Moins prudents et moins avisés furent les fonctionnaires bavarois ; ils traitèrent le Tyrol en pays conquis et s'en prirent tout d'abord à l'Église.

Ils n'avaient rien cependant à reprocher au clergé. Dès le 7 novembre 1805, les évêques du pays exhortaient vivement leurs prêtres et leurs peuples à l'ordre, à la paix, à la soumis-

sion envers l'autorité. De plus, ils envoyaient un député à Munich, chargé de complimenter le roi. Sa Majesté daigna répondre : « Nous reconnaissons comme un des premiers devoirs de notre gouvernement de seconder les pasteurs de l'Église dans l'accomplissement de leur bienfaisant ministère et de les aider activement, pour le bonheur de nos peuples, à atteindre le but sacré que se propose la religion catholique en enseignant la vérité. »

Maximilien était-il sincère ? S'il Tétait en effet, ignorait-il les projets de son premier ministre? Ou bien, s'il les connaissait déjà, — et comment en douter? — pensait-il, par les mesures violentes que nous allons raconter, servir l'Église , édifier les âmes et glorifier Dieu?

Toujours est-il que les actes donnèrent aux

paroles un bien prompt démenti.

Quelques mois s'écoulent, et tout à coup, par

décret royal du 16 avril 1806, toute la situa-

tion religieuse du Tyrol est changée : chapitres

et monastères, prélatures et bénéfices, nombre des séminaires, siège des évêchés, division des diocèses, tout est réduit à l'état le plus précaire et c mis sur le pied du provisoire. »

Malgré les plus solennelles assurances, l'Église en Tyrol allait-elle donc subir les mêmes outrages que la bureaucratie lui infligeait en Bavière ?

Le doute ne fut plus possible, quand le gouvernement, après avoir prodigué les petites vexations au clergé du second ordre, signifia brusquement aux ordinaires les trois décisions suivantes qui s'attaquaient à l'essence même de leurs droits épiscopaux : Défense aux évêques d'admettre aux ordres sacrés aucun clerc que les professeurs de l'Université d'Inspruck ne l'aient préalablement, au nom du roi, examiné et approuvé ; — Ordre aux évêques d'adresser à leur clergé respectif une circulaire aux termes de laquelle ce dernier sera tenu d'exécuter avec

la plus entière soumission toute ordonnance royale ayant trait à € la police de l'Église : » — Ordre aux évêques d'abandonner au roi la collation de tous les bénéfices et même des cures de leurs diocèses.

Régler les ordinations, intervenir dans les choses divines par des arrêtés de police, conférer aux ministres de Jésus -Christ charge d'âmes, n'avait rien que de naturel et de raisonnable aux yeux du gouvernement. « C'est qu'il considérait la hiérarchie catholique comme un vieil édifice tombant en ruines, sur les débris duquel le pouvoir séculier devait asseoir le trône de l'absolutisme et réunir dans la main du prince les deux autorités, jusqu'alors distinctes , de l'Église et de l'État. De là suivait tout naturellement que chaque refus, chaque réclamation de l'Église et du clergé devait être réprimé par la force, comme en désaccord avec le nouvel ordre de choses (1). »

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