CHAPITRE VIII
Après la Mort ©).
Deux jours après sa mort, Marvell fut enterré « dans le bas-côté méridional de l’église Saint-Gilles des Champs, près de la chaire » (2). Faut-il voir dans le choix de cette place une revanche du clergé anglican que le satirique était ainsi condamné pour l'éternité à entendre psalmodier les « ennuyeuses répétitions » (3) de la liturgie ? En tout cas la cérémonie funèbre ne paraît pas avoir attiré grand concours d'amis ou d’admirateurs. Aubrey lui-même, qui connaissait Marvell et allait se faire son premier biographe, n’y assista pas, car pour savoir au juste où reposaient les restes du poète il dut se renseigner par la suite auprès du fossoyeur (4), autorité excellente, mais dont les relations avec Marvell commencèrent et finirent sans doute ce dix-huitième jour d’août
Si Londres laissa le défenseur des libertés publiques s'en aller au milieu de l'indifférence, Hull montra plus de gratitude; tout de suite la gloire de Marvell prit le caractère d’une gloire locale, avec toute la piété que comporte ce mot et non sans quelque chose de l’étroitesse qui en est la rançon. Le 26 septembre la commune vota la somme alors considérable de cinquante livres sterling, « en considération de l'affection que la ville portait à André Marvell... et des grands services rendus par lui à la municipalité », pour « acquitter les frais de son enterrement et pour perpétuer son souvenir par une pierre tombale » (5). L'église de Saint-
(x) Il eût été fastidieux de faire entrer ic, même en note, toutes les allusions à Marvell de sa mort à aujourd’hui. Le lecteur pourra compléter les indications de ce chapitre en se reportant à la bibliographie. — Nous avons consulté les articles &e Nethercote : (1) The reputation of the Metaphysical poets during the x7th century (Journal of English and Germanic Philology, avril 1924) — (2) The reputation of the Metabhysical poets during the age of Pope (Philological quarterly, Iowa, avril 1925) — (3) The reputation of the Metaphysical poets during the age of Johnson and the ror mantic revival (Studies in Philology, North Carolina, janvier 1925). Mais nous n'y avons à peu près rien trouvé sur Marvell.
(2) Cf. supra, chap. V, n. 256. — M. Margoliouth nous communique cet extrait d’ure lettre de L’Estrange à Henri Compton, évêque de Londres, datée du 20 août 1678 : «It may Possibly be Newes to your Lordship that Mr. Marvell is Dead, (sodainly) and was bury’d on Sunday [Aug. 18] night at St Giles in the ffields ». La lettre se trouve à la Bodléienne, Rawl. MS. C. 083, f. 18.
(3) An Historical Poem, v. 89 : « dull crambo ». (4) Aubrey, op. cit., vol. II, p. 54 : & He... is buried in St-Giles church in-the-fields
about the middle (quære iterum) of the south aïsle ». Quelque temps après Aubrey ajoute : « He lies interred under the pews in the south side of St-Giles’ church in-thefields, under the window wherein is painted in glasse a red lyon. and is the [ ] from the east. This account I had from the sexton that made his grave ». Le numéro de la fenêtre est en blanc dans le ms.
(s) Hull bench books, sub die. Cité par Grosart, vol. II, p. x£vri.
re. 420 2e
Gilles fut rebâtie au XVIIIe siècle (6); aussi la disparition de cette pierre tombale ne doit-elle pas surprendre. Mais une tradition, d’ailleurs suspecte, veut que des royalistes fanatiques aient « arraché une inscription » placée au-dessus de la pierre tombale par les soins de la commune de Hull (7). Si cette vengeance sacrilège s’exerça, ce fut sans doute lors de la réaction qui suivit la défaite des whigs en 1682. Une autre tradition, un peu mieux établie et qui semble inconciliable avec la précédente, prétend que le curé de Saint-Gilles opposa son veto à l'érection dans son église d’un monument commémoratif (8). Du moins ces légendes, si l’on doit leur donner ce nom, attestent-elles la conviction des amis de Marvell que celui-ci était devenu à la fin de sa vie l’un des plus redoutables ennemis du gouvernement.
Qu'elle ait été placée ou non sur sa tombe, l’épitaphe de Marvell offre un certain intérêt, car elle évite le style hyperbolique et mensonger si familier à ce genre de compositions. Toutes les qualités qu’elle accorde à notre poète : l'esprit [wif], le savoir, la pénétration, la solidité du jugement, « une fermeté inaltérable dans les voies de la vertu », la sagesse [æisdom], la dextérité, l'intégrité et le courage, il les possédait sans conteste. Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas l’excès de la louange, mais au contraire la rapidité avec laquelle l’auteur de l’épitaphe (peutêtre Guillaume Popple) passe sur les « écrits inimitables >» de Marvell, tandis qu'il insiste complaisamment sur son rôle comme député; le mot qu'il a voulu mettre en pleine valeur, c’est le mot patriote. Pendant un siècle et plus les biographes ne cesseront de frapper la même note.
Tout aussi caractéristique de l’attitude que devaient adopter les admirateurs de notre poète jusqu’à l'apogée du mouvement romantique, est une pièce de vers anonyme, écrite sans doute dès la fin de 1678, Sur son excellent ami, Monsieur André Marvell (9). En celui-ci est glorifié l’en-
(6) Birrell, p. 221.
(7) Thompson, vol. III, p. 491 : « The epitaph which the town of Hull caused to be erected to Marvell's memory was torn down by the zealots of the King's party ». Page 481, Thompson dit qu’en 1774 il ne put retrouver le cercueil de Marvell parmi le millier de ceux qui se trouvaient dans la crypte de l’église.
(8) Grosart, vol. I, p. Lir, n. 1 : @ I am not mindful to tell of the bigot Rector’s refusal to allow a monument ». Grosart, à son habitude, n'indique pas sa source et procède par prétérition. Pourtant il semble ici ne pas parler en l’air. Dans le ms. entièrement écrit de la main de Guillaume Popple et conservé au Musée britannique (Add. MS. 8.888), on trouve à la page 165 : « An Epitaph intended for my uncle Marvell who lies burie& in St-Giles’s church in the Fields 1688 [c’est-à-dire sans doute 1688/9, date de la Révolution] ». Le texte de cette épitaphe est le même que donnent Cooke, I, 35, et Thompson, vol. III, p. 482 [la seule variante se trouve dans la citation latine : MS, jam tenet; Cooke et Thompson : continet], et que Thompson déclare avoir excité la fureur des royalistes, chose invraisemblable si l’on accepte la Gate donnée par Porple. Ce texte spécifie que le monument auquel il était destiné avait été érigé par la ville de Kingston-sur-Hull, et il semble bien que la rédaction de l’épitaphe soit l’œuvre de Popple lui-même. Le mot « intended » indique l’absence de réalisation, et le veto après la Révolution ne pouvait guère venir que du clergé, particulièrement du curé de Saint-Gilles, qui &e 1675 à 1601 était un certain Sharp, plus tard archevêque d’Vork, connu surtout aujourd’hui pour son rôle dans la vie de Swift, au reste homme assez modéré, semble-t-il. — Birrell, pr. 223-4, fait de Sharp, auquel il attribue l'interdiction de l'érection @u monument funèbre, le curé de l’église de la Trinité à Hull, erreur manifeste. Dans les Tercentenary tributes, p. 33, figure le compte-rendu d'une allocution prononcée en 1921 par le curé de Saint-Gilles, où l’histoire du refus de Sharp est reproduite, sans plus de preuves.
(9) On his Excellent friend, Mr. Andrew Marvell, 1677, &ans le premier volume des Poems on affairs of State. (5° ed., 1703) pp. 122-3. La date de 1677 est naturellement erronée, mais le ton du poème indique qu’il fut composé peu après la mort de Marvall. — L'attribution de-ces vers à Jean Sheffield, alors comte de Mulgrave et plus
nemi de « ce monstre farouche, le pouvoir arbitraire » ; alors que beaucoup lâchaient pied, « Marvell, sentinelle vigilante de notre île, — se tint sur la brèche et bravement resta à son poste ». D'ailleurs les adversaires politiques de feu le député de Hull disent de lui la même chose, sur un autre ton (10). Dans l’Epitre aux Whigs qui précède son poème satirique intitulé La Médaille (mars 1682), Dryden attribue la première invention des doctrines séditieuses qu’il combat « à ce pamphlet de votre auteur défunt, l'Accroissement du Papisme » (11). Quelques mois après, dans la préface de Religio laïici (novembre 1682), il s'exprime avec plus de violence sur le compte de son prédécesseur en satire; afin de donner une idée du style de Martin Tue-prélat, il l'appelle € le Marvell de ce temps-là » et ajoute, pour que nul ne s’y trompe
« Martin fut le premier écrivailleur presbytérien qui sanctifia les libelles et la grossièreté en les mettant au service de la bonne vieille cause » (12). La comparaison n’a rien d’original; avant Dryden Parker s’en est avisé (13). Mais son emploi par le maître du Parnasse anglais montre bien quelle partie de l’œuvre de Marvell, inséparable de son activité politique et religieuse, vit dans les mémoires quatre ans après sa mort (14).
tar& duc de Buckinghamshire, rapportée par Thompson, vol. III, p. 485, semble de pure fantaisie : Sheffield était un tory et un ami de Dryden. — Birrell, p. 220, n. #, confond ce poème avec Marvell's ghost qui se trouve dans le même recueil à la page 160. Cette dernière pièce, qui fait prononcer par le spectre de Marvell un violent réquisitoire contre la dynastie des Stuarts, de Jacques 1°" à Jacques Il, semble un peu plus tardive, mais n’est pas moins caractéristique @e l'autorité que les whigs accordaient à Marvell; l’auteur, Jean Avyloffe, fut exécuté le 30 octobre 1685 pour avoir participé au complot de Rye-House (voir bibliog. n° 07).
M. Margoliouth nous signale une allusion à Marvell qu’il a découverte dans les mss. de la Bodléienne, Carte papers, 103 f. 225. Un nouvelliste écrit à la date du 2 septembre 1678 : alsoe Mr. Andrew Marvell a Member of parliamt for the towne of Hull and a famous sticler about the ffrench popish and Court Intert is lately decd ». Le ton de la lettre est assez neutre; pourtant elle serait plutôt hostile que favorable à la cour: en tout cas elle témoigne du rôle joué par Marvell comme opposant dans les dernières années de sa vie et de la réputation qu'il laissait en mourant.
(10) Outre les pamphlets cités aux chapitres V et VII on peut signaler ici À Leiter to the Earle of Shaftesbury from Tom Tell-Troth, a downright Englishman, 16817, cité par Robbins, p. 236, n. 1.
(11) « I have perused many of your papers; and to show you that I have, the third part of your No-Protestant Plot is much of it stolen from your dead author’s pamphlet, called the Growth of Popery; as manifestly as Milton’s Defence of the English People is from Buchanan’s De jure regni apud Scotos; or your first Covenant and new Association from the holy league of the French Guisar&s ».
(4x2) « … Martin Mar-prelate, the Marvel of those times, was the first Presbyterian scribbler, who sanctified libels and seurrility to the use of the good old cause ».
(13) Reproof p. 113 : &« As Martyn was just another wit as you, so you are just such another fool as Martyn.…. »; cf. 1bid., p. 105, et passim dans les pamphlets contre Marvell. — Dans la seconde partie &e The Rehearsal transprosed (Grosart, III, 460) celui-ci considère, ou feint de considérer l’assimilation comme injustifiée.
(14) À côté et fort au-dessous de Dryden, L’Estrange combattait les whigs dans son journal L'Observateur en dialogue, où un interlocuteur fictif chargé de représenter le point de vue whig cite Marvell avec éloge : volume I, n° 189 (r5 août 1682), n° 204 (13 sept. 1682); n° 399 (6 sept. 1683); dans ce dernier cas l'interlocuteur est un juste-milieu [Trimmerl. — Dans le vol. If, apparaît l'histoire de la liste des « worthy men » ou complices de Shaftesbury, liste sur laquelle aurait figuré Marvell : n°%% 13, 14, 15, 16, 17 [ce dernier numéroté par erreur 18], parus du 6 au 17 février 1683/4. L’Estrange essaie de prouver que Shaftesbury, dans les papiers &e qui aurait été trouvée cette liste, a connu les prétendues révélations d’Oates avant la mort de Marvell, donc avant la déposition d’'Oates devant Godfrey (6 septembre). Robbins, qui a fait une étude serrée de ce point, conclut (op. cit. pp. 244-6) que la liste est une invention da L'Estrange, ce qui semble vraisemblable, vu la date tardive où il en parle le premier. — Depuis L'Estrange l'argument a été repris plusieurs fois, encore récem-
Certes Dryden n'avait aucune raison de se montrer bienveillant envers son ancien collègue en correspondance latine du temps, souvenir désagréable, d'Olivier Cromwell, car Marvell l'avait attaqué sans provocation à plusieurs reprises (15). Toutefois la même générosité qui inspira au poète royaliste de nobles paroles sur Milton aurait pu, semblet-il, se manifester par un éloge du talent de Marvell, toute réserve faite sur le fond de ses pamphlets. Or le mot « écrivailleur » qui s'applique à Martin Tue-prélat mais aussi à Marvell, montre le parti-pris politique et non la sérénité de la véritable critique. Plus regrettable encore est le silence gardé par Dryden sur le poète lyrique qu’il devait pourtant connaître lorsqu'il s'en prenait au pamphlétaire. L'année précédente, en effet, le talent de Marvell avait été présenté au public sous son aspect le plus aimable dans un assez beau volume qui donnait, sous le titre sans prétention de Poésies mêlées tous les vers que la censure la plus soupçonneuse devait déclarer inoffensifs. L'éditeur avait bien songé à insérer dans ce recueil les poèmes à la louange de Cromwell, profitant peut-être de la ferveur whig du parlement qui se réunit en octobre 1680 (l'avis au lecteur est daté du 15 de ce mois); mais cette législature dura peu et l'éditeur perdit courage : en cours d'impression il s'arrêta au milieu du poème sur la mort du Protecteur, et cette pièce, ainsi que le Premier Anmversaire et l'Ode horatienne, disparut des exemplaires mis en vente (16). Malgré cette précaution le volume ne rencontra un accueil favorable qu’auprès de ceux qui partagaient les idées de Marvell sur l'Etat et l'Eglise (17); et dans ce groupe la majorité semble avoir loué de confiance, par gratitude pour les services de l’auteur en un autre domaine, un genre poétique peu conforme à sa propre austérité; beaucoup achetèrent les Poésies mêlées, qui regardèrent seulement le portrait du frontispice (18). Loin que la politique ait nui en 1681 à la réputation poétique de Marvell, il semble lui avoir dù ce peu de bruit qui se fit alors autour de ses plus belles œuvres. Du silence qui retomba bientôt sur elles nous devons chercher la cause dans le changement du goût au cours des trente années qui séparent la com-
ment par J. G. Muddiman dans The King's Journalist, 1659-1689. Studies in the neign of Charles II, p. 210, dont le parti-pris tory fait souvent violence à la critique historique. — Le second argument de L’Estrange, plus troublant, est la ressemblance entre la « conspiration » dénoncée par Marvell dans la Relation de l'accroissement du paisme…., et le « complot » imaginé par Oates. Mais il n’est pas nécessaire d’accepter l’explication, insinuée plutôt que proposée franchement par L’Estrange : une collusion entre Marvell et Oates (et aussi Shaftesbury); il suffit de supposer, ce qui est infiniment probable, qu’Oates avait lu le pamphlet de Maärvell et s’en était servi, non sans y ajouter beaucoup. — Dès le mois &e Mai 1678 L’Estrange avait répondu à la Relation de Marvell (voir bibliog. n° 76 et 77).
M. Margoliouth nous signale une autre attaque contre la mémoire de Marvell dans A Brief History of The Times... In a Preface to the third volume of Observators. London. 1687, p. 130. L’Estrange cite un passage assez long de The Growth of Popery sur la loi Fa Test et accuse Marvell d’avoir trahi la vérité et calomnié le gouvernement royal pour faire valoir son « Noble Patron », c’est-à-dire Shaftesbury.
(5) Dans On Mr. Milton’s Paradise lost, v. 17-22 et 478, et aussi dans The Rehearsal transprosed où une partie des plaisanteries sur Bayes atteignent indirectement Dryden (voir supra, ch. VII).
(16) Voir bibliog., n° 3.
(17) Wood, Athene, IV, 239 : «his poems.…. were taken into the hands of many persons of his persuasion, and by them cried up as excellent ».
(18) Dans les exemplaires conservés le portrait manque souvent. Cf. Aitken, vol. I, p. xx, et le discours de Birrell dans Tercentenary tributes, p. 61.
position de la publication. Les autres survivants de l’école sméta- Physique passent tout aussi inaperçus, même s'ils sont d'excellents royalistes et de pieux anglicans, comme Vaughan et Traherne. Ce changement du goût, presque universel, se marque dans la carrière de Dryden lui-même qui va d’une imitation extravagante de Donne à une condamnation respectueuse mais décisive de ce maître. Si Dryden n’a pas laissé la moindre allusion à l’œuvre lyrique de Marvel, il faut voir là un effet, non de l'esprit de parti ni de la rancune, mais de l'indifférence qu'éprouve l'adulte à l'égard des jouets de son enfance.
, Dans l’œuvre politique de Marvell les pamphlets en prose ont jusqu'à la révolution de 1688/0 un public plus étendu que ses satires en vers. La Relation de l'accroissement du papisme…, traduite en français, parait à Hambourg en 1680, portant sur le continent les idées, à défaut du nom, de son auteur (19). Deux ans plus tard un whig écrit, en anglais, La seconde partie de l'Accroissement du papisme.…., dont le titre et même la pagination indiquent la volonté de poursuivre dans l'esprit où elle a été commencée une tâche interrompue par la mort (20). L’Essai sur les conciles œcuméniques reparaît en 1680 et 1687 (21). Après la Révolution, non seulement la Relation prend place parmi les Pamphlets pohiiques que réimpriment les vainqueurs pour justifier la déchéance des Stuarts (22), non seulement un extrait intitulé Le caractère du papisme est répandu comme brochure de propagande populaire pour attiser le fanatisme protestant (23), non seulement la renommée du pamphlétaire se répand jusqu'en Amérique (24), mais encore les satires en vers reçoivent une publicité jusqu'alors inconnue. De 1689 à 1704 paraissent dans divers recueils d'inspiration whig (25) toutes celles qui ont chance d’être de lui et d’autres lui sont attribuées auxquelles il n’a sans doute jamais mis la main. Parmi les héros de la veille auxquels on dresse alors des autels il se place au premier rang, comme le prouve par exemple le titre d’un de ces recüeils parus l’année même de la révolution : Collection de poèmes sur les affaires d'état, à savoir [suit une liste de titres] par André] Mlarvelil. Ecuyer et d'autres beaux esprits éminents, poèmes pour la plupart inédits. En même temps le spectre du satirique est évoqué pour flétrir l’hésitation du clergé anglican et particulièrement de l’archevêque de Cantorbéry, Sancroft, à saluer en Guillaume d'Orange
{x9) Voir bibliog. n° 71.
(zo) Voir bibliog. n° 78.
(21) Voir bibliog. n°° 65 et 66.
(22) Voir bibliog. n°° 73 et 74.
23) Voir bibliog., n° 72.
ua Voir Cobon Mather, Eleutheria : or an Idea of the Reformation in England... 1606 London and Boston N.E. Mather dit que «€ the witty Marvel » était Ça conformist » pour donner plus de poids à son témoignage contre le clergé anglican, et cite un long passage de The Rehoearsal Transpros'd (Grosart, JIT 168-sqq.) commençant : & [There] are a particular Bran of Persons, who will, in spight of Fate be accounted the Church of England. ». — Nous devons cette référence à l’'amabilité de Madémoiselle Robbins qui à vu un exemplaire d’Eleutheria dans la bibliothèque de l’université du Michigan. Ni la Bodléienne ni le Musée britannique ne semblent posséder ce livre. ù é , : :
(25) Surtout les premiers en date. Une fois la ferveur révolutionnaire calmée les éditeurs, qui voient s’épuiser les satires whigs, y mêlent les répliques des torys, notammeut de Dryden. — Voir bibliographie, n°° 25 à 33.
pe
le libérateur de l'Angleterre (26). C'est le moment, peut-on dire, où l’action politique de Marvell s'exerce avec le plus de vigueur et de succès ; elle mérite de compter parmi les causes qui dans les dernières
années du XVII siècle et les premières du XVIII* amenèrent le peuple
anglais à cette organisation politique et religieuse dont tant de traits subsistent encore aujourd’hui. Aussi l’un des agents, obscur mais actif, de cette transformation, De Foe, admire-t-il Marvell. Dans L’Anglais pur-sang, écrit en 1701 pour défendre contre les préjugés nationaux le roi étranger et ses favoris hollandais ou huguenots, on a pu signaler
des réminiscences du Dialogue entre les deux chevaux (27). Et jusqu’à la:
fin de sa vie De Foe citera cette même satire (28), agréable, malgré quelques élans de fantaisie, à son esprit prosaique et bourgeois.
Dans la première décade du XVIII siècle lEssai sur les conciles reparaît deux fois encore, et la seconde de ces publications montre que les admirateurs de l’Essai se trouvaient sur les frontières extrêmes du
christianisme, où celui-ci se distingue mal du déisme (29). Aussi ren-
contre-t-on dans un catalogue burlesque d’écrits imaginaires ce numéro : L’obéissance passive envoyée à tous les diables… Suivie d’une Comparaison entre les Pères de la primitive Eglise et ceux d’aujourd'hw. Le
tout en une lettre écrite par Jean Toland à André Marvel, écuyer, dans
sa demeure des Champs-Elysées (30). Et à cette date (1704) le nom seul
(26) Marvells ghost : being a true copy of a Letter sent to the A.Bp. of Cant. upon his sudden Sickness, at the Prince of Orange's first Arrival into London. 1688/0. La satire se compose de deux parties : The Apology (environ 30 vers) et The Ghost (environ 8o vers). Cette seconde partie renferme une invective contre les évêques en général qui rappelle The loyall Scot et An historical poem. Voici la conclusion : « Which is the cruel’st Beast will then be known. — An English Prlelalte or a French dragoon ». — Il ne faut pas confondre cette satire (voir bibliographie n° 98) avec celle qui porte le même titre et qui est attribuée à Ayloffe; voyez supra.
(27) Cf. Aüïtken, vol. II, p. 193. — Margoliouth (note sur le vers 95) dit que les vers inités sont une interpolation, mais peu importe, puisque De Foe les croyait de Marvell.
(28) Applebec’s Journal, 26 août 1721 : l’article de tête est de De Foe qui y expose le plan d’une histoire des secrétaires d'état depuis Walsingham; à propos de celui-ci il cite, en les céformant, les vers 151-2 de la satire de Marvell. — Le Compleat English Gentleman, commencé en 1728 et resté inachevé, cite, exactement, les vers 53-4 et 80-90 (Edition Bülbring, 1890, pp. 25 et 285). — Nous devons ces références à l’amabilité de Monsieur Dottin, professeur à l’université de Toulouse.
M. Margoliouth nous signale un autre admirateur de Marvell, plus inattendu Nahum Tate, ancien collaborateur de Dryden dans sa lutte contre Shaftesbury, mais depuis 1692 poète lauréat sous l’usurpateur hollandais. Dans une pièce In Memory of Joseph Washington, Esq… (State poems continued, 1697 — page 225, ad finem) Tate s’écrie : & Scarcely in Marvels keen Remarks we find — Such Energy of Wit and Reason join’ d ». Nous supposons que l’allusion vise toute l’œuvre polémique de Marvell,-et non son dernier pamphlet seul.
(29) Voir bibliog., n° 67 et 68.
(30) Passive Obedience kickt to the Devil, by the Lower House of Convocation, being an account of their humble and dutiful carriage to the Upper House. To which is added a comparison between the first Fathers of the Church, and the latter. Im a letter written by Mr. John Toland to Andrew Marvel Esq; at his Mansion House in Elysium. — C'est le n° 12 de À Catalogue of books to be sold by auction at the city godmothers in Mincing lane, on the 29th of May next, being the Anniversary of the Restoration of blessed memory, publié en 1704 dans Poems on affairs of state, vol. III P. 436. En 1702 Toland avait publié son Vindicius liberius à l’occasion de poursuites engagées contre lui devant la Convocation.
M. Margoliouth nous signale un passage de sa Wie de Milton (1690) où Toland dit qu'après la restauration de Charles II & Andrew Marvel, who by his parts and probity made himself so much known since that time in England, us'd to frequent
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de Toland fait scandale parmi les âmes pieuses. Mais bientôt l'audace de l'Essai, quand elle n’est pas dépassée, devient banale. Il rejoint dans l’oubli les autres pamphlets de Marvell. L’éloge presque excessif que fait Swift en 1710 de la « réponse à Parker » marque le point d’aboutissement, ñon le point de départ d’une réputation. Le meilleur du style -et de l'esprit de la Répétition transprosée et de Monsieur Minaudier a passé dans la Bataille des livres et le Conte du tonneau (31); le reste parait prolixe et lourd à côté d'œuvres plus récentes, vraiment classiques. En même temps la vie politique se retire des. problèmes auxquels Marvell a consacré son talent. Les whigs au pouvoir pour un demi-siècle continuent à l’honorer comme le prouve l'édition de Cooke (1726), dédiée à l’un des chefs de l’oligarchie régnante, le duc de Devonshire, édition qui renferme à la fois les poèmes lyriques et les satires, et dont la préface compare Marvell à Aristide le Juste (32); mais son plaidoyer pour la liberté de la presse, ses protestations contre la corruption parlementaire, même ses attaques contre les évêques, n’ont nul attrait pour un Walpole qui soumet le théâtre à la censure afin de museler Fielding, déclare que tout député a son prix, et garnit les évêchés de whigs bien souples, pleins d’indulgence pour les dissidents et sévères pour les anglicans trop zélés.
Aussi est-ce le tour des torys de s'emparer des armes mises au rancart par leurs adversaires. Plutôt que « les torys », nous devrions dire, il ‘est vrai, « l'opposition >», groupement hétérogène où Bolingbroke et Pulteney n’ont de commun que le désir d’abattre le premier ministre. Le principal organe de cette coalition, L’Artisan, publie deux essais sur Marvell dans la même année 1735 : le premier combat les « whigs modernes », assimilés aux <« anciens torys » par des arguments tirés de la Répétition transprosée; le second est un pastiche, d’ailleurs assez gauche, de l’Essai sur les conciles, où les prélats de Walpole sont raillés à travers ceux de Charles II. Mais si un incrédule comme Bolingbroke ou comme son discipie Wyndham (33) pouvait se complaire à ces jeux d'esprit, les torys de vieille roche continuaient à exécrer Marvell. Roger North qui n’était pas un méchant homme, loin de là, appelle la Relation de l'accroissement du papisme… « le pire libelle de ce temps là » ; il flétrit les « pratiques infâmes » de Marvell, l’accuse d’avoir écrit un livre contre la religion chrétienne (l’Essai sans aucun doute) et résume
-son jugement en ce mot : « libre-penseur » (34).
him [Milton] oftenest of anybody ». Même si Toland copie ici Phillips (voir supra, chap. IV, n. 81) en l’embellissant quelque peu, ce passage offre l'intérêt de montrer l'admiration du déiste pour le puritain. Les auteurs de À Catalogue of Books, qui semblent avoir été des amis de Toland, avaient bien choisi le destinataire de la lettre imaginée par eux.
(31) Sur la dette de Swift envers Marvell, dette dont il convient de ne pas exagérer l'importance, voir l'édition Guthkelch-Smith de À tale of a tub (Oxford, 1920), pp. 56-7; — notre note sur Marvell et Swift (bibliog. n° 204); — et la thèse de Monsieur Emile Pons : Swift, les années de jeunesse et le « Conte du tonneau » (Strasbourg, 1925), pp. 218 et 312.
(32) Voir bibliog., n° 4.
(33) A cette date Bolingbroke vient de se retirer de la politique active, déçu par les récentes élections qui ont accru la majorité de Walpole. — Voir bibliog. n° 100 et
HA North mourut en 1734, mais son Eramen ne parut qu’en 1740. Il est vrai que la composition en avait commencé dès l'apparition du livre qu’il « examine », la
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Bien que Mason, l'ami de Gray, fût dans les ordres anglicans, ce whig bon teint ne se formalisait pas de vues un peu trop personnelles sur le dogme, ni de railleries contre le clergé. Toutefois les motifs qui le poussèrent à choisir Marvell comme héros de son Ode à lIndépendance ont un caractère plus personnel et local que politique. Issu d’une famille qui exerçait à Hull de hautes fonctions municipales du temps où notre poète représentait cette ville au parlement, Mason nous montre le « berger favori » de la déesse Indépendance errant pendant sa jeunesse « sur la rive du Humber » et « tressant sans art son chant dorien ». La déesse lui déclare que les circonstances sont maintenant trop graves pour continuer à écrire des vers d'amour, et Marvell part en guerre contre les « ennemis de la liberté ». Son triomphe sur Parker (qu’un anachronisme élève à l’épiscopat dès la controverse de la Répétition transprosée) sera son principal titre de gloire :
Munis de la pointe la plus acérée de la satire, il décoche autour de lui les traits de l'esprit; même la sottise mitrée apprend à les sentir et tremble sous la morsure de l'acier.
Et naturellement la « majestueuse pauvreté » de Marvell occupe une place d'honneur dans ce panégyrique (35).
Pour détestables que nous les trouvions aujourd’hui, les vers de Mason servirent en leur temps la gloire de Marvell. Publiés en 1756, ils préludaient à une recrudescence de l’admiration whig pour l’incorruptible député et le satirique vengeur. Mais pius qu’à l’auteur de Caractacus, notre poète doit ce renouveau de popularité à Georges III et à sa tentative pour ranimer le pouvoir royal tombé en léthargie sous ses prédécesseurs. Est-ce pressentiment que le régime parlementaire va être mis en question ? Le collectionneur républicain Thomas Hollis, l’année même de l’avènement du nouveau monarque, achète un portrait de Marvell, en fait faire une gravure et la distribue à tous les patriotes (36). Moins désintéressé mais plus combatif, Charles Churchill, l’ami de Wilkes dont il versifie les invectives contre le comte de Bute, favori de Georges III, appelle au secours des libertés anglaises le souvenir du grand ennemi des Stuarts et du pouvoir absolu. L'Albion de 1763 est encore plus malheureuse que celle de la Restauration, pourtant si corrompue et servile : alors du moins « les honnêtes rimes du poète intrépide » faisaient trembler et rougir les coquins. Quoique le nom de Marvell ne figure pas dans ce passage, nul whig ne pouvait s’y tromper (37). Ailleurs le culte de Churchill pour son prédécesseur se fait plus explicite
Complete history of England, de White Kennett, en 1706. Né en 1653, North a pu dans sa Jeunesse connaître notre auteur. — Les allusions à Marvell se trouvent PP. 140-2. :
(35) Odes by Mr. William Mason, Cambridge 1756 : Ode II : To Independency.
(36) Memoirs of Thomas Hollis… par Francis Blackburne (1780) p. 97. Hollis, quoique whig et monarchiste, avait reçu le surnom de « républicain » à cause de sa passion pour les bonnets phrygiens, faisceaux de licteurs, devises latines, etc. Il est piquant de remarquer que Marvell avait raillé ce penchant chez le père de son ennemi Parker (Grosart, III, 284-5).
(37) The Author (1763). vers 87-92. L'édition Hannay et Tooke (1892), vol. FESpDaer donne en note le nom de Marvell.
Quoique Sparte, Athènes et Rome immortelle aient orné de lauriers la tombe de chaque patriote; quoique les poètes les plus suaves aient chanté leur gloire. et que la vertu de Brutus vive sur les lèvres de Plutarque ; quoique la plume et le ciseau classiques aient tous deux gravé les actes les plus nobles des plus nobles humains; pourtant la vertu sans tache de notre Marvell montera comme une constellation et brillera dans les cieux ; elle y brillera à la tête de la troupe patriote, phare sur qui se guidera son pays natal; elle enseignera aux générations successives du Nord à imiter ses mœurs et son mérite, inspirera à ses concitoyens son ardeur patriote, et placera son Hull au-dessus du nom romain (38).
Déclamation sans doute, mais qui ne manque pas dans l'original d’une certaine vigueur, et qui renferme toute la conviction dont un bretteur de lettres comme Churchill était capable. Dans cette période de quatorze vers, aux articulations classiques, se trouve condensée toute la réputation de Marvell au XVIII siècle, moins prolixement et aussi complètement que dans l’ode de Mason.
L'année même de la mort prématurée de Churchill (1764), Robert Nettleton, petit-neveu de Marvell, fait placer dans l’église restaurée de Saint-Gilles une nouvelle épitaphe qui insiste encore plus, si possible, que la première sur la qualité de « patriote » du député de Hull (39). Nettleton donne aussi au Musée britannique, ouvert depuis peu et consacré à toutes les gloires nationales, le portrait le plus authentique de son grand-oncle (40). Il conserve par devers lui « un volume de poèmes de M. Marvell, les uns écrits de sa main et le reste copié par son ordre ». Mais après sa mort les papiers de Nettleton et ceux d’un autre petit-neveu du poète, ainsi qu'une collection de documents faite par Hollis en vue d’une édition qui n'avait pas abouti, parvinrent entre les mains d’un certain Edouard Thompson, originaire de Hull, brave capitaine de vaisseau mais aussi poète à ses heures, et surtout whig enthousiaste, qui résolut d’élever à la gloire du représentant de sa ville natale un monument plus durable que l’airain (41). En 1772 l'éditeur Davies avait réimprimé l'édition Cooke (42). Mais Thompson avait une autre ambition : publier les œuvres complètes de Marvell en prose et en vers, et parmi ces dernières les pièces sur Cromwell, éliminées de l’édition de 1681 comme nous le savons aujourd’hui. Doué de plus d’ardeur que de sens critique, le fougueux marin attribua même à son héros des psaumes d’Addison et de Watts, et une poésie de Mallet, sans parler
(38) Ces vers ne figurent dans aucune &es éditions de Churchill que nous avons pu consulter. Ils sont cités par Thompson, III, 487, qui les attribue à l’auteur de la Rosciade ; l'autorité de Thompson ne vaut pas grand chose, mais le ton de ces vers est si semblable à celui des poèmes authentiques de Churchill que nous inclinons pour une fois à croire Thompson sur parole; si c'est un pastiche il est très réussi.
(39) Thompson, III, 492-3. — Cette épitaphe se trouve toujours à Saint-Gilles.
(40) Ibid. — Ce portrait se trouve maïntenant à la National Portrait Gallery.
(41) Thompson, I, pp. vr et xxxviir. — Memoirs of Thomas Hollis (ut supra), pp. 361-3. — Nichols (John) Literary anecdotes of the 18th century, vol. II (1812), p. 448.
(42) Voir bibliog .n° 5.
d'autres morceaux de moindre importance. Cet excès de zèle devait provoquer une interminable controverse qui occupa, sans profit pour personne, nombre de critiques professionnels ou amateurs, non seulement au XVIII*, mais encore aux XIX° et XX° siècles. La réputation littéraire de Marvell n’y trouva qu’une publicité de mauvais aloi. Ses partisans se crurent tenus d’exalter les œuvres assez médiocres qu'ils lui attribuaient à tort; les partisans des auteurs véritables se considérèrent comme obligés de rabaisser Marvell d'autant; certains vont jusqu'à retourner contre lui l'accusation de plagiat lancée par Thompson, qui de fausse devient absurde (43).
Cette première édition des œuvres complètes de Marvell, qui parut en 1776 et se compose de trois magnifiques volumes dont chacun coûtait alors une guinée,. constitua une manifestation démocratique des whigs exclus du pouvoir par la politique de Georges III. Une opposition bruyante et peu scrupuleuse, où ne manquaient d’ailleurs ni le talent ni même le génie, n’hésitait pas à évoquer les souvenirs révolutionnaires de 1642 et des années suivantes, y compris leur dénouement tragique le 30 Janvier 1648/0, ni même à glorifier, sans beaucoup de logique, le tyran Cromwell. Quoique la ressemblance entre les tentatives de Charles I et de Georges III contre les droits du parlement füt imaginaire, la lecture de la liste des cent-quarante-six souscripteurs à l’édition Thompson ne laisse pas de présenter un certain intérêt, plus politique que littéraire : en tête se place un prince du sang, Henri-Frédéric, duc de Cumberland, frère cadet du monarque régnant et brouillé avec son aîné, ce qui constituait son seul titre de popularité; mais le premier des souscripteurs selon l’ordre de la postérité est sans contredit « Edmond Burke, écuyer, membre du parlement », le Burke des discours en faveur des whigs américains (44). Quant à la préface de Thompson elle se termine sur le vœu que, un siècle après sa mort, Marvell « recrute des amis pour la constitution anglaise en ce siècle dégénéré » où triomphent l'arbitraire et la corruption.
Que deviennent au milieu de cette poussière du forum les fraîches poésies où Marvell a célébré la campagne; que deviennent ses vers d'amour ? Dans tout le XVIIT* siècle nous avons trouvé deux hommages, combien fugitifs ! à cet aspect de son talent : une lettre privée, écrite en 1708, appelle Marvell « poète et botaniste » d’abord, et seulement ensuite « membre du parlement » (45); une conférence de médecin sur la Physionomie humaine, publiée en 1747, cite Les yeux et les pleurs pour « leur beauté et leur pathétique », pour le « langage expressif, dans lequel Marvell a montré que les larmes sont un privilège de la nature humaine » (46). C’est peu sans doute, mais c’est plus que ne sait en dire
(43) Voir bibliog., notamment les n° 141, 142, 154, 207bis. — Au service commémoratif du 31 mars 1921, à Hull, on chanta « Addison’s two hymns (once attributed to Marvell) » : touchant compromis entre la vérité et la légende (Tercentenary tributes, p. 16).
(44) Le Burke des Réflexions sur la Révolution française, ayant accepté une pension du gouvernement tory (1704), se voit attaqué par sés anciens amis dont l’un cite à cette occasion l’épaule de mouton d'André Marvell. Voir Nichols, Literary anecdotes. (ut supra), vol. III, p. 81.
(45) Cf. supra, ch. III.
(46) D' James Parsons : Human Physiognomy explained in the Crounian lectures on
ge
Thompson, incapable de distinguer entre le style poétique de son héros. et celui d’Addison, entre les dernières lueurs de la Renaissance et la froide clarté pseudo-classique; s’il se croit tenu de louer les poèmes d'amour de Marvell, il le fait avec une amusante impropriété ; il y voit la preuve que le poète « dont les galanteries ne nous sont pas connues » était « malheureux dans le choix de sa belle amie » et passe à des sujets plus importants (47). Et les souscripteurs, satisfaits d’avoir montré leur esprit civique et enrichi leur bibliothèque de belles reliures en veau, ne semblent pas avoir beaucoup pratiqué le contenu de son édition. Malgré leur fière indépendance dans l’ordre politique, ils se courbaient docilement dans l’ordre poétique sous la férule du dictateur des lettres, Samuel Johnson. Or celui-ci ne fait pas de place dans sa grande collection de poètes (1779-1781) à Marvell (48); il ne le nomme même pas dans la condamnation générale de l’« école métaphysique » qui ouvre la série avec la Vie de Cowley. Est-ce parti-pris de tory et d’anglican ? Mais les collections rivales d'Anderson, de Bell, ni de Chalmers, ces nécropoles du classicisme, n’accueillent non plus notre trop imaginatif poète (49). En 1787 un esprit très fin et plus ouvert aux nouveautés anciennes, plus sensible à la fraicheur archaïque, Thomas Headley, publie un florilège où figurent plusieurs disciples de Donne, entre autres Carew et King, mais Marvell n’y paraît pas (50). Trois ans plus tard Georges Ellis, dans la: première édition de ses Spécimens des poètes anglais commet le même oubli (51).
Il faut quitter le XVIII° siècle pour trouver dans la seconde édition du même ouvrage, parue en 1801 (52), Daphnis et Chloé (fortement abrégé et expurgé) et Jeune Amour (également abrégé). Le choix, sans satisfaire tout à fait le goût d'aujourd'hui, indique une tendance nouvelle. La mémoire de Marvell commence, timidement, à s'affranchir de la politique, et le fait mérite d'autant mieux l’attention qu’Ellis, l’un des auteurs de la Rolliade et des collaborateurs de l’Anti-Jacobin, semblait mieux préparé à goûter ies satires de Marvell que ses vers d'amour. Toutefois Ellis dans ses Spécimens se montre si éclectique que la place faite par lui à notre poète n’a pas une signification révolutionnaire. Mais en 1806 Bowles, auteur de lugubres sonnets où dès 1780 avaient lui les premiers feux du dilucule romantique, présente Marvell comme l’antithèse de
muscular motion (1747), pp. 79-80. — Le Gentleman's Magazine, vol. XVIII, p. 555 (décembre 1748) cite les remarques de Parsons et les vers de Marvell.
Voir en outre bibliographie, n° ro4bis.
(47) Vol. III, p. 480.
(48) ILLest vrai que le choix des poètes est plutôt le fait des éditeurs que de Johnson
(49) Pourtant Anderson nomme Marvell dans sa préface (page 3, édition de 1795), mais s’il reproche à Johnson de l'avoir exclu ce n’est point tant par admiration pour notre poète que par souci de logique : « In an edition of poetry, where some of the « wits of Charles’s days, the mob of gentlemen that wrote with ease » and the heroes of the Dunciad are to be found, we rather wonder at not finding others; where Rochester, Roscommon, Sprat, Halifax, Stepney and Duke were received, why Carew, Sedley, Hopkins, Marvell and Oldham, were refused, one is puzzled to guess. ». An- &erson donne ensuite la liste des auteurs qu'il s'était proposé de réimprimer et qu’il a dû réduire pour se conformer aux volontés des éditeurs : Marvell vient en tête. Mais il est clair qu'Anderson plaçait Marvell parimi les écrivains de la Restauration et voyait surtout en lui um satirique.
(50) Select beauties of ancient English poetry with remarks by Henry Headiey (1787).
(51) Specimens of the English pocts (añonyme, 1790). en un volume.
(52) Voir bibliog. n° 105.
Pope, lance un défi retentissant aux classiques en préférant celui-là à celui-ci, et exalte chez l’auteur du Manoir d’'Appleton la qualité poétique que le XIX® siècle prisera par dessus toutes, l’amour de la nature (53).
Il est curieux que le principal défenseur (après Byron) de Pope contre Bowles, ce Thomas Campbell dont l’œuvre porte la marque indélébile de la tradition classique, ait fait une place très honorable à Marvell dans l’anthologie des poètes anglais qu'il publia en 1819; plus curieux encore que le martial auteur de Hohenlinden et de La bataille de la Baltique ait choisi non l’Ode horatienne mais Les Bermudes, Jeune Amour et surtout cette protestation contre l’effusion de sang, La plainte de la Nymphe sur la mort de son Faon. Mais si Campbell sent la beauté des poésies intimes de Marvell, il se montre dans sa notice préliminaire, consacrée pour les trois-quarts au député de Hull, incapable d'exprimer son admiration autrement que par des banalités moralisantes : « Une grande partie de cette œuvre sort du cœur, chaude, pure, affectueuse » (54).
Un jugement d’une autre importance, encore qu’un peu rapide, avait été prononcé l’année précédente sur la poésie lyrique de Marvell par le plus grand des critiques anglais, Hazlitt : « C’est un écrivain....digne d’un temps meilleur. Certains de ses vers sont rudes comme les paroles de Mercure; d’autres sont musicaux comme s'ils sortaient du luth d’Apollon » (55). Il est vrai que le goût hautain de Hazlitt traitait les satires avec un mépris excessif, et que l’Ode horatienne ne lui était connue que par oui-dire; il l’avait entendu « louer par un homme dont la louange n’est jamais haute que pour les beautés les plus hautes » (56).
(53) The works of Alexander Pope. By the Rev. William Lisle Bowles… in ten volumes (1806), vol. I. p. 122, note sur Windsor Forest; Bowles, après avoir rappelé Cooper s Hill de Denham et The park &e Waller, ajoute : « Marvel has also written a poem on local scenery Upon the hill and grove at Billborow and another Upon Appleton-House.… Marvell abounds with conceits and false thoughts but some of the descriptive touches are picturesque and beautiful, His description of a gently rising eminence is more picturesque, although not so elegantly and justly expressed, as the same subject is in Denham. I transcribe the following, as the poem is but little read [vers 17-34]. Sometimes Marvel observes little circumstances of rural nature with the eye an& feeling of a true poet.… ». [Bowles cite les vers 529-32 de Upon Appleton-House où Marvell décrit «l'œil luisant de la grive qui couve ». Il continue : 1 «The last circumstance is new, highly poetical, and could only have been described by a real lover of nature, and a witness of her beauties in her most solitary retirements. It is the observation of such circumstances, which can alone form an accurate descriptive rural poet ». Suit la constatation que Pope, infirme, ne pouvait observer la nature d’aussi près. — Nous avons dit, dans le chapitre III, quelle exagération il y aurait à généraliser la remarque &e Bowles sur la faculté d'observation chez Marvell. L'exemple est bien choisi, trop bien choisi pour être caractéristique.
(54) Voir bibliographie, n° 106. — La Revue d'Edimbourg (mars 1819, vol. XXXI, P. 482) rendant compte des Specimens de Campbell lui reproche de « ne pas avoir rendu justice à la douceur et à la tendresse qui caractérisent la poésie » de Marvell.
(55) Lectures on the English poets (1818) : On Dryden and Pope. Marvell est placé entre Waller et Butler (d’ailleurs Hazlitt fait ici assez bon marché de la chronologie) : « Marvell is a writer of nearly the same period, and worthy of a better age. Some of his verses are harsh, as the words of Mercury; others musical as in Apollo’s lute. Of the latter Kind are his boat-song, his description of a fawn, and his lines to Lady Vere [sans doute Upon the hill and grove…, v. 43 sqq.l. His lines prefixed to Paradise lost are by no means the most favourable specimen of his powers ».
(56) Lectures on the English comic writers (1819) : On Cowley, etc. « Marvel
. in his satires and witty pieces was addicted to the affected and involved style … as .
in his Flecknoe.. and in his satire on the Dutch ». Hazlitt cite le vers où les poissons s’asseyent à table « not as a meat, but as a guest » en exemple &e cette « forced, farfetched method ». Suit la mention de l’Ode horatienne. — Cf. bibliog. n° x1o7.
à TT A7 TT Cette définition convient-elle à Charles Lamb, esprit plus curieux d'originalité que préoccupé de hiérarchie littéraire ? Toujours est-il que Lamb <onnaissait Marvell dès 1800, comme en témoigne une de ses lettres à Godwin où il annonce, en citant deux vers bizarres du Manoir d'A ?pleton pour en tirer une comparaison plaisante, qu’il va € incessamment entrer en possession des poèmes de Marvell » (57). Et nous savons par Leigh Hunt que celui-ci et Lamb s'étaient efforcés de faire goûter à Hazlitt l'humour des satires, notamment du Caractère de la Hollande. En vain, car Hazlitt, comme l’observe judicieusement Hunt, « n'avait pas assez de gaieté physique » pour se plaire à ces exagérations bur- Jesques. Il expliquait gravement pourquoi de tels procédés ne devaient pas faire rire, mais Lamb et Hunt le réfutaient en riant aux éclats (58).
S'il ne put convaincre Hazlitt de la qualité de l'humour marvellien, Lamb fit plus pour notre poète auprès du public lettré que nul autre critique n'avait fait ni ne devait faire. Après une première allusion élogieuse au début de 1820 (59), il cite dans un de ses Essais d’Elia, paru en septembre 1821, cinq strophes du Jardin, et trouve pour noter l’aspect du talent de Marvell qui s’y exprime les mots heureux de « spirituelle délicatesse » (60). Trois ans plus tard il crée l’épithète « aimejardins >» [garden-loving] pour désigner Marvell, et la juge si caractéristique et si particulière qu’il néglige de le nommer; il lui reconnaît ainsi la primauté dans un des domaines favoris de la poésie (61).
Pour important que soit le rôle personnel de Lamb, il ne doit pas nous cacher ce fait que le changement général du goût servait la réputation de Marvell. Très significatifs sont deux articles, parus en 1824-5 dans la Revue rétrospective, dont le premier s'ouvre par une attaque contre la tyrannie de Johnson et affirme le droit de réhabiliter ses victimes et de réparer ses oublis. Déclarer, comme le fait l’auteur anonyme de ces articles, que La plainte de la nymphe, citée en entier, est « le plus intéressant » de tous ses poèmes, c’est marquer une préférence pour le côté le moins classique, le plus extravagant de Marvell. La place res-
(57) Letters, édition Harper (Boston, 1905), vol. IT, p. 286. La lettre est datée « Late o’ Sunday, Dec. 14, 1800 ».
(58) Leigh Hunt, Wit and humour (voir bibliog. n° 110), pp. 37-9. — Dans son journal The Indicator, Leigh Hunt parle plusieurs fois des Marvdll, père et fils : le 24 novembre 1819, un essai On ludicrous exageration compare les vers de Butler et ceux de Marvell sur la Hollande; — le 24 mai 1820 l'essai On sticks rapporte la légende relative à la mort du Révérend Marvell,;, — le 27 septembre 1820 l'essai On Commendatory verses mentionne l’éloge par Marvell du Paradis perdu. Tous ces articles ont été réimprimés sous ce titre : À tale for a chimney corner and other essays.
(59) Dans un compte-rencu des poèmes de Barron Field, First fruits of Australasian poetry, qui parut dans l'Eraminer des 16-17 janvier 1820 : & We can conceive it [un poème sur le Kangourou] to have been written by Andrew Marvell, supposing him to have been banished to Botany bay, as he did, we believe, once meditate a voluntary exile to Bermuda. See his fine poem : Where the remote Bermudas rite. ». Nous devons cette référence à l’amabilité et à la vaste lecture de Monsieur Wahl, professeur au lycée Janson de Sailly.
(60) « Witty delicacy » ; l'essai est intitulé The old Benchers of the Inner Temple et parut d’abord dans le London Magazine, puis dans les Essays of Elia de 1823.
(61) Blakesmoor in H — shire (London Magazine, Sept. 1824, et Last Essays of Elia, 1833) : « I could have exclaimed with the garden-loving poet : Bind me, ye woodbines, in your twines… [Upon Appleton House, v. 609-616] ». — Voir aussi dans The Wedding (London Magazine, juin 1825 et Last Essays) une citation du même
poème (v. 744).
7438 er
treinte accordée à la biographie, aux satires et à la prose, constitue aussr une nouveauté (62).
Mais les traditions ne meurent pas d’un seul coup, surtout lorsqu'elles. renferment une part de vérité. Un Wordsworth que son amour de la nature aurait pu, comme à la poésie de Wither et de Vaughan, intéresser à celle de Marvell, ne prononce ce nom qu’une fois : parmi les républicains anglais dont l’œuvre gigantesque fait honte aux nains destructeurs de la Révolution française, parmi « ces hommes qui appelaient Milton : ami », Marvell figure en compagnie d’Algernon Sidney, de Harrington et de Vane. Ce sonnet fut écrit tout au début du siècle, comme en témoigne le regret que la France nouvelle ne se soit encore donné « nul code » (63); mais l’auteur dans les cinquante ans qui lui restaient à vivre ne devait jamais compléter cette vue sommaire et partielle, pour ne pas dire plus, de Marvell. D’autres parlèrent bien plus longuement de notre poète, qui n’en dirent pas davantage sur sa poésie. Isaac Disraeli, père du futur premier ministre, dans ses Querelles entre auteurs (1814) donne un récit assez lisible de la controverse avec Parker. mais dès l’exorde une phrase déclamatoire relègue Marvell dans l’histoire politique et dans l’anecdote : « Il plaça l’oblation de son génie sur un autel temporaire; il écrivit pour son temps, et avec son temps ses. écrits ont passé » (64). On ne saurait croire combien de biographes où de critiques pendant plus d’un demi-siècle copièrent (presque toujours sans avouer leur emprunt) cette sentence qui condamne à l'oubli par prétérition toute l’œuvre lyrique de Marvell.
C’est pourtant dans Disraeli que s’est documenté, à peu près exclusivement, le plus fougueux, sinon le plus judicieux de tous les admirateurs de Marvell. Quand Landor met en présence dans des Conversations imaginaires (d combien imaginaires !) Milton et Marvell, ou Marvell et < Monseigneur Parker >», ou Marvell et Henri Marten (le régicide libertin) (65), il ne semble même pas soupçonner l'existence de la poésie non politique de son héros; par contre la légende qui s’est constituée autour de celui-ci au cours du XVIII: siècle trouve chez Landor sa forme achevée. L’épithète de républicain a d’abord été lancée à Marvell comme une injure par un tory (66); les whigs qui la reprennent semblent lui donner le sens étymologique et neutre de « soucieux de la chose publique » ; mais Landor prête à Marvell sa propre foi allumée en 1703
(62) Voir bibliographie, n° 144 et 145.
(63) Hutchinson dans son édition de Wordsworth dit que ce sonnet : « Great men have been among us », fut composé probablement en 1802 et publié en 1807. — Le Code Napoléon fut promulgué le 21 mars 1804.
(64) Voir bibliographie, n° 217.
(65) Voir bibliog. n° 220.
(66) Guillaume Cole (voir supra) appelle Marvell « that bitter republican » dans une note sur Turner [Mr. Smirke] incorporée par J. E. B. Mayor dans son édition (1869) de Baker's History of the College of St-John the Evangelist, Cambridge, II, 986. — Nous devons cette référence à Monsieur Margoliouth. Birrell, p. 24, attribue à tort l’expression à Thomas Baker lui-même. — Mais Cole ne faisait que condenser une: phrase de L’Estrange dans l'avis au lecteur de The Parallel. (voir bibliog. n° 77) : « We could produce several other instances of the same temper [noticeable in the Growth of Popery] that fell from the same pen, and spake the man as much an enemy to the Monarchy of England as to the ministers : and it is no wonder that the secretary to a Commonwealth should write with the spirit of a Re-püblican. But we shall spare his memory in that particuler ».
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au brasier français. C’est l’ancien étudiant d'Oxford expulsé pour jacobinisme, qui s’écrie : « Je suis républicain et mourrai tel » (67). Comme il voit Cromwell à travers Napoléon, il félicite Marvell par la bouche de Parker d’avoir « dédaigné de servir un usurpateur », et fait dire à Marvell lui-même que « Cromwell était hypocrite et perfide » (68). L'auteur du Poème sur la mort d’O. C., s’il eut connaissance aux Champs- Elysées des éloges que lui décernait Landor et des propos que celui-ci mettait sur Son compte, dut être partagé entre l'envie de rire et l’indignation. :
Ainsi, parallèlement à sa nouvelle réputation poétique, se continue et s’embellit la réputation ancienne de Marvell, politique et religieuse. L'année même où Lamb rend le Jardin à jamais célèbre, L’Instructeur chrétien de Londres affirme que le nom de Marvell « vivra toujours dans la mémoire des dissidents parce qu’il défendit leurs droits avec succès » (69). En 1827 Montgomery, dans son anthologie Le poète chrétien (plus chrétien que poète), fait une place aux Emigrants (Les Bermudes) et aux Yeux et pleurs, mais en les accompagnant de cette prophétie : « Comme poète, le nom de Marvell ira à la postérité avec celui de Milton, grâce aux vers énergiques qui précèdent le Paradis perdu. Comme homme d'état, son nom ira à la postérité seul et sans aide » (70). Et un whig de 1820, pour rassurer ses coreligionnaires sur la pureté de son protestantisme avant de leur prêcher l’abolition des lois contre les catholiques désormais inoffensifs, signe son appel à l’opinion publique : « André Marvell, le jeune » (71). En 1832, année de la Réforme parlementaire, paraît la première Wie de Marvell qui ne soit pas simple notice de dictionnaire ou préface d’édition : son épigraphe, tirée du Paradis perdu, exalte le patriote héroïque, le soldat de Dieu qui « parmi d'innombrables transfuges » resta fidèle à la vérité, « seul ». L'auteur de cette 1e, un certain Dove, natif du comté d’York, se propose avant tout de glorifier un compatriote et insiste naturellement sur le député de Hull. À vrai dire il cite avec abondance et avec goût les poésies lyriques de Marvell, mais l’on se fera une idée de sa compétence comme critique littéraire quand on saura qu’il reproche au disciple de Donne Jemploi de « comparaisons banales >» (72). Comment donc s'étonner qu’en rendant compte du livre de Dove la Revue mensuelle déclare la poésie de Marvell « très inférieure à sa prose » et ajoute : « Son fort, même en poésie, était la satire » (73) ? que la Revue éclectique dise de notre poète : « Son nom a conservé ses écrits, plutôt que ses écrits n’ont conservé son nom » et retranche de son œuvre Le dialogue entre l'âme résolue ct le plaisir créé, en invoquant ce seul argument que « le goût en est trop pur pour le temps de Marvell » (74) ? que la Revue de Westminster, organe des réformateurs extrêmes, fasse du par-
(67) Dans le dialogue avec Parker, p. 33 : QI am a republican and will die one ».
(68) Ibid., p. 28.
(69) Voir bibliographie, n° 143. fé : À Ne
(70) « As a statesman, his name will go down singly to posterity ». Voir bibliog., n° 108.
(71) Voir bibliog., n° 102. ee
(72) « Commonplace similes » (p. 85). Voir bibliog.. n° 120.
(73) Voir bibliog., n° 146.
(74) Voir bibliog., n° x47.
lementaire patriote un « radical philosophe », prenne texte de son incorruptible pauvreté pour attaquer une loi récente qui établissait un cens d'éligibilité, et conclue en décidant « qu’il faut l’admirer non pour ses qualités intellectuelles, mais pour ses qualités morales >» (75) ?
Ces journalistes obscurs ne sont pas les seuls, ni les derniers, à parler de Marvell comme si Hazlitt et Lamb n'avaient pas détrôné Johnson. Un homme intelligent et assez large de goût quoique pasteur dissident, Henri Rogers, qui prenait un plaisir sincère aux plaisanteries de la Répétition transprosée et même des Remarques, donne à la Revue d'Edimbourg en Janvier 1844 un essai sur Marvell (76), fort judicieux jusqu’à la conclusion exclusivement. Quel choc en effet de lire que « les meilleurs poèmes attribués à Marvell par Thompson ne sont pas de lui » ? Il s’agit des psaumes d’Addison et de Watts, œuvres correctes et estimables, mais mortes absolument. Pour prouver que chez notre poète le: sens du ridicule était plus fort que le sens du beau, Rogers cite le Caractère de la Hollande et les quelques vers traduits de Sénèque, médiocres en vérité, à l'éloge de la vie rustique, puis il passe à la prose. Pareille opinion surprend aujourd’hui, mais elle n’avait alors rien d’étrange. Leigh Hunt publie en cette même année 1844 une anthologie poétique sous le titre Imagination et fantaisie; il ne songe pas à y introduire Marvell. En revanche il n’a garde d’omettre celui-ci deux ans plus tard, dans une autre anthologie consacrée à L'Esprit et l'humour (77). D’ailleurs pour Hunt vieilli Marvell « écrivait beaucoup mieux en prose qu’en vers ». Dans la même décade Marvell est pour Macaulay « un austère républicain » (78) qui a écrit des satires en distiques héroïques avant que Pope n’eüt porté ce mètre à sa perfection (79). Et jusque vers 1860 critiques, biographes, pamphlétaires, conférenciers, reprennent à l’envie la légende en l’embellissant de toutes les additions que leur sug-
gère une imagination facile et vulgaire (80). La seule exception notable
en Angleterre est Mademoiselle Mitford qui cite et goûte Les Bermudes, Le Jardin et La plainte de la Nymphe, comme l'Ode horatienne; et pourtant si l'amour de la nature forme un trait d’union entre le poète métaphysique et l’observatrice réaliste de Notre Village, celle-ci ne peut s’empêcher de blâmer chez celui-là la surabondance des pointes, ni de souhaïter que « la sévère Tête-ronde eût laissé les oripeaux du langage comme ceux du costume à ses vieux ennemis, les Cavaliers » (81).
Pour trouver le véritable successeur de Lamb dans la critique mar-
vellienne il faut franchir l'Atlantique. Dès 1836 un jeune écrivain, qui devait se révéler le plus grand de son pays en vers comme en prose, n'hésite pas à employer pour exprimer son admiration du moins classique, du plus précieux des poèmes de Marvell, La plainte de la Nymphe,
les mots de « vérité », de « naturel >» et de « pathétique ». Edgar
(75) Voir bibliog., n° 148.
(76) Voir bibliog., n°* 149. — Rogers s'était intéressé à Marvell ès 1836 : voir bibliog., n° 223.
(77) Voir bibliog., n° 110.
(78) Histoire d'Angleterre, chap. III (The Court) : « It was not easy for the most austere republican of the school of Marvel to resist etc. ».
(79) Essai sur The life and writings of Addison (juillet 1843).
(80) Voir bibliog., n° 103 et 104 150 à 153, 225, 228.
(81) Voir bibliog., n° x1r.
Per à
Poe place cette pièce au-dessus de toute autre du même genre. Sans nier « lhyperbole et l’absurdité outrées » de la pointe
s'il eût vécu longtemps, il serait devenu lis au dehors, roses au dedans,
3] la justifie ou plutôt la glorifie comme l'expression la mieux appropriée du « chagrin passionné et de l'admiration plus passionnée encore de la fillette innocente, naïve et enthousiaste » (82). Critique de poète, dirat-on, qui se soucie peu de modération et de stricte justice, et ne craint pas de se montrer aussi partiale envers Marvell qu’envers l’amante délaissée de Sylvio. Mais combien plus juste dans son intempérance que la prétendue sagesse d’un Rogers !
L'influence de Poe se fait sentir sur la fortune ultérieure de Marvell aux Etats-Unis où celui-ci semble compter d’assez nombreux admirateurs, entre autres Emerson (83). Mais en Angleterre l’honneur d’avoir donné, après Lamb, l'impulsion décisive, revient à Palgrave qui fit à Marvell une belle place dans sa fameuse anthologie, parue en 1861 (84). Le choix était parfait, sans être original : l’Ode horatienne, Le Jardin, Les Bermudes. Et le bref commentaire mettait notre poète très haut un lecteur insensible au charme du Jardin se voyait refuser la capacité de pénétrer au cœur de la poésie, et Marvell s’apparentait étroitement à Shelley par « l'intensité imaginative » (85). Si l’on s'étonne que Panthologiste ait omis la pièce où cette qualité se manifeste le mieux, il suffira de rappeler le nom de la souveraine qui donnait alors le ton à la société et même à la littérature anglaises : plus que la pruderie de sa maîtresse celle de Victoria aurait semblé incompréhensible au poète puri-
(82) The complete works of E. A. Poe, édition Harrison, vol. IX, pp. 100-103. C’est “un compte-rendu, paru en août 1836 dans le Southern literary Messenger, sur The book of gems (voir bibliog. n° 109) : Poe déclare que The Nymph lamenting… est un de ses poèmes favoris : « Such portion of it as we now copy, we prefer not only -as a specimen of the elder poets, but in itself as a beautiful poem, abounding in the sweet pathos, in soft and gentle images, in the most exquisitely delicate imagination, and in truth — to any thing of its species. [Ici Poe cite les vers 63-021. How truthful an air of deep lamentation.. ! The whole thing is redolent with poetry of the very Joftiest order. It is positively crowded with nature and with pathos.…. [Poe admire chaque mot, même le mot fill du v. 88, assez vulgaire pour le goût français]. And then the pre-eminent beauty and naturalness of the concluding lines — ‘whose very -outrageous hyperbole and absurdity only render thenr the more true to nature and to propriety, when we consider the innocence, the artlessness, the enthusiasm, the passionate grief, and more passionate admiration of the bereaved child ». Et Poe cite des vers 91-2 une seconde fois en guise de conclusion.
(83) Voir bibliog. n° 116. — Il serrible d’ailleurs que l’admiration de Ralph Waldo Emerson pour Marvell soit bien antérieure à l’article de Poe. Du moins son frère cadet, Charles Chauncy Emerson, dès 1826 ou 1827, lisait-il à ses amis les vers de Marvell « with his entrancing voice and manner ». O. W. Holmes qui rapporte ce fait (Ralph Waldo Emerson, 2° éd. Lonéres, 1885, p. 21) ajoute : « The influence of -this poet is plain to every reader of Emerson’s poems, and Charles’ liking for him was very probably caught from Waldo ». Plus loin. p. 338, Holmes précise : « The Humble-Bee is strongly marked by the manner and thought of Marvell ». Mais les ressemblances nous semblent surtout frappantes entre Appleton House et Woodnotes, où Emerson développe le portrait de l’« easy philosopher ». Voir aussi dans la 2° partie, les paragraphes commençant : & Heed the old oracles.. » et « Once again the pine-tree sung . ». — En dehors de Parnassus Marvell est nommé deux fois dans l’œuvre d’Emerson, dans les essais intitulés Farming et Clubs (Riverside édition, VII, 148 et 245).
(84) Voir bibliog. n° 113. 5 (85) « It is a test of any reader’s insight into the most poetical aspects of poetry..
In imaginative intensity Marvell and Shelley are closely related ».
Ca VA 1 —
tain (86). Mais l’anthologiste lui-même dut souffrir en faisant à la vertu de ses contemporains le sacrifice de cette pièce que Tennyson admirait à légal des Bermudes. Bien des années après, Palgrave entendait encore résonner à ses oreilles la voix de son grand ami « lui lisant les vers A sa trop prude maîtresse où Marvell dit : |
Si nous avions et le temps et l’espace.
et insistant plus d’une fois sur la magnifique hyperbole, la puissante combinaison du pathétique et de l'humour » (87). Un autre poète, Edouard Fitzgerald, qui lui aussi aimait Marvell, nous apprend que dès 1840 Îa soudaine vision de l'éternité : « Mais derrière moi j'entends sans cesse- — Je char ailé du Temps qui s'approche. » hantait la pensée de Tennyson. Celui-ci « la trouvait sublime, sans pouvoir dire pourquoi » (88). Et dans sa vieillesse le poète-lauréat aimait à raconter « qu'il avait fait rire Carlyle pendant une demi-heure en lui citant ce vers du Caractère de la Hollande :
Avec un travail fou il pêchèrent le sol et l’amenèrent au [rivage » (89).
Tennyson était donc plus large dans son goût pour Marvell que Hazlitt,
et plus heureux que Lamb dans ses efforts pour le faire partager à ses amis. Il serait beaucoup pardonné au grand Victorien par les plus acerbes
(86) La même année que le Golden treasury parut À compendious history of English literature and of the English language, en 2 vol., par G. L. Craik. Marvell y occupe une bonne place (vol. Il, pp. 80-09) et Craik cite abondamment ses vers; mais To: his Coy Mistress est donné avec coupures et la remarque : & It is not of such purity of execution throughout ».
(87) Alfred Lord Tennyson, a memoir by his son (1897) p. 500 (Personal recollections by F. T. Palgrave on Tennyson’s criticisms of books). « I remember his special praise of the Emigrant's Song by Marvell. For some poems by that writer then with dif- : ficulty accessible he had a special admiration : delighting to read with a voice hardly yet to me silent. and dwelling more than once, on the magnificent hyperbole, the powerful union of pathos and humour in the lines To his Coy Mistress, where Marvell says : [ici il cite les vers 1-24]. Youth, therefore Marvell proceeds, is the time for love: [ici il cite les vers 41-44; on remarquera l’escamotage du passage scabreux] on this line [44] remarking that he coulé fancy grates would have intensified Marvell's image ».
(88) Edward Fitzgerald. Letters (Edition Macmillan, vol. II, p. 133). Lattre du 2e janvier 1872 à W. A. Wright : « By way of flourishing my eyes, I have been looking into Andrew Marvell, an old favourite of mine, who led the way for Dryden in verse, and Swift in prose, and was a much better fellow than the last, at any rate ». Puis une remarque sur le mot « hewel » (Upon Appleton house, v. 537), et : &« This reminded me that Tennyson once said to me, some thirty years ago, or more, in talking of Marvell’s Coy Mistress where it breaks in « But at my back I always hear — Time’s winge& chariot hurrying near », etc. : « That strikes me as sublime, I can Par tell why ». Of course, this partly depends on its place in the poem ».
On trouve çà et là dans l’œuvre de Tennyson des réminiscences marvelliennes, Par exemple dans Maud, I'° partie, IV, x, v. 6 : « You have fed on the roses, and lain in the iLe of life ». — XIII, 1x1, v. 15 : Q And fair without, faithful within, » — XIV, V. 1-2 : &« Maud has a garden of roses — And lilies fair on a lawn, » évoquent Vie vers 71-3, 82-3 et 92 de The Nymph combplaining… Mais on sent combien Tennyson est plus mou que Marvell.
(89) Alfred Lord Tennyson…, p. 335 {ici c’est le fils du poète-lauréat sui parle) 2 « He would now [1887] quote long pieces from Andrew Marvell to us, The Bermudas, The Garden, and he told us that he had made Carlyle jaugh for half- -an-hour at the foliowing line from: The Character of Holland
They with mad labour, fish’d the land to shore.
« And », he continued, & about poetry or art Carlyle knew nothing. 1 would never sos his word about either; but as an honest man, yes — on any subject in tha worlé
Tee
de ses critiques d'aujourd'hui s’ils savaient son culte pour le plus osé des beaux poèmes de Marvell, et son succès dans cette difficile entreprise : désopiler la rate d’un prophète dyspeptique. A celui-ci par contre on peut tenir rigueur de son silence dans son Cromwell sur le poète du Protectorat. De cet oubli Marvell a été vengé par Lowell pour qui « lPElégie funèbre, noble par endroits et partout humainement tendre, vaut plus que toute la biographie de Carlyle pour témoigner des qualités douces du héros, et de la profonde affection que cette nature robuste pouvait inspirer à des cœurs vraiment virils » (00).
Après l’anthologie de Palgrave il devenait presque impossible d'écrire, comme le faisait encore en 1853 un des biographes du député de Hull < Peu de gens parmi ceux qui ont entendu le nom de Marvell ont entendu ce nom mentionné comme celui d’un poète » (gr). Mais il restait à réunir en un seul fleuve les divers courants de la réputation de Marvell, à montrer l’unité profonde du poète, du patriote et du puritain : œuvre difficile dont on ne saurait dire qu’elle ait été pleinement accomplie. Du moins pouvait-on placer côte à côte, en une Galerie de portraits, les divers personnages qui ont passé à la postérité avec un seul étatcivil, sans sacrifier l’un à l’autre, sans montrer ni parti-pris ni étroitesse. C’est ce que tenta dès 1860, très heureusement, un article à la fois judicieux et pénétrant d’Ormsby dans le Cornhill Magazine (02).
Mais à peine cette synthèse provisoire avait-elle été réalisée que Grosart commençait la préparation de son édition des œuvres complètes de Marvell, la première depuis presque cent ans. En dépit de défauts criants elle apporte beaucoup de renseignements nouveaux, qui d’ailleurs passent assez lentement dans la critique, en général fort routinière, conservatrice des erreurs matérielles comme des formules surannées. Et puis, si le désordre de son esprit ivre de Carlyle n’a permis à Grosart de composer ni une biographie ni même un portrait de Marvell, il a eu le louable souci de ne négliger aucun des aspects de l’homme ni de l’œuvre ; à défaut de la minutieuse exactitude il a eu le respect de la vérité physionomique. On n'en saurait dire autant d'un autre auteur qui pour-
° tant aurait pu profiter de la plus grande partie des recherches de Grosart ;
dans le roman de Marie Hall, née Sibree, intitulé André Marvel et ses amis (93), la piété puritaine s'associe étrangement à l’improbité intellectuelle. Jamais, espérons-le, disciple féminin de Scott n’a travesti plus
(90) J. R. Lowell : Among my books (Boston, 1870), Essai sur Dryden, p. 19 « Tf it be true that « every conqueror creates a muse » Cromwell was unfortunate. Even Milton’s sonnet, though dignified, is reserved if not distrustful. Marvells Horatian Ode, the most truly classic in our language, is worthy of its theme. The same poet’s Elegy, in parts noble, and everywhere humanly tender, is wotth more than all Carlyle’s biography as a witness to the gentler qualities of the hero, an of the deep affection that stalwart nature could inspire in hearts of truly masculine temper. As it îs little known a few verses of it may he quoted to show the difference between grief that thinks of its object and grief that thinks of îts rhymes [allusion à Dryden] ». Ici Lowell cite les vers :227-40 et 247-60 et il ajoute : & Such verses might not satisfy Lindley Murray, but they are of that higher mood which satisfies the heart. These couplets, too, have an energy worthy of Milton’s friend ».
(or) Voir bibliog. n° 131. — Nous disons « presque impossible »; voir en effet Dbibliog. n° 170.
(o2) Voir bibliog. n° 1:55.
(03) Voir bibliog. n° 132. — Acmirer notamment pp. 135-6 l'usage fait de To his Coy Mistress.
scandaleusement l’histoire que ne le fit cette honnête hulloise dans son volumineux récit; celui-ci atteignit, il y a quelques années, la neuvième. édition, autant que la poésie de Marvell en deux siècles et plus. Ce succès, surtout vif dans le comté d’Vork semble-t-il, s'explique par un patriotisme local aussi légitime que peu critique, et aussi par la religiosité sentimentale à laquelle la romancière ne fit pas appel en vain.
Mais si nous nous en tenons à l’Angleterre lettrée, nous pouvons dire qu'après Grosart les oscillations de la renommée de Marvell diminuent d'amplitude, et qu’on approche de l'équilibre judicieux. Peut-être Monsieur Gosse l’aurait-il atteint dès 1885 dans son De Shakespeare à Pope si la thèse générale du livre et le souci de justifier en quelque mesure l'avènement du classicisme n’avaient rendu l’éminent critique un peu sévère : l’épithète. de « puérile » ne serait pas tout à fait injuste si on lappliquait à une petite partie, et non comme Monsieur Gosse à une grande partie, de l’œuvre lyrique de Marvell (94). Dans l’ordre biographique Monsieur Firth donna en 1803 une esquisse magistrale que les recherches ultérieures n’ont complétée ou corrigée que sur des points secondaires et qui, malgré la sécheresse imposée par le plan du dictionnaire où elle parut, indique avec sûreté les principales conclusions à tirer de l’étude des faits (95).
Au cours des trente-cinq dernières années les articles, les éditions, les pages isolées, les chapitres et même les livres consacrés à Marvelf, se sont multipliés, et il devient impossible d'en faire même le dénombrement exact. Il suffira de noter, outre la persistance des attitudes antérieures plus ou moins assouplies, l'apparition d’une attitude nouvelle que l’on pourrait appeler décadente. Elle est à la fois, pour parler le langage astrologique de Marvell, en conjonction et en opposition avec celle du XVIII siècle : on admet l’hypothèse d’après laquelle notre poète a consciemment sacrifié ses dons lyriques à ses devoirs de citoyen, mais au lieu de le louer on le blâme de ce renoncement. D'ailleurs on veut ainsi montrer un mépris raffiné, et assez sot, de la vie pratique, plutôt qu’expliquer Marvell ou servir la vérité. Le premier, Arthur Benson, citant Dante et Browning avec un manque complet d’àpropos, accuse le député de Hull « d’avoir fait le grand refus » et d'avoir « quitté ses amis pour une poignée d'argent et un ruban »; poussant plus loin la témérité imaginative le critique écrit : « C’est peut-être à l'exemple de Milton et probablement à ses conseils que nous devons la perte d’un grand poète anglais » (06). Ce dilettantisme fin-desiècle n’a pas encore disparu alors que le nouveau siècle est déjà au quart de sa course. Il a du moins l'utilité de nous faire mieux apprécier le caractère touchant et sain du culte un peu naïf, un peu maladroit même, dont la mémoire de Marvell continue à être l’objet dans la ville: qu’il représenta vingt ans à la Chambre des Communes, culte qui se manifesta solennellement lors du trois-centième anniversaire de la nais-
(94) P. 219 (voir bibliog. n° 229; : « Marvell could run on in such a childish way. There is a good deal in Marvell that is of this species of wit, graceful and coloured,. but almost infantile 5.
(95) Voir bibliographie, n° 232.
(96) Voir bibliographie, n° 162 (Pages 203 et 194) et n° 233.
sance du patriote. Discours, toasts et sermon (car un évêque fit à l’auteur de l’Essai sur les conciles l'honneur de venir le réintégrer dans le sein de l’église anglicane) (07), exaltèrent surtout « une vie énergique que l'intérêt n'avait pas conduite » (98).
À Londres les cérémonies, pour ne point se dérouler sur la voie publique (09), n’en signifièrent pas moins que la renommée de Marvell avait atteint le point où elle peut sans hyperbole prendre le nom de gloire. S'il se trouva un avocat du diable pour refuser tout intérêt à l'œuvre de notre poète, qu’il n'avait d’ailleurs pas lue, il semble que ce rôle ingrat ou burlesque ait été tenu pour se conformer à la tradition d’un club de gens de lettres (100). Et cette voix discordante fut étouffée par un concert d’éloges où chaque critique tint sa partie selon ses moyens et son tempérament, mais dont l'harmonie fut faite de sincérité. Celui des critiques qui, poète lui-même, nous semble à cette occasion: avoir le mieux exprimé l'essence de la poésie marvellienne est Monsieur Eliot (101). Dans un article profond jusqu’à l'obscurité, encombré de rapprochements inattendus qui souvent aveuglent le lecteur en voulant l’éclairer, le chantre de Prufrock analyse subtilement l'esprit [æit] dont Marvell est le représentant : « raison dense sous une surface de grâce lyrique »; ou encore : « alliance de la frivolité et du sérieux (alliance qui intensifie le sérieux) ». Monsieur Eliot loue justement la « précision brillante et dure » de Marvell, bien plus « suggestive » que la mollesse embrumée et vague de maint poète du XIX® siècle, Morris par exemple, et déduit de ce contraste « que la suggestion est le halo qui entoure un centre brillant et clair, que l’on ne peut donc pas avoir le halo tout seul ». Il y a aussi du vrai dans cette remarque que « le goût précis de Marvell lui fait découvrir le degré de sérieux convenable pour chaque sujet qu'il traite. Ses erreurs de goût. ne consistent jamais à prendre un sujet trop sérieusement ou trop légèrement ». Mais si l’on peut accorder encore que certaines pièces de Marvell possèdent un équilibre vraiment classique, faut-il aller jusqu'à dire avec le critique américain dont l'apprentissage s’est fait à Paris : « L'esprit qui pénètre la poésie de Marvell est plus latin, plus raffiné, que tout ce qui lui a succédé » dans la littérature anglaise ? Un Français hésitera devant ce paradoxe, cependant flatteur pour son amour-propre national.
Le bruit des applaudissements populaires de 1921 s’est éteint, mais le travail silencieux des érudits a continué. La nouvelle édition des poésies et de la correspondance de Marvell que vient de nous donner Monsieur Margoliouth formera une base sûre pour les nombreuses recherches de détail qui rendront un jour possible une étude biographique et critique définitive, dans la mesure où ce dernier mot peut servir en histoire littéraire. En attendant, la tâche nous incombe de formuler
(oz) Tercentenary tributes, pp. 37-48 : Sermon de MS. l’évêque de Durham, Cf. bibliog. n° 135.
(08) Cette noble devise fut composée et vécue par notre ami Jean Bouvyer, blessé mortellerr:ent à l’ennemi le 30 juin 1915.
(99) Tercentenary tributes, pp. 32-36.
(xo0) Le chevalier Sidney Low, ut supra, chap. V. ! : (zox) Voir bibliog. n°° 187, 135, 239. — Il est surprenant que Monsieur Eliot ait
retiré en 1923 une partie des éloges qu'il accordait à Marvell en 1921; voir bibliographie n° 202.
l'appréciation provisoire à laquelle nous ont conduit des années de fami- Jiarité avec l’homme et l’œuvre.
Plusieurs tableaux nous sont parvenus qui prétendent représenter Marvell; mais ces portraits sont si dissemblables que l’on hésite à les croire tous authentiques. Qu'y a-t-il de commun entre le jeune homme rêveur, au regard un peu étrange, de la miniature que possède le duc de Buccleuch, — l’homme au front large et haut que peignit Hanneman, — et celui dont une abondante chevelure cache entièrement les tempes dans le tableau offert par Nettleton au peuple anglais ? Ce dernier portrait qui possède les meilleurs titres concorde aussi le mieux avec la description d'Aubrey : « Il était de taille moyenne, trapu, avait le visage plutôt arrondi, les joues. couleur cerise, les veux noisette, les cheveux bruns » (102). Ce Marvell est celui de la Restauration tandis que le tableau d'Hanneman porte la date de 1658 et que la miniature représente le poète tel qu’on peut l’imaginer à son retour du continent vers 1646. Néanmoins le temps lui-même concilie malaisément de telles contradictions iconographiques (103). Mais la difficulté n’est pas moindre lorsqu’il faut, sur des témoignages que l’on n’a pas la ressource de récuser, attribuer au même homme la Plainte de la Nymphe pour la mort de son faon et les Dernières instructions à un peintre ou la Répétition *ransprosée. Comment donc dessiner un portrait moral unique de Marvell ? Comment grouper tant de traits divers ? Qu’y a-t-il de commun entre le poète lyrique et le député ? Le vrai Marvell fut-il un flâneur imprévoyant ou un bourgeois attentif aux réalités matérielles, et soucieux par dessus tout de restreindre les prodigalités royales pour diminuer les impôts ? Faut-il voir en lui un apostat de la religion apollinienne ? ou un bel-esprit qui ne change de manière que dans la mesure où ses sujets successifs l’exigent ? le dernier enfant de la Renaissance ou le précurseur de Dryden et de Swift ? A cette liste de questions il faudrait ajouter les problèmes plus particuliers que nous avons déjà essayé de
(102) Op. cit., II, 53 : « He was of a middling stature, pretty strong sett, roundish faced, cherry ckeek’'t, hazell eie, browne haire ».
(103) Sur ce point consulter James Granger, Biographical History of England (1769). Granger, dont Samuel Johnson disait : « the dog is a whig », admire naturellement beaucoup Marvell; il parle de lui et de ses portraits dans les classes V, députés, et. IX, écrivains (vol. II, part. I, 256; —— part. II, 339). — La seule étude moderne est un article amusant mais peu sûr de Wildridge (voir bibliog. n° 186). — Le lecteur pourra se former lui-même une opinion en contemplant &e bonnes reproductions des principaux portraits dans les Tercentenary Tributes. — Nous n'avons pas parlé dans le texte du portrait qui appartint à Thoresby, puis à Hollis, (et que possède depuis 1927 la ville de Hull), couramment appelé « the Hollis portrait », parce que les traits ne diffèrent pas sensiblement de ceux @u portrait de la National Gallery (« the Nettleton portrait ») mais qu’il lui est très inférieur comme exécution; il prétend représenter Marvell dans sa quarante-et-unième année, mais lui donne une expression lugubre et une physionomie décomposée qui feraient croire que la Restauration causait alors au député &e Hull une profonde inquiétude et presque des coliques. — En résumé le « Hollis portrait », le « Nettleton portrait » et le portrait gravé en tête de l’édition de 1681 sont authentiques; le portrait par Hanneman ne l’est pas; la miniature Buccleuch peut l'être : telle est notre impression, mais le problème reste à résoudre par un expert, s'il n’est pas insoluble. — Voir aussi bibliog. n°“ 155bis et 198.
résoudre, sans y parvenir tout à fait : sa doctrine politique, sa foi religieuse.
Et pourtant l’homme chez Marvell produit la même impression de santé, d'équilibre, au moral qu’au physique. Issu d’une souche paysanne, la vitalité de la race ne donne en lui aucun signe d’épuisement. Mais fils de pasteur, et d’un pasteur instruit, il n’a rien non plus du parvenu littéraire chez qui une ascension trop brusque cause une sorte de vertige. Son éducation est l'éducation type de son temps, grand tour compris. La double empreinte chrétienne et païenne qu’elle a mise sur lui, quel Anglais, quel Européen cultivé ne la porte depuis la Renaissance ? La disparate est bien moins sensible chez lui que chez Spenser, et guère plus que chez Milton. Quant aux inconséquences de sa vie, les évènements en sont surtout responsables, et il les partage avec beaucoup de ses contemporains. La carrière d’un Français né à la fin du règne de Louis XV et mort sous Louis XVIII vous donnera l'équivalent de celle de Marvell. Il serait naïf de s'étonner des contradictions que l’on peut y relever. Presque seul en ce temps Milton va droit devant lui, et encore son audace s’accroît-elle à mesure qu’il avance. La vraie différence entre Marvell et son grand ami, n’est pas que celui-là ait changé mais que le symbole de son changement est une ligne brisée, et qui parfois se dédouble.
Rien de mystérieux jusqu'ici, ou du moins rien que d’humain. L'âge même est inutile pour expliquer la plupart de ces contrastes. Fleckno est de la même veine qu'Un dialogue entre les deux chevaux, à trente ans d'intervalle. Marvell a été comme tout homme complet tour à tour tendre et vindicatif, passionné et gaïllard, sérieux et plaisant. Il ne parlait pas sur le même ton comme précepteur de Marie Fairfax et de Guillaume Dutton que comme ami de Lovelace. Quoi de plus naturel ? — Il fut. bon fils, bon frère, bon oncle, sinon bon époux, ami sûr, ennemi acharné. Son tempérament sanguin le disposait aux colères brusques et aux querelles ; la vie lui enseigna la prudence et même la dissimulation. Il était capable d'activité mais il préférait le loisir. Son ambition était fort modérée, et le rêve de l’immortalité ne semble guère l'avoir hanté comme écrivain ni comme homme politique. Il avait des goüts simples, mais pourtant la nécessité de gagner sa vie semble avoir joué dans sa carrière . un rôle beaucoup plus important que le désir de se survivre. Il sut éviter la misère qui s'allie mal à l'indépendance et à la dignité personnelle, et ne se laissa pas tenter par les séductions de la richesse. Ni bohème ni bourgeois, mais un peu l’un et l’autre. Ni Don Quichotte ni Sancho Pança, mais tous deux à la fois comme la grande masse des hommes. — Intelligent et curieux d'idées, livresque même, il savait à l’occasion sortir de ses livres, et c’est peut-être par là qu'il est le plus exceptionnel, qu’il réalise mieux que Milton cette rare réussite de l’homme d’étude, de l’érudit, qui est aussi homme d’action. Le prix dont il paie cette supériorité, c’est de rester un amateur. Pour lui ce ne fut jamais un métier que de faire un livre. Il écrivit ou par plaisir ou par devoir; jamais son œuvre ne semble avoir eu pour lui d'existence indépendante des circonstances ou de sa fantaisie.
S'il cesse de composer peu après 1653 les vers qui ont pour nous tant de prix, on peut expliquer cet arrêt sans accuser l’endurcissement de-
me
la vie politique : « le poète mort jeune à qui l’homme survit » se rencontre plus souvent que le poète qui vit autant que l’homme. Mais en outre l'atmosphère qui va se modifiant autour de Marvell devient de moins en moins favorable à l'expression lyrique. Rarement concert plus nourri se tut de façon plus soudaine.
Au lieu de s'étonner que Marvell se soit mêlé à la lutte des partis on peut se demander comment il se tint si longtemps à l'écart des fonctions publiques. Il y trouvait, hors l'Eglise, la carrière la plus conforme à son éducation, et la vocation paternelle n'était pas en lui. S'il finit dans l'opposition il n'avait pas le tempérament de l’opposant perpétuel. L'irrévérence n’était pas chez lui fatale. Après avoir rendu un culte à Cromwell il chercha un autre héros à qui transférer son hommage, et quand il mourut, peut-être croyait-il l'avoir trouvé dans la personne de Shaftesbury, ou de Buckingham, voire même de Monmouth. Si l'esprit républicain consiste essentiellement à préférer les abstractions aux hommes, jamais nul ne fut moins républicain que Marvel. S'il apparaît parfois comme un isolé, c'est malgré lui et momentanément, parce que les autres ont trahi. Bientôt il s’agrège à un nouveau groupement. Ni courtisan ni irréconciliable bien qu’il ait pu sembler l’un et l’autre tour à tour, combatif mais prudent, personnellement incorruptible mais tacticien avisé et sans scrupules excessifs, le voilà tel qu'il se révèle dans sa carrière politique.
Pour la religion, un tempérament sensuel, comprimé par une éducation calviniste, trouve à s’épancher dans la poésie sans que la foi en souffre. Mais ensuite la raison critique s'attaque au dogme et y mord profondément. Pourtant la conduite porte jusqu’au bout la marque de l’éducation plus que celle du tempérament ou de l'intelligence. Par là le puritain domine en Marvell. La doctrine paternelle détermine ses actes; sans elle il pourrait, voluptueux et sceptique, s’accorder au ton de la Restauration; par elle il entre en lutte avec son milieu. D'ailleurs l'amour de la patrie vient renforcer l'influence de la religion. Pour Marvell l’Angleterre est le champion de la cause protestante, mais c’est parce que seule cette qualité permet alors à l’Angleterre de jouer un rôle de premier plan en Europe.
L’intensité et l’étroitesse de son patriotisme (l’une ne va guère sans l’autre) constituent la différence essentielle entre Marvell et ses contemporains français. Ceux-ci peuvent de temps à autre flatter de bonne foi le Grand Roi à l’occasion de ses victoires; on sent que leur cœur n'est pas là, qu’ils ne se tiennent nullement pour responsables de la marche des affaires publiques, que les frontières n’arrêtent point leur pensée, et que non le Français mais l’homme, l’homme selon Descartes, est leur étude. Il faudra les revers de la guerre de succession d'Espagne pour que le sentiment patriotique reparaisse, distinct du sentiment monarchique. Mais sous Charles II des épreuves, négligeables par comparaison, trouvant en Marvell un terrain bien préparé, ont produit le même effet que celles des premières années du XVIII° siècle sur Fénelon et Vauban. Et même au temps glorieux de Cromwell la grandeur de l'Angleterre est la préoccupation essentielle de notre poète. On y trouverait le secret de l’unité de sa vie si son absence pendant la guerre civile ne demeurait inexplicablement opposée à sa conduite ultérieure,
et si sa poésie intime ne nous le montrait avide presque jusqu’à l’égoisme de jouissances personnelles qu’il demande à la religion, à la femme et à la nature.
Plus que l’homme l'écrivain est difficile à embrasser d’un seul regard. Non que certains caractères communs ne se retrouvent dans toute son œuvre : de Fleckno aux Remarques l'esprit qui se manifeste par le choix des images, par la perception des analogies jusqu’alors insoupçonnées, demeure le trait fondamental. Mais les sujets et le ton divergent trop. Aussi ne pourrions-nous que répéter dans cette conclusion générale les conclusions des chapitres consacrés aux poëmes lyriques, aux satires, aux pamphlets. Quant à marquer entre ces diverses parties de l'œuvre une hiérarchie, c’est soin superflu aujourd’hui.
Et pourtant malgré son triomphe final la poésie lyrique de Marvell souffrira toujours auprès de certains d’avoir été longtemps négligée. L’historien de la littérature qui croit à une filiation rigoureuse des œuvres, qui les voit s’engendrant l’une l’autre, passera facilement à côté de l’in-folio de 1681. Marvell meurt sans postérité poétique, mais cette extinction d’une famille littéraire a pour le lecteur qui n’est pas féru de continuité déterministe quelque chose d’émouvant. Le sentiment du jamais plus prête aux sonorités des octosyllabes marvelliens une poignante résonnance qui n’est sans doute pas en eux mais en nous.
Par contre l’histoire littéraire trouve sa pâture dans les satires et les œuvres en prose où elle voit à juste titre les ébauches d’un art nouveau. Plus justement encore elle fait de Marvell un trait d’union entre deux générations et note qu'il est presque seul à jouer ce rôle. Il n’est pas entièrement un attardé comme Vaughan; il ne devance pas l'avenir comme Hobbes. Sur la faille de 1660 il jette le pont de sa personnalité.
Tel apparaît Marvell à cette heure-ci. L'histoire de sa réputation dans le passé devrait nous interdire toute prophétie. Pourtant, en écoutant chanter ces vers qui charment aujourd’hui et dont on se demande comment ils ont pu ne pas charmer toujours, nous affirmons notre foi qu'ils vivront autant que la langue anglaise. Et à ceux qui les liront ils donneront avec la jouissance de leur beauté le sentiment des contradictions spirituelles d’où est sortie la grandeur poétique et politique de l’Angleterre.
Le 6 novembre 1026.
Vu Le Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris, BRUNOT Vu et permis d'imprimer :
Le Recteur de l’Académie de Paris,
Paul LAPIE.
Bibliographie
Nous ne donnons ici d'indications purement typographiques que par exception et lorsqu'elles présentent un intérêt particulier. Nous mettons uniformément tous les titres en italiques sans marquer leur division par lignes. Dans la mesure du possible nous avons reproduit l’emplui des majuscules initiales, mais pour arriver sur ce point à une parfaite exactitude il aurait fallu corriger nos épreuves au Musée britannique,
Sauf indication contraire, cette bibliothèque possède un exemplaire de chacun des ouvrages qui sont énumérés ci-dessous.
Des remaniements en cours d'impression ont entraîné la suppression de quelques numéros et l'insertion de numéros bis et ter. Ceux-ci n’ont pas d’autre signification.
Cette bibliographie ne comprend pas les ouvrages qui parlent de Marvell en passant, et à propos d’un seul inci&ent de sa vie ou d’un seul aspact de son talent. Ces allusions, parfois très importantes, sont signalées dans les notes où l’on trouvera les indications bibliographiques nécessaires. Se servir de l’index pour &écouvrir les références de ce genre. Par exemple on trouvera, sous le nom de Miège (Guy) un renvoi à la note 100 du chap. V où nous donnons le titre complet de À Relation of Three Embassies…., ouvrage essentiel pour le biographe de Marvell, et dont pourtant le sujet n’est nullement la vie de celui-ci maïs bien une négociation à laquelle il a pris part en sous-ordre pendant quelque dix-huit mois. De même on trouvera sous le nom de Morton (Richard) un renvoi permettant d'identifier le livre de médecine qui fournit à propos d’un problème de thérapeutique le récit de la mort de Marvell.
Toutes les fois que cela nous a semblé utile, nous avons résumé et apprécié brièvement l'ouvrage que nous signalions. Un très petit nombre d’entre ceux «qui figurent dans cette liste conserve plus qu'un intérêt rétrospectif. Il nous semble que le rôle du bibliographe est indiquer non seulement quels ouvrages existent mais encore quels ouvrages méritent d’être lus, et surtout quels ouvrages on peut se dispenser de lire.
Voir les indications particulières à certaines sections.