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d’autres maîtres que l’auteur des Catilinaires. Néanmoins Milton n'est pas seulement lui-même, il est représentatif quand il pratique les formes amples et massives. D'ailleurs‘la phrase est longue même chez un quasi- ‘ignorant comme Cromwell. Dans ce moule fait pour des géants, Marwell éprouve quelque peine à couler sa pensée (245). S'il n'arrive jamais aux enchevêtrements inextricables de ses deux grands amis, le politique et l’écrivain, on le prend souvent en: flagrant délit de gaucherie dans des périodes relativement courtes (246). Si son style produit l'impression
Un siècle plus asservi à la grammaire dira : Q as well qualified as, or better than, their companions », ce qui ne sera pas plus clair et sera bien plus lourd. Le Renvoi de la préposition à la fin d’une proposition relative de longueur démesurée : «€ that conversation which either the necessity of my attendance on your affairs or the convenience of nine own dos limit me, to...» (Lettre du 19 mai 1663). Constructions où l’orëre des mots rappelle le latin : & there cannot too high a va-
lue be set upon such a person ÿ (Grosart, IV, 104) — « that there should with conve-. nient speed 20 new Shipps be built ». (Lettre du 23 oct. 1675) — & sitting the Pt > [— sedente Parlamentol (Lettre du 13 mai 1675). — «& if the Dutyes so long continue
(that is if the King so long live). » (Lettre du 4 mai 1675) — & There has now for divers years a design been carried on to change the lawful government of England into an absolute Tyfanny, and to convert the established Protestant Religion into downright Popery : than both which, nothing can be more destructive… » (Gros. IV, 248 :— exorde de la Relation) — « to drain away the wealth of ours more than any other nation » (ibiad., 260) — « I have not received any from you in answer to my letter. » (Lettre du 15 oct. 1665). er
Et ceci qui semble un hellénisme : « Shall, to decline so pernicious counsels, and fo: provide better for the quiet of government, be traduced as the Author does here... ? ». Cet emploi de l’infinitif sujet au lieu du! substantif verbal surprend en anglais.
Constructions qui semblent calquées sur le français et contraires au génie de l’anglais : &those [Kings]. are now for some ages in the possession of an arbitaryx power. » (Gros. IV, 248). — « The. misunderstanding.… increaseth for these two days. » (Lettre du 15 mai 1675). Va ;
Anacoluthes en assez grand nombre : « … the fate of him that stirs the Indians” poison-pot, who:when he falls down dead with the steam and stench, they then throw the doors open. » (Gros. IV, 230). — & … the matter cf law concerning prorogation, which all of them. understood not, but was like to prove therefore a greas question » (ibid. 317). — &the English ships… which the French'had taken, .(and to this day cease not to treat our merchants at the same rate) ». (ibid., 318). —:« … Vet is it [le préambule de la Relation] very short of what the matter would have afforded, but is past over to keep within bounds of this volume » (ibid., 319). — & … it is not to be cxpressed, the debauchery and lewdness, which. are now grown habitual… » Gbid., 330). — « because he satisfied them not in some interrogatories, which no man would in common honour to others, or in self-preservation, as neïîther was he in law bound to have answered; they therefore fined him a thousand pounds…..» (ibid, 333). — Cit being said we might be secured by the guarranty of the general peace, it ‘was reflected on as a thing most permicions to us, and that our money and endeavours could not be worse applied, than to procure that peace » (ibid. 365). — Dans les lettres, écrites à la hâte, l’anacoluthe foisonne, et aussi l’ellipse, allant parfois jusqu’à l’obsecurité. j
(245) Marvell se moque du latin de Parker comme trop périodique : & … to ovit his usual volume and .circumference of periods, which, though he takes alwayes to be his chiefest strength, yet indeed, like too great a line, weakens the defence. 2nd requires too many men té nriake it good ». (Gros. III, 288). F
(246) Marvell vient de: décrire les efforts de Darby pour rallier autour de son ministère les vieux Cavaliers, en rappelant les souvenirs de la guerre civile, et pour se procurer ainsi une majorité Gisposée à voter des subsides qui seront employés à l’asservissement de l'Angleterre : « But there could not have been a greater affront and indignity offered to those gentlemen (and the best did so resent it) than whether these hopes were real, to think them men that might be hired to any base action, or whether: as hitherto but ïimaginary, that by erecting the late King's statue that whole party might be rewar@ed in effigy ». (Gros. IV, 304). La phrase boite; il: faut sousentendre fo think après imaginary, et même ainsi la symétrie de la forma ne correspond à rien de réel. Marvell a voulu placer une allusion à la Statue de Charing Cross, déjà raillée par lui en vers, (strophes 5 et 6) mais il l'a fait très maladroitement. C’est insulter les Cavaliers 1) que de les croire capables de se vendre, 2) que & leur offrir une récompense en monnaie de singe. Mais d’une façon comte] de. l’autre les
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d’abondance et même de surabondance, c’est plutôt par l'accumulation de mots, de propositions ou de phrases placés sur le même plan, que par la subordination compliquée d’une foule d’idées secondaires à une idée maitresse. Quant aux formules brèves, aux sententiae imitées de Sénèque, il en a qui feraient honneur à Bacon ou à Hobbes. N'est-ce pas le chancelier philosophe que l’on croit entendre dans cette phrase : « Le sage est pour ainsi dire éternel sur cette terre » ? Non, mais c’est à propos de lui que Marvell énonce cet apophtegme définitif (247).
À l'ordinaire toutefois notre auteur emploie la phrase moyenne, celle qui n’affecte ni l’ampleur ni la concision, et qui vient sans effort sous la plume de l’homme du monde ou de l’homme d’affaires. Il est clair sans recherche minutieuse de la précision pour elle-même. Mainte page de lEssai sur les conciles est écrite avec une belle netteté que l’on sent aisée et courante; dans la Relation cette qualité tend même parfois à se muer en sécheresse; on croirait lire un compte-rendu analytique impersonnel ; les arêtes de la pensée y apparaissent toutes vives; à plus forte raison dans les lettres à ses électeurs et même dans les lettres privées qui sont comme la matière brute de la Relation. Dans ses pamphlets plus ornés, la Répétition transprosée, Monsieur Minaudier, les Remarques, la prose de ce poëte, pour être moins nue, n’est pas une prose poétique mais une vraie prose. Elle n’a même pas de sonorité. Marvell écrit pour être lu des yeux, non à haute voix. Il ignore le nombre oratoire. Il sentait le rythme de la prose élisabéthaine, par exemple celui de la liturgie, au point de reprocher aux prélats et docteurs qui la révisèrent en 1662 d’avoir en ajoutant un mot dans la Litanie « gâté la musique et la cadence d’une période » (248). Mais lui-même ne rythme pas sa prose. Elle a le ton égal de celle de Cowley qui d’ailleurs la précède et put lui servir de modèle.
Pourtant l’homme de la Renaissance a mis sa marque sur le style de ces pamphlets : c’est la richesse et la couleur du vocabulaire, la multiplicité et la variété des images. La prose de Marvell fournit bien plus au lexicographe que ses vers lyriques, et même que ses satires. Sans doute faut-il tenir compte de la différence de volume; néanmoins la comparaison ne laisse pas d’être instructive : dans les poésies la langue de l’honnête homme qui ne se pique de rien; dans les pamphlets la pédanterie et la vulgarité, le parler des halles et celui de la cour, les termes techniques de l’armée et de la marine, des tribunaux et du parlement, qui se coudoient (249). Lorsque l’anglais n’y peut aller, l’auteur n’hésite
æspoirs &e Danby et des conspirateurs (dans la phrase précédente : they hoped at least by this means to fright..) étaient réels et non imaginaires; il faut donc entendre par their hopes les espoirs que l’on fait miroiter aux yeux des Cavaliers, espoirs qui jusqu'ici n’ont été suivis d'aucun effet, et qui continueront à être fallacieux si le ministère se contente de récompenser tout le parti cavalier en effigie, comme on pendait les contumax.
(247) Gros. III, 517 : « And I the rather quote him [Lord Verulam]l because a wise man is at it were eternal upon earth ».
(248) Gros. III, 214 : &« I remember one [addition] in the Letany, where to « false doctrine and heresie » they added « schism », though it were to spoil the musick and cadence of the period ».
(249) Parmi les termes pédantesques, citons : synfagmes, collections (Grosart, III, 9, — 1 ex, d’un emploi figuré dans le N.E. D.) — cerebellum, cranium (III, 50-1. — Ces deux mots apparaissent dès 1565 et 1543; mais tous les exemples du 1°" dans le
point à recourir non seulement au français comme ses contemporains
N.E.D. sont empruntés à des ouvrages techniques; le secon& s’employait par plaisanterie) — Thel epicurizes upon.…., il fait son régal de... (III, 62. — Ce mot apparaît en 1621 dans Burton, le pédant par excellence) — with two fingers & devaricated », faisant les cornes de deux doigts écartés (III, 115. — Passage burlesque cité supra, note 192) — divaricating, écartant les branches [d’un compas] (III, 364. — Ce sont les premiers ex. &e l'emploi transitif dans le N. E. D.) —a salivation, at sens d’intempérance de langage, prolixité injurieuse (III, 122. — Le 1° ex. dans le N.E. D. de ce mot précédé de l’article indéfini est de 1700) — he… Achillises.…. the Nonconformists, il menace, intimide; variante du verbe « to hector » qui d’ailleurs précède celui-ci (III, 154. — 1°" ex. ans le N. E. D.) — rhetorication, rhétorique, avec une nuance péjorative (III, 195) — stigmatical, ignominieux (III, 214. — Le N.E.D. ne donne que deux ex., de 1610 et 1619) — phthiriases, maladies pédiculaires (III, 247). — Phthirophagi, mangeurs de poux (ibid. — Le N.E.D. ne donne que l'adjectif bhthiro-bhagous, qui apparaît en 1858). — Energumeni, énergumènes (III, 249. — Le 1% ex. du V.E.D. est de 1685) — succedaneum, au sens médical pris métaphoriquement (III, 248) — praxis, pratique [médicale ou pharmaceutiquel (1bid.) — clancular, clandestin (III, 274. — Apparaît en 1621 chez Burton) — compurgator, témoin de motalité, mot de la langue juridique employé métaphoriquement (III, 288) — icterus, oiseau dont la vue guérit la jaunisse (III, 297. — Le N. E. D. ne dofne pas d'exemple du sens d'oiseau avant 1713, ni du sens de maladie avant 1706) — this fiefe shall reincamerate, ce fief reviendra au domaine papal, expression juridique employée métaphoriquement (III, 298. — Le N.E.D. ne connaît pas d’autre ex. de ce verbe) — adlubescence, plaisir, délice (III, 31f. — Seul ex. connu du N.E.D.) — the curvature. rectifies, la courbe devient droite (III, 314. — Le N.E.D. ne connaît qu’un ex. &Ge cet emploi, en 1597, et n’a pas relevé celui-ci) — Callimelanos, calomel, s'il faut en croire une inscription ms. sur l’exemplaire du Musée britannique de la Répétition transprosée, 2° partie, p. 184 : & [Melrcurius Dulcis [folr the Fre. Desease » {III, 362. — Le N.E.D. ne relève pas catte forme, et signale l’apparition de « calomel » en 1676 seulement, dans un ouvrage technique) — fhey gravitate and levitate, ils montent et descendent [métaphoriquementl comme des corps ans la physique prénewtonienne (III, 364. — 1° ex. de gravitate dans le N.E.D., 1644; 1° ex. de levitate, celui-ci) — tumultuate, se soulever en tumulte (III, 382) — subalternals, subordonnés (III, 393. — Le N.E.D. ne renferme pas d’ex. de l'adjectif postérieur à 1628 ni d'autre ex. &u substantif que celui-ci) — the unanimating of the Christian people, l’accord, la réconciliation de tous les chrétiens (III, 448. — Le N.E.D. ne donne aucun ex. du substantif verbal, et pas d’ex. du verbe antérieur à 1702) — the Stentorobhonick, appareil inventé par Morland en 1671 et employé par Marvell pour servir de terme de comparaison à un homme très bruyant (III, 454 — Le N.E.D. ne connaît du substantif que l’emploi technique et la forme en — icon, pluriel — ïica) — orbicular, épithète plaisante &e untruth (III, 511. — 1° ex. de ce sens dans le N.E.D. — (À round lie » apparaît en 1645) — Suada, persuasion, par allusion à la mythologie latine (III, 512. — Pas d’ex. postérieur à 1621 dans le N.E.D.) — lainant, qui aboie, épithète suprême lancée par Marvell contre Parker (III, 523. — Le 1% ex. donné par le N.E.D., tiré de Cotton Mather, 1702, est un écho de Marvell, comme le prouve l’emploi conjugué de Jatrant et de blatant, mot au sens mystérieux que notre
auteur avait emprunté pour la circonstance à Spenser) — evacuate, annuler (IV, 8x et 257) — the ecclesiasticals of Christianity, la partie du christianisme qui rdgarde les affaires ecclésiastiques (IV, 139) — Jogomachia (IV, 169) — an exegetical sense, or. an emphatical (IV, 181) — individuating, qui rend individuel (IV, 209) — phantastry, imagination vaine (IV, 224) — vénditaie, faire l’article pour, chercher à écouler (IV, 239. — Dernier ex. dans le N.E.D.) — donative, pour désigner la subside voté par le parlement au Roi (IV, 295) — to annul the consummation of La mare
riagel, où il semble que Marvell soit arrivé par la grandiloquence à un mon-sens; il s’agit d'empêcher un mariage non encore consommé, et non, comme on pourrait le
croire, d'annuler un mariage déjà consommé (IV, 297) — advocate publick crimes, se faire l’avocat de. (IV, 325. — 1° ex. &e ce sens dans le N.E.D, 1767) — punctual, au sens de « apposite, to the point » (IV, 400. — Dernier ex. de ce sens dans
le N.E. D. 1642) — those that administer the judicature, périphrase redondante et gauche pour dire les juges (IV, 412).
Parmi les termes familiers, souvent employés de façon métaphorique, citons : a bulls head, masse &e cheveux frisés portée sur le front par les femmes et dont Marvell orne métaphoriquement un évêque défunt (Grosart, III, 7. — 1° ex. dans le N.E.D.) — elbow-grease, huile de coude (III, 8 — 1% ex. dans le N.E.D.) — pushpin, jeu d'enfants, employé métaphoriquement pour définir la controverse théologique telle que l'entend Parker (III, 14 et passim. — 1° ex. figuré dans le N. E. D. — shall T shall T's, hésitations (III, 14. — Le N.E. D. ne donne pas d'ex. de l'expression fo siand shall I shall T antérieur à 1674 et du substantif shilly shally antérieur à 1755) — blew-lohn, rinçure de tonneau de bière, employé métaphoriquement (III, 61.
ve
de la Restauration, mais encore à l'italien et à l'espagnol comme ses prédécesseurs d'avant la guerre civile (250). Il citera du latin, du’
1% ex. de ce mot dans le N.ÆE. D.) — taplash, comme le précédent (III, 161. — rer ex. figuré dans le N.E. D.) — unhoopable, incerclable, au figuré, c'est-à-dire illimité (IL, 173 et 313-4 Mot employé par Marvell, critiqué par! Parker, défen@w par Marvell dans sa Seconde partie. — 1° ex. dans le N.E. D.) — smutty et smuttily (III, 507 et 239. — L’adjectif apparaît dans ce sens en 1668, mais le 1°’ ex. de l’adverbe dans le N. E. D. est celui de Marvell) — butitering one Book upon another, l'action d'écrire livre sur livre comparée à celle de beurrer une tartine (?) (III, 265. — Sens que ne signale pas le N.E. D.) — tonnage, capacité, d'où importance sociale (III, 313. — Le 1% ex. dans le N. E. D. de cet emploi métaphorique est de 1806) — pinne-paper, au sers métaphorique d’échantillon (III, 353. — Seul ex. de cet emploi ans le N.E.D.) — the pegging-out of the prince, l'exclusion totale (?) (III, 417. — Seul ex. de ce sens connu du N. F. D.) —cock-a-hoop, plein d’une joie bruyante (III, 419. — 1% ex. dans Hudibras, 1663) — balderdash, balivernes (III, 421. — 1° ex. de ce sens dans le N.E. D.) — coffee-farthings et Easter-pence (IV, 11. — Seul ex. de ces mots cité dans le N. E. D.) — plump& up, engraissé, mendu [métaphoriquement] doduw (IV, 60. — Ce sens figuré apparaît en 1628 dans le N.E.D.) — curryed over, corroyé, préparé comme du cuir et new vamp'd, remis à neuf, retapé [en parlant d'un sermon] (IV; 62. — Le 1°" ex. &u N. E. D. est de 1640) —- snuff up, reniflent [l'odeur savoureuse des biens d'église] (IV, 260. — 1°" ex. figuré dans le N.E.D., 1629) — the King would strip himself to his shirt, le Roi se mettrait [métaphoriquement] en chemise (IV, 381).
On pourrait multiplier indéfiniment ces exemples. Le lecteur en trouvera d’autres dans la liste des néologisnres (note 257) et dans les passages que nous avons cités supra pour illustrer l'emploi fait par Marveil du burlesque et sa fréquente grossièreté. Si les mots pédants constituent la trame ce son vocabulaire, les mots familiers en sont la chaîne.
(250) Outre les mots critiqués par ses adversaires (voir infra, dans le texte) Marveit emprunte au français : le verb fravestecre (Grosart, III, 35. C'est le 1°" exemple de cette forme dans le N. E. D.; to travesty apparaît également en 1673, l'adjectif travesty dès 1663) — le substantif millecantons (LIT, 42. — Ce mot ne se trouve pas dans le N.E.D., et Grosart le traduit par «a thousand cantons » sans voir qu'il continue la métaphore de « trouts, which. spawned.. ») — le substantif Courteboule (III, 45. — Le N. E. D. ne cite pas d'autre exemple de ce mot qu'il explique d’une façon peu satisfaisante; cf. Littré, s. v. court(e). Grosart cite Cotgrave qui est d'accord avec Littré) — le verbe disvalise (III, 97. — Seul exemple cité par le N.E.D.) — Je substantif assassinats (III, 133. — Le mot apparaît en anglais dès 1602, mais le N.Æ.D. ne cite pas d’autre exemple du sens figuré que celuici) — l'expression vous avez (III, 124) — le substantif Filoux (III, 264. — II ne figure pas dans le N. E. D.) — l'expression siviesme du valet (III, 275. — Le 1 ex, du N. E. D. est emprunté à Drycen et date de 1663) — le substantif quatorze (ibid. — Le N. E. D, ne cite pas d'ex. antérieur à 1701) — le participe passé repiqued, toujours par allusion au jeu de piquet (1bid. —- 1% ex. dans le N. E. D. 1659) — le substantif recherches, en parlant des procédés de style d'un adversaire (III, 318 — Ce mot ne se trouve pas dans le N. Æ. D. qui ne signale que l'adjectif recherché, et enccre pas avant 1722) — l'expression adverbiale à la mode, employé correctement après le substantif doctrine (III, 353. — 1°* ex. dans le N:E.D., 1649) — le participe présent fricassing (III, 451. — 1°" ex. du verbe to fricassee dans le N.E. D., 1657) — le substantif Mazarines, au sens de plats profonds en métal (III, 451. — C’est le 1 ex. donné par le N.E. D.) — le verbe to bouleverse, suivi de overturn jui en est Ja glose (III, 493. — Le N.E.D. ne cite pas d’autre exemple) — l'adjectif (?) rarachose, au sens de chose rare (IV, 38. — Seul ex. connu du N.E.D.) — le substantif fonte, au sens d’action de fonère, métaphoriquement (IV, 62 — le N.E.D. ne donne que ce seul exemple de l’emploi figuré et dit que le mot est rare) — l'adjectif indefectible (IV, 84. — 1° ex. dans le N. E. D. 1659) — le substantif coupe, au sens de pas de danse (IV, 101. — 1° ex. dans le N.E.D., tiré de The gentleman dancing-master, 1673) — l'expression made a considerable figure (IV, 295. -— Le 1°" ex. dans le N.E. D. est de 1601 sans épithète, de 1699 avec épithète. — Marvell prévient une critique en disant : «to use the French phrase ») — l'expression rase campagne, que Marvell emploie, semble-t-il à contre-sens, sans doute par l'effet d’une "confusion avec table rase (IV, 304. — Inconnue au N.E.D.) — le substantif grimass (IV, 336. — 1°" ex. cans le N.E.D., 1651 au sens propre; celui-ci est le 1‘ ex. au sens figuré) — l’expression a la suivie d’un nom propre et signifiant à la manière de (IV, 339. — 1°" ex. dans le N.E.D., 1646) — le substantif balet (IV, 319. — 1 ex. dans le .N.E. D. tiré de Dryden et daté de 1667) — l'expression petites maïsons (Ibid. — Ne se trouve pas dans le N.E. D. — Marvell joue sur le sens français d'hôpital de fous, et sur les houses of Parliament).
À l'italien Marvell doit le substantif ciurma, chiourme (Grosart, III, 92. — 1% ex.
grec, voire de l’hébreu, et aussi du provençal et même du malais (251).
Dans les répliques que provoqua la première partie de la Répétition transprosée, le style et particulièrement la langue de Marvell subirent un examen aussi sévère que celui qu’il avait lui-même infligé aux écrits de Parker. Ses ennemis, en bons contemporains du Père Bouhours, font la chasse aux néologismes dans les œuvres de léur adversaire, sans d’ailleurs se priver d'en employer eux-mêmes très souvent. Hickeringill notamment reproche à Marvell d’avoir forgé le mot tfrinkle pour désigner la pression exercée par les évêques sur la chambre des communes (252). Ailleurs il dresse une liste des mots, selon lui, nouveaux : « Tuants, Flambos, Ragousts, Risques, Intriques, Harangues, Comfortable Importance, Remarks, Repartees >» (253). En réalité la plupart de ces termes apparaissent avant Marvell, certains dès le début. du siècle;
dans le NE. D., 1655) — les substantifs cardinalism, nepotism et putanism (III, 131.
— Le N.E£.D. signale l’apparition des deux premiers en 1670, mais ne connaît pas d'exemple du troisième avant 1606 ni en ehors des dictionnaires) — le substantif stilletto (III, 454. — 1% ex. dans le N. £. D., 1613; mais le 1°r ex. du sens figuré est celuici). — En outre Marvell cite sans les traduire des phrases entières : Co non vogho governar le bestie » (II, 173. — Parole attribuéc à Christine de Suède) et @ Sia dunque Pamfilio papa al nome del diavolo » (III, 309. — Parole d’un cardinal dans un conclave). d
À l'espagnol Marvell doit l'expression in querpo, employée au figuré pour dire dépouillé de son pouvoir (Grosart, [IT, ro1. -— Signalée par le N.E.D. entre 1625 et 1748) — le substantif sosiego, suivi de sa glose calmness (III, 406. — Ce mot ne figure pas dans le N.E. D. — Marvell écrit sossiego) — le substantif privado’s, pour désigner ceux qui sont dans un secret (IV, 59. — Apparaît dans le N.E.D. en 1584, et devient archaïque au XVITFI® siècle) — le substantif junto, signifiant un conseil avec une nuance péjorative (IV, 153. — Apparaît cans le N,E.D. en 1641 sous cétte forme, en 1623 sous la forme correcte junta).
(25i) Parmi une foule d'expressions latines mèlées à l’anglais de Marvell, citons. : ex tripode (III, 354) — contests de lana porcina (III, 383) — in curiae egressu (III, (452) — cura animarum, curare cuticulam (IV, 15) — ex mero motu et certa scientia (IV, 48) — arcana impertüi (IV, 356)
Parmi les mots grecs que Marvell introduit dans sa prose sans essayer de les angliciser, citons : abelteria (III, 238) — colosseros (IL, 323. — Cf. Suetone, Vita Calig., 35) — Prote Ennoia (III, 349) — adiatrepsia (III, 350). Une fois (III, 95) il emprunte à Synésius (Ep. 58, ed. Pétau), toute une liste de noms d'instruments de torture
€ Podostrabæ, Dactylethreæ, Otagræ, Rhinolabides, Cheilostrophia ».
Parker, pour faire montre de son savoir, a conné au Saint-Esprit son nom hébreu. Ruac Hakodesh. Marvell riposte (III, 495) : « 1 doubt your Ruac Hakodesh is but at best a Bath col », c'est-à-dire un écho (littéralement, fille de la voix).
Aïlleurs Marvell (Grosart, III, 163) rappelle les luttes qui ensanglantèrent le Languedoc entre deux partis dont l’un appelait les fèves faves et l’autre haves; ces luites LÉ ee dit-il, pour savoir s'il convenait d’appeler une chèvre crabe ou cabre.
Pour enchérir sur Parker qui a cité de l’hébreu Marvell lui dit (Grosart, III, 495) € O seytang aurang olanda bacalay samatay ». Monsieur Cabaton, professeur de mtalais à l'Ecole des langues orientales, nous informe aimablement que cette phrase doit être en malais vulgaire des Moluques ou d’Amboine et signifie à peu près « © diable de Hollandais ! il chercherait chicane à un mort », ou «& il disputerait, ergoterait avec un mort ». En
A cette énumération de vocables étrangers on peut ajouter que Marvell forge le participe passé « Uilenspiegled » sur le nom du fameux loustic allemand (Grosart, III, 359. — Le N.E.D. ne connaît que le dérivé français « espiègle »).
(252) Gregory, Father-Greybeard, p. 24 : Marvell « new mints the word:trinkle »: — Pp. 199-201 Hickeringill fait des vers burlesques sur ce même mot. è
(253) Ibid., p. 30. — De même Parker (Reproof, pp. 20 et 31) critique les mots rapping (en réalité le verbe {0 rap, au sens de saisir se rencontre dès 1564) et rapper (ca mot, qui désigne familièrement une chose remarquable par sa bonté ou sa grandeur, apparaît en 1653). Plus loin (Reprof, p. 208) Parker attaque toute une série de mots : Lycanthropy (apparait dès 1584) — trincling (voir la note précédente) — disvalising (voir supra, note 250) — pickthankness (voir infra, note 257).
mais en 1673 ils semblent encore étrangers (254). Tous, on peut le noter sont d'origine française. Aussi Hickeringill accuse-t-il l’auteur de la Répétition transprosée d’avoir échangé son bonnet carré de bachelier-ès-arts contre une perruque (255). Mais le purisme est une arme à la disposition des deux partis, et le goût de Marvell ne se révèle pas moins classique, au moins dans la critique. Il reproche à Turner d’avoir écrit : « Ît is become a duty to expose him [Croft] » ; dans cette phrase expose a le sens qui est aujourd’hui normal de « démasquer >; mais le défenseur de l’évêque de Hereford feint de croire qu’il s’agit d’un « genre de mort » renouvelé des persécuteurs des premiers chrétiens; et pendant plusieurs pages il poursuit ses plaisanteries sur ce thème (256). Au reste si cette rigueur contre un mot ou un sens encore mal établi était de bonne guerre, notre auteur s’accordait de bien autres libertés et sa prose est hospitalière à tous les vocables anglais ou étrangers depuis les plus vieux jusqu'aux plus récents (257).
(254) Tuant est emprunté par Marvell à la farce de Buckingham; — le N.E.D. signale flambos en 1632, ragousts en 1664 dans Hudibras (Marvell est le premier à lui donner le sens figuré), risques en 1661 dans la Glossographia de Blount, intrigues en 1647 (le sens de liaison secrète entre amants, sens que Marvell donne à ce mot, apparaît en 1668; dès 1673 Dry@en considérait le mot commte suranné dans la langue de la galanterie et remplacé par amour), harangues dès 1450 en Ecosse et 1600 en Angleterre; — comfortable importance est une expression de Parker dont Marvell dénature le sens, non un néologisme; — remarks, au sens d'observations, de critiques, n’est signalé par le N.E.D. qu’en 1673 et dans une &es réponses à Marvell; — repartees apparaît en 1645.
(255) Ut supra : & keeping the head warm the while with a Perriwig instead of a Square Cap, ».
(256) Mr. Smirke;… (Grosart, IV, 31-4; et jusqu'à la fin du pamphlet Turner est appelé « the Exposer » ou « Mr. Exposer »). — Ailleurs Marvell reproche à Turner d’avoir dit : « God. treated with Abraham face to face... », car & treat. is a word of Court not of Scripture » (1bid., 58).
(257) Une seule fois l’archaïsme est souligné par Marvell lui-même; c’est quan il appelle Parker « Mr. Limitour — to use a Chaucer’s word. » (Grosart, III, 364). Nulle part ailleurs nous n’avons la certitude que l'écrivain employait consciemment un mot vieilli; mais lorsque cet emploi est le dernier que signale le N.E.D., ou qu’il est même postérieur au dernier exemple relevé, nous avons de sérieuses présomptions : l'expression none conn d him thanks — nul ne le remercia, ne reparaît plus après la Rép. Transp. (Grosart, III, 26) que dans les dialectes; — Jightly, au sens de magnifier (III, 207) — he voiced my book, il le mit hors la loi, le dénonça à la vindicta publique (III, 269) — agoe, parti, passé, perdu (III, 291. — Dernier ex. dans le N.E.D. de l’emploi verbal du participe passé) —-— he. moyles himself, il se fatigue (III, 313. — Dernier ex. de l’emploi réfléchi &e ce verbe en’ dehors des dialectes) — benevolous — bienveillante (III, 376. — Dernier ex. du N.E.D., 1670) — knickknacks — subterfuges (III, 452). — suborn’d, au sens de frauduleux, de mauvaise foi (III, 512. — Dernier ex. du N.E.D., 1610) — discussed, au sens étymologique de dispersé, dissipé (IV, 6. — Dernier ex. du N.E.D., 1651) — tranelling, chasse aux oiseaux qui se fait en traînant un filet (IV, 67. — Dernier ex. dans le N.E. D. s. v. trainel) — high-shoon, rustique (IV, 107) — a. retail, au sens de relation détaillée (IV, 263) — having vailed bonnet, terme maritime qui désignait une façon de saluer un autre navire en abattant les bonnettes (IV, 282).
Encore qu’il soit moins difficile de dater la naissance que la mort &@unm mot, cette détermination ne peut à l’ordinaire se faire avec beaucoup de précision. Dans la liste suivante figurent des mots, des sens et des expressions dont le N.E. D. relève le premier emploi dans Marvell, d’autres dont il cite des exemples très peu antérieurs, d’autres enfin dont il ne signale que des exemples postérieurs : pendets, aujourd’hui
pundiis, (Grosart, III, 19. — 1° ex., 1672) — simarre (III, 34. — 1% ex. 1641) — he runs a-mucke (III, 45. — L’adjectif amuck apparaît en 1663, mais Marvell est le facilement, disparaît totalement (III, 77 et 81); — de même imp — pousse &arbre,
jeune plante (III, 96) — l’adjectif composé o/d-excellent, où old a le sens : de longue data (III, 100. — Dernier ex. du N.E.D., 1643) — queich, proférer un son (III, 114. — dernier ex. en dehors des dialectes) — bran — sorte (III, 168) — io magmificate —
Son choix de métaphores et de comparaisons ne le montre pas moins accueillant. Le lecteur a pu s’en convaincre par les citations faites au cours de ce chapitre : aussi bien la grossièreté que l’érudition, l’esprit que l’éloquence de Marvell se manifestent ou s'expriment de façon figu-
premier a employer l'expression sous cette forme qu’elle gardera; il l'explique d’ailleurs à ses lecteurs) — surcingle (III, 51. — Le N.E.D. n’a pas relevé l’emploi de ce mot par Marvell lui-même l’année précétente dans The Loyal Scot, v. 180) — he cuts, en parlant de Parker par comparaison avec un cheval qui se coupe (III, 83. = 1" ex. au sens propre, 1660; pas d'exemple du sens figuré) — mowsled, malmené, en parlant d’un mot critiqué par Parker (III, 152. — Le premier ex. est de 1662; je terme était à la mode, mais le seul ex. figuré est celui de Marvell) — cokesing, aujourd’hui coaxing, flatterie (III, 195. — 1° ex. de l’emploi du substantif verbal; le verbe n'apparaît dans ce sens qu’en 1663) — to trinkle with, intriguer avec (IT, 217) — buffoonish (III, 218. — 1° ex. dans le N. E. D.) — blown, au sens d’essoufflé, hors d’haléine (III, 257) — bobbing, façon de pêcher l’anguille (III, 353. — 1 ex., 1653, au sens propre. Le seul ex. d'emploi métaphorique est celui de Marvell) — snickering, rire du bout des lèvres, que Marvell emploie suivi de after et d’un substantif qui désigne la chose qui fait rire; l'expression pren le sens de goût vicieux pour. (III, 323. — Le verbe apparaît seulement en 1694, le substantif verbal en 1775 dans le N.E.D.) — embargue, mettre l’embargo sur [tout le commerce de l'Angleterre] (III, 453. — Ce verbe apparait dans le N.E.D. en 1650: au sens de confisquer, mais seulement en 1755 au sens qu’il a ici et qui a seul survécu) — romantick, au sens de chevaleresque, &on-quichottesque (III, 500. — 1 ex. dans le N.E.D., 1671). — fluster, pompe, splendeur (IV, 12) — to wheedle (III, 94 et IV, 107. Le 1% ex. est de 1661, dans la Glossographia de Blount) — anecdota, histoires inédites (IV, 71. — 1% ex. du mot dans le N.E.D.) — sinstillers, instigateurs (IV, 94) — a good Christian cunnot atturn and identüre his conscience over (LV, 126, traduit infra, p. 420 — 1° ex. de to atturn au sens propre, 1649, de to indenture, employé intransitivement, 1658. Marvell est le premier à employer ces deux verbes métaphoriquement et le second transitivement) — episcopable (IV, 132). — On peut signaler aussi cet emploi du mot Jewel qui a échappé au N. E. D., sans doute parce que sa vogue a été brève : «during his chaplain-ship, he [Turner] hath learnt it [the word jewel] in conversation with the ladies, who translate it [ — use it in a metaphorical sense] frequently, to call whore in a more civil and refined signification » (IV, 20). — Le verbe to palm est employé par Marvell au sens de grimper (IV, 160). Le N.E. D. donne un exemple tiré &e Dryden et daté de 1678, mais dans lequel ce verbe a certainement le sens de tricher, non de grimper, et un exemplaire dialectal de 1855 qui, lui, est pertinent. — On trouvera d’autres exenzples de mots nouveaux au temps de Marvell dans nos listes de termes familiers et emprunts au français (notes 249 et 250).
Il n’est pas toujours facile de distinguer entre un néologisme et un dmaë heyéuevov ou comme le dit le N.E.D. a nonce-word. Toutefois dans la liste ci-dessous la plupart des mots semblent bien ne pouvoir resservir qu'en vertu d’une imitation consciente de Marvell par un de ses successeurs : penitentiary-universal, buffoon-general (Grosart, III, 35. Ces composés ne se trouvent pas dans le N.E.D.) — nitcracking (III, 115. — Seul ex. d’un composé de nit &onné dans le N.E.D.) — pickthankness, adulation intéressée (III, 199. — Seul ex. cité dans le N.E. D).— Sibthorpianism, la doctrine du théologien anglican Sibthorpe (III, 210. — Ne se trouve pas dans le N.E.D.) — dis-Ghibeline, distinguer [comme un guelfe] des gibelins (ibid. — Nonce-word d’après le N.E.D.) — an At-all, un homme universel [ironiquement] (IIT, 234. — Seul ex. de ce substantif cité dans le N.EÆE.D. Mais Marvell fait allusion au personnage d’une pièce de Shadwell, The sullen Lovers, 1668, Sir Positive At-all) — orifacture, fabrication [de bulles de savon] avec la bouche, sur le modèle de manufacture (III, 271. — Marqué nonce-word dans la N.E.D,) — Grewellens, mangeurs Ge gruau, sobriquet d’un groupe d'étudiants puritains à Oxford vers 1650 (III, 285. — Marvell n’a pas forgé ce mot lui-même mais il est sans doute le premier à le coucher par écrit, ou du moins à l’imprimer. Les ex. du N.E.D. sont postérieurs et manifestement empruntés à Marvell) his we-ship, titre burlesque décerné par Marvell à Parker qui parle de lui-même à la première personne du pluriel (III, 306. — Nonce-word dans le N.E.D.) — his « equinity » and his « hinnibilhity », titres imaginés par Marvell pour le cheval de Caligula; il semble que Parker ait employé ces mots avant son adversaire mais “ans une autre acception (III, 348. — Equinity n'apparaît selon le N.E.D. qu’en 1820, dans les Conversations imaginaires de Landor qui connaissait, encore que de seconde main et bien imparfaitement, les pamphlets de Marvell et ceux de Parker; — hinnibility a été omis par le N.E. D.) — a Perkin-Caligula, un imposteur jouant le rôle de Caligula, par allusion à Perkin Warbeck qui voulut se faire passer pour Richard IV (III, 350. — La combinaison ne
rée (258). Mais ses images les plus intéressantes sont d’une part celles où brille un dernier reflet de la flamme métaphysique, et d’autre part celles dont la netteté tranchante et le poli annoncent la prose classique. Par son caractère macabre et sa préoccupation du surnaturel, en
se trouve pas dans le N.E.D., et Perkin, employé comme nom commun n'apparaît qu’en 1685) — Caligulism, ressemblance avec Caligula (JII, 352. — na Xeyéuevov d’après le N.E.D. qui ne cite qu’un ex. de 1745) — to « Neronize » and « Caligulise » [princes], les transformer en Nérons ou Caligulas (III, 359. — Le premier verbe selon le N.Æ. D. apparaît chez Marvell et reparaît après lui: le second a été oublié dans ce dictionnaire) — to be &« Uilenspiegled » and « Sardanapalized », toujours en parlant de princes, être transformés en Eulenspiegels ou en Sardanapales (ibid. — Le premier mot ne se trouve pas dans le N.E.D., qui ne dite &u second que l'exemple de Marvell) — danger, verbe transitif, au sens de risquer (III, 400. — Seul ex. cité dans le N.E.D.) — a Julianisme, une façon de parler digne de Julien d'Apostat (ILI, 467. — Onxis par le N.F.D.) — you quaa yourself in…, vous vous embourbez [métaphoriquement] dans. (III, 504 — Seul ex. connu du N.E.D.) — grannamish, &e vieille femme [péjorativement] (III, 516. — Seul ex. cité dans le N.E.D.) — canterburing, allant au petit galop, en parlant de prélats, avec une allusion à la métropole ecclésiastique de l’Angleterre (III, 516. — Le N.E.D. ne connait pas d’autre ex. mais considère canter, qui apparaît en 1706, comme une abréviation de ce mot) — out-boniface, intimider (?); forgé peut-être sur le modèle de out-face avec une allusion à un personnage contemporain aujourd’hui mystérieuse (IV, 12 — Omis dans le N.E. D.) — angariating, l’action de requérir comme messager (IV, 24. — Seul ex. connu cu N.ÆE.D. Terme venu d’une racine persane par l'intermédiaire du grec et du latin) — they candled a man over in wax, ils le couvraient de cire comme une chandelle (IV, 31-2. — Seul exemple de cet emploi connu du N.E.D.) — to preingage, prévenir [une personne contre une autre] (IV, 35. — Omis dans le N.E.D.) — [he] ubiquits himself, il se montre partout à la fois (IV, 60. — Seul exemple de ce verbe connu du N.E.D.) — proctoring, l’action de faire une ronde comme un censeur d'université (IV, 67. — Seul ex. de cet emploi du verbe to proctor dans le N.E.D.) — spermologers, ramasseurs de semences [métaphoriques] (IV, 68. — Seul ex. connu du N.E.D.) — Peter Hermite it, prêcher une croisade (IV, 81. — Ne se trouve pas dans le N.E. D.) — kitchin-plunderer, métaphore militaire pour désigner un: controversiste qui & ne s'attaque qu’au bagage » de l'ennemi (IV, 83. — Seul ex. cité dans le N.E.D.) — impoundable, digne [métaphoriquement] d’être mis en fourrière (IV, 101. — Seul ex. cité dans le N.E. D.) — calendary, la place ou le placement dans le calendrier (IV, 110). — Seul ex. cité dans le N.EË. D.) — religionated, rendue religieuse, pénétrée de religion, en parlant de la raison (IV, 126. — Seul ex. connu du N,E. D.) — faith-stretchers, ceux qui étirent de force la foi des autres pour la rendre semblable à la leur, avec une allusion à certains instruments de torture (ibid. — Seul ex. cité dans le N.E.D.) — Creed-making, la fabrication des symboles (IV, 134 — Le N.E.D. ne donne qu'ur ex. de 1880). nickers, suivi de sa glose applyers, ceux qui établissent des rapports [entre les phénomènes naturels, tremblements de terre, etc, et les crimes humains] (IV, 148. — Seul ex. connu du N.E. D.) — outlive, mener une vie plus vertueuse que. (IV, 158 — Le N.E.D. ne donne qu'un seul ex., de 1883, qui semble accorder à Burnet l’honneur de cette création) — theologants, variante de theologers (IV, 169. — Seul ex. connu du N.E.D.) — conconcourse, mot destiné à montrer l’absurdité de l'expression & simultaneous concourse » employée par Danson (IV, 176. — Ne se trouve pas dans le N.E.D.) — inter-parliament, intervalle entre deux sessions, avec l'intention d’insinuer que l'intervalle est si prolongé qu’il met fin à une législature; mot forgé sur le modèle d’ & inter-regnum » (IV, 314. — Seul ex. cité dans le N.E. D.) — cross-biasses, tendances, penchants qui se traversent les uns les autres (IV, 357. — Seul ex. cité dans le N.E. D.) —'a seam of land, une bande de terrain [neutre qui sépare deux pays] (IV 387. — Seul ex. de cette expression cité dans le N.E.D.) — unprecedentedness, manque de précédent [constitutionnel] (IV, 393. —- Seul ex. cité dans le N.E.D.)
On notera que presque tous ces mots forgés par Marvell le sont avec une intention burlesque.
(258) Le goût du député de Hull pour les comparaisons est tel que dans ses comptes rendus des débats parlementaires il note celles dont ses a@versaires ont fait usage lorsqu'elles lui semblent frappantes; par exemple dans An Account of the Growth of Popery… (Grosart, IV, 381) : « À whip will alarm a wild beast, but it will not defend the man; a sword will alarm the beast too, but then it will also defend the man ». Le fouet, c’est une déclaration d'alliance entre Charles II et les Provinces- Unies sans que le parlement anglais ait voté de subsides; l'épée, c'est le vote préalable des subsides; tous deux alarmeront Louis XIV, mais le second seul protégera l'Angleterre, selon les ministres.
voici une qui fait songer à Donne : « Avant que les murmures sur la mort de la duchesse d'Orléans ne se fussent apaisés, en un clin d'œil une ligue invisible et empreinte de l'affection la plus passionnée se trouva conclue avec la France au préjudice de la Triple Alliance comme si en disséquant la princesse on eût trouvé quelque philtre d'Etat. ». Mais cette hardiesse cède aussitôt la, place à une noblesse classique assez banale : « ou que la réconciliation avec la France ne pût se célébrer par un sacrifice moindre que celui du sang royal d’Angleterre » (259). Ailleurs la manière dont Danson interprète un théologien défunt arrache à Marvell ce cri : « Autant vaudrait couper la main d’un mort pour lui faire signer un faux » (260). Si le contenu de l’image rappelle la Renaissance, la forme incisive et ramassée est déjà classique au meilleur sens du mot. Aülleurs encore l’étrangeté disparaît si l’ingéniosité demeure, comme quand Marvell nie la possibilité d’un soulèvement populaire qui invoquerait les mêmes prétextes que celui de 1642 : « Une nouvelle guerre doit avoir, comme un livre qui veut se vendre, un nouveau titre » (261). Ou même l’image présente un caractère si naturel, si aisé, si inévitable, qu’on a peine à ne pas la croire très ancienne. Si Parker affirme que la moindre atteinte à l'Eglise compromet la stabilité de l'Etat, Marvell lui répond : « Il n’y a rien de plus naturel pour le lierre que de croire que le chêne ne peut rester debout sans son appui » (262). Enfin le lieu commun moral qui formera la substance de la poésie de Pope se rencontre déjà chez notre auteur sous la forme d’une comparaison épigrammatique : les députés de l’opposition se montrent patriotes parce que la faveur des ministres les a quittés pour d’autres; car « quel homme ne ferait l'éloge de la chasteté et n’invectiverait contre la débauche, tandis que son rival jouit de leur maitresse ? » (263). L'expression parfaitement adéquate donne ici du piquant à une banalité.
Ainsi Marvell par ses métaphores tient à la fois du passé et de l’avenir, comme par la coupe de ses phrases il marque le passage de la prose élisabéthaine à la prose classique. Sur ce fossé de 1660 il jette le pont de son tempérament personnel d'écrivain. Ce qui est vrai de la forme de ses pamphlets ne le serait-il pas aussi de leur fond ? C’est la dernière question à laquelle il nous reste, si possible, à répondre.
(259) Grosart, IV, 266 : « As if upon dissecting the princess there had some State philter been found in her bowels, or the reconciliation with France were not be celebrated with a less sacrifice than of the blood royal of Englan& ».
(260) Ibid., 214 : « This is the same as to cut off a dead man's hand to subsextbewith it to a forgery ». :
(261) Ibid. IT, 177 : « À new War must have, like a book that would sell, à new title ».
(262) Ibid., 96 : « There is nothing more natural than for the ivy to be of opinion that the oak cannot stand without its support ». La métaphore se poursuit.
(263) Ibid. IV, 407 : & For who would not commend chastity, an& rail against whoring, while his rival enjoys their mistress ? »
Citons encore cette comparaison qui flétrit les persécutions infligées aux dissidents par un gouvernement plus cupide que fanatique : «to take away these [their lives, liberties and estates] in penalty for the other [their consciences], is meerly 2 rrore legal and gentile way of padding upon the road of Heaven, ane. it is only for want of money and for want of religion that men take those desperate courses ».
Capable par moments de noblesse, la pensée de Marvell n’en est pas moins fragmentaire. Nous avons vu ailleurs que ses convictions politiques échappaient à toute formule générale. Tenons-nous en ici à ses croyances religieuses, dans la mesure où on peut les séparer de la politique. Il ne nous en a pas donné le système tout construit; pouvons-nous du moins bâtir pour lui l'édifice avec les matériaux épars dans ses œuvres ? Ë
Il est relativement facile de dire ce que Marvell n’est pas, ce qu’il combat, bien plus malaisé de découvrir ce qu’il est, ce qu'il approuve. Son hostilité contre l'Eglise romaine ne fait pas de doute; mais quand il s’agit de définir l’irréductible opposition entre protestants et catholiques, Marvell nous dit surtout où elle ne se trouve pas. Dans Monsieur Minaudier il se refuse à prendre pour critère l’acceptation de la suprématie pontificale : on serait ainsi protestant à trop bon compte; (264) — dans les Remarques il prend la même attitude devant la question de la grâce et du libre-arbitre, car au fond il se sent plus près sur ce point particulier de la masse des catholiques que de la masse des protestants ; — dans le réquisitoire en règle contre le papisme qui ouvre la Relation et qui aura après la mort de l’auteur l’honneur de réimpressions séparées, le grief d’où Marvell déduit tous les autres est celui d’avoir réservé au seul clergé la lecture de la Bible (265) : bon argument de controverse, mais qui explique mal l’aversion à peine moins vive du pamphlétaire ‘pour la haute-église anglicane, innocente d’un tel accaparement.
Que reproche-t-il donc à Laud et à son école ? Non leur arminianisme, ou seulement pour les besoins de la cause et sans y insister, puisqu’il est lui-même plus arminien que calviniste sur la question théologique qui divise ces deux partis. Le goût immodéré de la haute-église pour l’uniformité rituelle lui déplaît, mais il n’attacherait sans doute pas aux cérémonies plus d'importance qu’elles n’en méritent s'il n'y voyait les manifestations extérieures d’un esprit dominateur contraire à l'Evangile.
Cet esprit s’incarne dans les évêques. Faut-il distinguer ici entre l'épiscopat et la prélature ? Ce dernier mot évoque des droits féodaux, un siège à la chambre des seigneurs, le faste, l'autorité descendant d’en haut. Tout cela Marvell l’avait en abomination. Mais aurait-il admis, comme certains réformateurs modérés au début de la guerre civile puis à la Restauration, un système où l’évêque subsistait, dépouillé de toute pompe mondaine, pour n'être plus guère que le président, nommé par le roi, du synode diocésain ? Certainement oui en 1660 (266), mais plutôt, semble-t-il, comme un pis aller que par l'effet d’une préférence : à la fin de sa vie il semble bien qu’il espérât du grand mouvement qu'il préparait l'abolition pure et simple de l’épiscopat jugé incorrigible.
(264) Grosart, IV, 86.
(265) Ibid., 251.
4266) Voir la lettre du 4 décembre 1660 à la municipalité de Hull.
Allons plus loin : tout le clergé anglican, ou plutôt tout clergé en tant que tel lui est odieux; il proteste contre la restriction à une catégorie de chrétiens d’un terme qui doit désigner le peuple de Dieu tout entier, clerum Domini (267). Le système presbytérien qui rejetait le mot de clergé, sinon la réalité de cette caste, eût-il satisfait Marvel ? C'est fort douteux. Il eût protesté sans doute contre cette théo-démocratie tyrannique, contre ses empiètements sur le pouvoir civil. Il est, dirions-nous, anticlérical, ou, pour parler comme ses contemporains, érastien. Le pouvoir civil peut et doit limiter, surveiller et contrôler l’activité ecclésiastique. Encore faut-il que le pouvoir civil entende comme Marvell l'exercice de ce droit. Notre auteur oscille donc du roi au parlement en matière religieuse, selon qu’il juge l’un ou l’autre plus disposé à tolérer ce qu’il croit tolérable et à interdire ce qui lui apparaît intolérable.
Car sa tolérance a des limites : elle exclut en fin de compte les catholiques comme le fera encore celle de Locke, dont son neveu Guillaume Popple traduira en 1689 la fameuse Epistola de tolerantia; elle n’englobe les Juifs qu'en rechignant, avec un mélange de méfiance et de mépris (268). C’est que son fondement est théologique : tous les chrétiens ont le droit d'interpréter la Bible à leur façon, parce qu’ils en ont le devoir, que la Bible elle-même leur impose : « Non, un bon chrétien ne peut pas, ne veut pas aliéner par contrat sa conscience à d’autres qui la représenteront. Il n’en va pas pour les questions spirituelles comme pour les temporelles, où les citoyens choisissent certains d’entre eux pour traiter leurs affaires; ou à supposer qu’il y eût identité, il serait nécessaire comme dans la constitution polonaise que nulle décision ne füt obligatoire aussi longtemps qu’il y aurait un seul dissident : car il ne s’agit pas d'intérêts temporels, mais du salut éternel de chaque homme » (269). Le libre-examen aboutit logiquement au Ziberum veto, mais pour en jouir il faut être chrétien, c’est-à-dire protestant. Tel le moderne sectaire, mais plus excusable que lui, Marvell réclame « ja liberté pour les hommes libres », et nous somme d’accepter sa définition de l’homme libre.
Si le cœur de Marvell, parmi tous les persécutés, ne compatit guère qu'aux souffrances des dissidents, faut-il le ranger pour autant parmi
(267)- Grosart, IV, 1209-30 (Essai sur les conciles).
(268) The first anniversary, v. 116 : Marvell y reproche aux Espagnols de brüter les Juifs mais aussi de trafiquer avec eux, au lieu de chercher à les convertir. — Dans sa lettre du 7 février 1670/1 à la municipalité de Hull, il note sans commentaire qu’une commission a été nommée par la chambre des communes pour enquêter sur la croissance du papisme et rédiger un projet de loi qui empêche cette croissance : « The Jews were also added into the question ». On sait que les Juifs, chassés d’Angleterre au moyen-âge, y rentrèrent subrepticement à la faveur de la guerre civile vers 1650; ils n'avaient pas encore sous la Restauration de statut régulier. — Dans ja Répétition transprosée (Grosart, III, 54) Marvell appelle Parker « an Hebrew Jew », avec une allusion à Shylock. j
(269) Grosart, IV, 126-7 (Essai sur les conciles) : « No, a good Christian will not, cannot atturn and indenture his conscience over, to be represented by others. It is not as in secular matters, where the States of a kingdom are deputed by their fellow subjects to transact for them, so in spiritual; or suppose it were, yet ’twere necessary, as in the Polish constitution, that nothing should be obligatory as long as there is one dissenter, where no temporal interests, but every man's eternity and salvation are concerned ».
ceux-ci ? Notons d’abord que ce serait encore le définir de façon purement négative. Mais de plus peut-on rien affirmer en cette matière, comme certains de ses biographes, ou nier, comme d’autres ? Le plus sage est de les renvoyer dos à dos. Le mot de non-conformiste n’a de sens précis du temps de Marvell que pour les ministres du culte et les dignitaires des universités. La loi de 1662 établissant l’Uniformité n'exige rien des autres sujets de Sa Majesté Britannique (270). Les lois suivantes sévissent, il est vrai, non seulement contre les prédicateurs mais contre leurs auditeurs. Il suffit néanmoins de ne jamais s'être fait prendre dans un conventicule pour que nul ne puisse vous refuser le titre et les droits d’anglican. Pour exercer les fonctions civiles, rares sont alors les intransigeants qui ne peuvent accepter de communier à l’occasion selon les rites anglicans, ni de prêter le serment d’allégeance et de suprématie. Le député de Hull fait l’un et l’autre pour conserver son siège au parlement (271), et les seuls de ses collègues qui s’y refusent jamais sont des papistes.
Aussi les arguments invoqués pour prouver que Marvell appartient jusqu’à la fin de sa vie à l'Eglise établie sont-ils sans valeur. Il l’appelle « notre Eglise » (272). — A ce compte là Milton, qui en fait autant dans son dernier écrit polémique, Sur la véritable religion, l'hérésie, le schisme et la tolérance..(273), était en 1673, un an avant sa mort, le modèle des anglicans. — Marvell demande au lecteur de la Répétition transprosée « de ne pas le prendre pour un non-conformiste >». — Mais il ajoute aussitôt : « non que je fuie ce titre comme un opprobre; au contraire j'honore plutôt les plus scrupuleux (des dissidents) »; et le contexte prouve clairement qu'ici Marvell veut éviter d’une part le reproche de partialité en faveur des non-conformistes, qui diminuerait l'effet de son plaidoyer, d'autre part l’imputation aux non-conformistes des thèses qu'il soutient, au cas où elles viendraient à être jugées séditieuses (274). Aïlleurs il n'hésite pas à affirmer que les dissidents
(270) Thomas More, neveu de Marvell (ou plus exactement beau-fils de sa sœur Elisabeth}, était en 1662 agrégé du collège de la Madeleine à Cambridge. Il fut expulsé en conséquence de la Loi d'Uniformité, et pourtant « his temper was sedate, his carriage modest and sober, and his principles very moderate. For the main thing that he stuck at, was the Declaration in the Aihanasian creed : saying that he could not in conscience doom all those to Hell, who were there damn’d » (Calamy, ut supra, chapitre I, note 72). Il est probable que Marvell aurait agi comme son neveu; du moins le voit-on cifficilement souscrire au Ouicumque vult….
(271) Lettre à la municipalité de Hull du 27 octobre 1666 : « Also twas orderd to desire his Mty to renew his Commission for ali members of our house to take the said oaths ». The Rehearsal Transpros’d - 2r4 part (Grosart, III, 307) : « Il... am come not long since from swearing religiously to own that supremacy [of the king in ecclesiastical matters] ».
(272) Cf. supra, note 72 et page 379 : la lettre à Harley dit dans l'original « our church » 1à où nous avons tracuit « l’église établie »; Harley lui-même était un presbytérien plus ou moins avoué. Cf. aussi Grosart, III, 383, et IV, 66 et 125. — Ailleurs Marvell dira « your church » en parlant à l’un de ses adversaires. Et dans sa lettre à Popple du 24 juillet 1675, racontant avec une joie sauvage la mort subite
d'un persécuteur anglican, Marvell remarque : & He. dyed suddenly, notwithstanding his Church’s Letany, From sudden Death, good Lord, etc. He was their great Pillar in the House of Commons. Thus Holy Church goes to Wrack on all Sides ». Cette haine a un autre accent de sincérité que les protestations conventionnelles de respect citées plus haut.
(273) Prose works, ed. Bohn, vol. II, p. 516.
(274) Grosart, III, 293.
seraient les amis de l'Eglise « s'ils l'avaient jamais trouvée, dans quelque temps que ce fût, d'humeur traitable », et il continue : « Je ne connais aucune réclamation de leur part qui, bien loin de vous faire aucun tort, ne vous rendrait meilleurs », vous, c’est-à-dire « Monsieur du Laurier et ses associés », donc tout le clergé anglican (275). Il est difficile de se montrer plus catégorique. Par contre Marvell, à la différence de Milton souhaite le maintien d’une église d'état. Alors que son grand aîné sacrifie toute autre considération politique au désir de « chasser les mercenaires de l’église », entendons de confisquer les biens du clergé, le député de Hull s'emploie à améliorer par une loi le sort des desservants pauvres, au détriment il est vrai des gros décimateurs (276). Sa méfiance à l'égard du clergé n’est pas moindre que celle de Milton, mais elle procède d’une façon moins directe et plus habile. S'il demeure en somme fidèle à la politique religieuse de Cromwell, aussi libérale qu'illogique, ce n’est pas seulement chez Marvell, comme chez le Protecteur, sens du possible; c’est aussi conséquence du parti pris anticlérical : il ne veut pas d’une séparation qui enlèverait à l’état son droit de réformer l’église, non seulement comme souverain mais surtout comme représentant de la masse des fidèles (277).
D'ailleurs cette église établie, intraitable sur les cérémonies et la discipline, se montrait fort large en matière de dogme. Ce fut un anglican de marque, Hales, qui enseigna à Marvell une doctrine socinienne ou supposée telle. Quand Parker les accuse tous deux de cette hérésie dans laquelle, on le sait aujourd’hui, était tombé Milton, les dénégations de la deuxième partie de la Répétition transprosée manquent de netteté (278). S'il est resté chrétien, Marvell ne serait-il pas sorti tout au moins du troupeau des « christolâtres >» comme les appellera Voltaire ? Ne tend-il pas la main aux déistes ?
Certes les manifestations éclatantes de cette doctrine sont postérieures à sa mort. L’Anima mundi de Charles Blount paraît en 1679 et fait scandale. Mais de son vivant même Marvell est accusé d’indifférence en matière de religion et d’irrespect envers la Révélation. Nous avons vu l'émotion causée par son Essai sur les conciles. Deux ans plus tard la Lettre d'Amsterdam, qui reconnaît qu'« André est un habile homme
(275) Ibid., 193-4.
(276) Ibid., 335-8. Cf. ch. V, supra.
(277) Grosart, III, 381-3 (The Rehcarsal Transpros d, 2n4 part).
(278) Reproof, pp. 136-7. — Grosart, III, 471-2 : « Mr. Hales you say, too, was a Socinian. Î see you did not serve your fanatick prenticeship in vain. » et Marvell semble admettre que les dissidents lançaient trop volontiers cette accusation contre les esprits vraiment indépendants, les latitudinairas. — Aïlleurs Marvell regrette (sincèrement ?) que la censure laisse passer trop facilement les écrits sociniens (Grosart, III, 123) : & I cannot but say that there is a very great neglect somewhere, wheresoever the inspection of books is lodged, that at least the Socinian books are tolerated ‘and sell as openly as the Bible ». Peut-être trouverait-on l'explication de ce dernier passage dans &@eux vers de The Loyall Scot (153-4)
Noe Wonder if the Orthodox doe Blaed,
Whilst Arrius stands at th’ Athanasian Creed, interprétés ainsi : les vrais orthodoxes (les dissi&ents) sont persécutés par des prélats (l'archevêque de Cantorbéry, Sheldon, est nommé au vers 160) ariens au fond du cœur mais qui manifestent hypocritement le plus grand respect pour le symbole de Saint-Athanase, au nom duquel ils condamnent les dissidents (cf. supra, note 270). — Mais le sens de ces vers comnce leur authenticité est si douteux qu’il serait imprudent de fonder sur eux une théorie de la religion de Marvell.
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contre le papisme », ajoute : « quoique, pour ce qui est de sa religion, vous puissiez le placer, comme autrefois à Rome Pasquin plaça Henri VIII, entre Moïse, le Messie et Mahomet, cette devise à la bouche : quo me vertam nescio» (278b*). Une telle accusation pouvait s'appuyer sur un passage hardi de la Relation, parue depuis quelques mois, où l’auteur compare la longue fidélité des Spartiates aux lois de NUE avec l’abandon rapide par les chrétiens de la constitution que leur avait léguée « leur divin Législateur ». Il poursuit : « Ce n’est pas s’aventurer beaucoup que de dire que le monde était mieux en ordre sous les monarchies et républiques de l'antiquité, que le nombre des hommes vertueux était alors plus grand, que les chrétiens trouvèrent quartier plus facilement sous ces païens qu’entre eux, et que nul avantage n’a résulté pour le genre humain de ce modèle si parfait et pratique de société humaine. » (279).
Ainsi Marvell proclame pour le moins la faillite morale et politique du christianisme. Il ne se prononce pas aussi nettement sur la valeur théorique de cette religion, mais en 1687 son neveu favori, Guillaume Popple, publiera un Catéchisme rationnel (280), où l’on pourrait voir un prolongement posthume de la pensée de Marvell. La Révélation n’y est pas niée, mais son utilité se trouve ramenée à peu de chose : dans ce dialogue entre un père et son fils, celui-ci demande à quoi sert la religion révélée si « la lumière naturelle » peut « conduire à la félicité éternelle » comme on vient de le lui enseigner. La réponse du père est double : 1) « le vulgaire n’est pas capable de... profondes méditations », 2) même les sages se perdent souvent dans leurs raisonnements (281). De même l'Evangile d’après Popple est « une règle toute simple pour une vie vertueuse », non un traité de métaphysique. Il ne renferme pas de « mystères cachés » (282).
Marvell pensait-il aussi pauvrement ? On a peine à le croire. Un passage de la Répétition transprosée semble indiquer qu’en 1672 le sens du
(278bis) Voir aussi bibliog. n° sobis.
(279) Grosart, IV, 280-1 : & Insomuch that it is no great adventure to say, that the worl& was better ordered under the ancient monarchies and commonwealths, that the number of virtuous men was then greater, and that the Christians found fairer quarter under those than among themselves, nor hath there any advantage accrued unto mankind from that most perfect and practical model of hurriane society except the speculation of a better way to future happiness, concerning which the very guides disagree, and of those few that follow, it will suffer no man to pass without paying at their turnpikes ».
(280) À rational Catechism : or, An instructive Conference between a Father and a Son. Licensed August sith 1687. London, Printed and sold by ‘Andrew Sowle, at the Croohed-Billet in Holloway-Lane in Shoreditch, and at the Three Keys in Nags- Head-Court in Grace-Church Street, over against the Conduit, 1687 [pp. x11 Æ 144, 8°1. L'épitre dédicatoire adressée aux filles de l'auteur, est datée de Borceauk, le 1°" juillet 1686. Quoique le livre soit anonyme, on peut l'attribuer sans hésitation à Popple, car l’appendice Advice to a son se retrouve de la main de Popple @ans Add. MS. 8.888 du Musée Britannique. — Ce livre fut traduit en français sous le titre suivant : Entretien instructif d’un père avec son fils, sur les premiers principes de la Religion et de la Morale. Ou Catéchisme raisonné. Traduit de l'anglais. Par Müilord XXX. À Amsterdam chez les Wetsteins et Smith. MDCCXKXXII [p. xxx + 136; 12°]. La traduction est précédée d’une analyse élogieuse par Le Clerc dans sa Bibliothèque universelle, Tone IX, pp. 95 sqq.
(281) Pp. 67 sqq.
(282) P. 1x : « They have not been content with the simplicity of the Gospel which is a plain rule of living well, but have strove to outwit one another in finding out
hidden mysteries ».
surnaturel n'était pas mort en lui, et qu'il ne réduisait pas la religion à un simple tissu de banalités morales. Parker avait écrit dans sa Pohtique ecclésiastique : « Toute religion doit nécessairement se résoudre en enthousiasme ou en moralité. Le premier n’est qu’imposture; donc tout ce qui est véritable religion doit se ramener à la seconde » [p. 76]. Marvell répond que c'est là « renverser tout l'édifice du christianisme et anéantir le pouvoir de la religion ». Pour ma part, ajoute-t-il, « si la grâce se résout en moralité, je crois qu’on pourrait aussi bien faire de Dieu une entité spéculative et morale » (283). Une telle affirmation suffirait à consacrer un croyant. Mais Marvell nous livre-t-il ici le fond de sa pensée ou veut-il seulement marquer un point sur Parker, apôtre occasionnel de la religion raisonnable ? L’énigme demeure. Peut-être la vraie réponse consiste-t-elle à dire que ses saillies déistes dépassaient l'alignement normal de sa pensée, qu’il se rendait mal compte des conséquences logiques de certains de ses abandons, et qu’il se croyait chrétien lors même qu'il livrait à l’incrédulité les positions essentielles de la religion révélée.
S'il en est ainsi, son attitude, plus souple qu’énergique, moins originale que représentative, marque le passage de l’Angleterre de la phase puritaine à la phase rationaliste. Protestant, il l'est par ce qu'il combat, et aussi par sa confiance dans l'aptitude de tous à comprendre la parole de Dieu et à y trouver le salut. Libre-penseur, il ne l’est pas consciemment, et sans doute les négations de la libre-pénsée eussent-elles choqué son sentiment intime, comme elles choqueront à la génération suivante un Swift; pourtant il leur a préparé les voies. Il fait partie d’une église où le libre-examen est la seule règle et la Bible la seule autorité, sans que le conflit fatal entre cette règle et cette autorité ait encore éclaté en lui. Fils de calviniste, il a, sans cesser pour cela d’abominer l’organisation anglicane, subi l'influence de latitudinaires anglicans : comme son maitre Hales il a, sur le terrain du dogme, « dit adieu à Calvin », maïs non à Saint-Paul ni surtout au Christ.
(283) Grosart, III, 85 : « I cannot make either less or more of it [Moral Grace] than that he overturns the whole fabrick of Christianity an& power of religion. For my part, if GRACE be resolved into morality, I think a man may as well make God too to be only a notional and moral existence ». Cf. p. 137 : « To prove that the fruits of the Spirit are no more than morality, he quotes Saint-Paul, Gal. V. 22, where the Apostle enumerates them : «love, joy, peace, patience, gentleness, goodness, faith meekness, and temperance » : but our author translates « Joy » to « chearfulness », € peace » to € peacesbleness », and & faith » to « faithfuiness ». What ignorance or rather what forgery, is this of Scripture and Religion ! ». Dans la seconde partie Marvell reprend longuement ce point (ibid. pp. 411-30). A propos de l'expression « God’s moral accomplishments » employée par Parker, il s’écrie (p. 420) : « God's moral accomplishments ! If it were an oath, I should not think it binds me : but in the mean time methinks it has something in it bordering upon blasphemy.… ». — Par contre dans l’Essai sur les conciles Marvell appellera la foi du chrétien (ibid. IV, 126) « reason religionated and christianized ». :