‹ Andréa, comédie en quatre actesChapitre 184 sur 232 · ACTE TROISIÈME \i · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME \i

BIDACHE

Mais nous serions bafoués, honnis, conspuésl

FAUGIS.

Ehl laissez direl

BIDACHE

Et sa popularité ?

FARGIS

Si c'est à ce prix qu'on l'acquiert !...

DANIEL, vivement, se levant.

Bidache pose mal la question...

BIDACHE

Pardon!...

DANIEL, allant à lui, et debout devant la table *.

Mal!... Il ne s'agit pas ici de ménager l'opinion publique. Je ne prends conseil que de moi et de ma conscience!... Et je ne veux pas du mariage religieux, parce que l'un des principes qui règlent ma vie, c'est : — « Pas de prêtre à la naissance, au mariage, ni à la mort ! » — Voilà tout, c'est clair : et il n'y a pas à y chercher autre chose!...

FARCIS

Mais il ne s'agit pas d'église !... Il s'agit de temple!...

DANIEL

Une église déguisée, ton temple!..

BIDACHE

Le prêtre en frac, et l'autel en bureau 1...

* Bidache assis, Daniel debout, Fargis assU.

(22 DANIEL R0CnA7

DANIEL

Mais toujours T autel ! . . ..

BIDACHE

Et Dieu dessus!...

Ah, çà! voyons: entendons-nous une bonne fois. C'est donc à toute idée religieuse que vous en avez? — Et voilà donc votre programme? Plus de religion!...

DANIEL

Et pour quoi faire?... Est-ce que ma raison accepte ce qu'elle ne peut pas contrôler?... Est-ce que j'admets que Ton règle toutes les pensées et tous les actes de ma vie sur de prétendues vérités dont on ne peut me fournir aucune preuve?... (il descend.) Rôveries, divagations, tout cela!... Le positif, le réel, le voilà •! La terre où je suis né, où je vis, où je meurs!... Que mon intelligence s'applique à me rendre ce séjour forcé le plus agréable pour moi ; c'est mon droit!... le plus profitable aux autres !... c'est mon devoir!... Et je serais halluciné d'aller me rôver une destinée chimérique dans les nuages, quand eUe est si bien marquée, d'ici à là; — de mon berceau à ma tombe!...

FARGIS

Une société sans Dieu 1

BIDACHE, se levant.

11 y a assez longtemps qu'il nous gêne!...

FAUGIS, debout à Bidache, en lui frappant sur l'épaule.

Il n'y en a plus, c'est convenu ! (a Daniel. **) Mais du

• Daniel, Bidache, Fargis.

Daniel. Fargis, Bidache.

moins ne commets pas dans ta maison la faute impardonnable que tu as commise ailleurs. N'y soulève pas la question religieuse... Tu as une femme éclairée, instruite, dont la religion n'a rien que de sage!... Et tu vas compromettre tout ton bonheur pour ce malheureux temple!... Eh I n'y va pas pour toi, vas-y pour elle !

bidâche.

Opportuniste I

DANIEL

Une lâcheté, tout bonnement, que tu me conseilles!

FARGIS

Cette concession?...

DANIEL

Nous n'en faisons que trop de concessions de cette sorte! C'est par là que l'Église nous tient! Par nos mères et par nos femmes I II est temps que les gens tels que nous donnent l'exemple de la rupture brutale et définitive : on nous suivra!...

BIDACHE, assis sur le canapé.

Et carrément !...

DANIEL

D'ailleurs, sais-je Timportance que Lea attache ellemême à cette cérémonie ? Il n'y a peut-être là pour elle qu'affaire de mode, de convenance, préjugé de mœurs et d'habitude... rien de sérieux au fond... Elle peut se rendre au premier mot... •

* Daniel assis dans le faateuil, Parfois sur la chaise, Bidache sur le canapé.

124 DANIEL ROGHAT

FARCIS

Et si tu te heurtes à une vraie conviction?

DANIEL

Je lui prouverai l'obligation pour moi de me soustraire é, cette corvée?...

FARGIS

Et si elle persiste néanmoins?... Ou tu cèdes, et autant le faire tout de suite... ou tu tiens bon : et alors où vastu?...

BIDACHE

Pas au temple, toujours!... c'est l'important!

FARGIS

Mais l'important, c'est votre bonheur à tous deux!... Paris vaut bien une messe !

BIDACHE, tranquillement, toujours étenda, les yeux au plafond.

Jésuite!...

FARGIS

Oh! je l'attendais I... il a bien tardé... (a Daniel.) N'écoute pas ce fou, et...

BIDACHE, Pinterrompant et se redressant.

Et va au temple aujourd'hui, et demain au prêche, et après-demain chante les psaumes!... Cède sur un seu^ point... et que mon exemple te serve dé leçon! (Debout, à l'adresse de Fargis.) Moi aussi, j'ai épousé uuc fille d'une rehgion calme, presque indifférente... et pendant six ans la vie commune fut douce et facile... Un jour, notre fils unique, adoré, tombe malade... et je le crois perdu. La mère, affolée, tourne à la dévotion, court les églises, fait des

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