‹ AndréaChapitre 1 sur 20 · VI · texte numérisé non relu

VI

armer la critique ; toutefois il croit devoir, pour exposer nettement sa pensée, s'expliquer sur deux points de son livre. Bien que la scène se passe au temps de l'empire, ce n'est point l'empire qu'il a eu l'intention de peindre; une telle entreprise aurait demande mieux qu'un volume et une fable qui comportait peu de dëveloppemens. On ne peut point esquisser, on doit aborder franchement cette grande et magnifique époque, chère surtout aux amis de la liberté parce qu'ils savent bien aujourd'hui ce qu'ils ont perdu à la chute de l'empire, régime de transition que le génie de Napoléon avait enfante pour conserver à la France tous les bienfaits de la révolution de 1789 nienacée par les hommes du Directoire^

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les doctrinaires de ce temps 5 car cette si puissante tête ne se croyait pas assez forte pour enchaîner à toujours le mouvement des esprits ; et, en eut-elle eu le pouvoir, elle n'en eût pas eu la volonté. Andréa n'est donc qu'un tableau de genre où l'auteur s'est efforce de mettre la poésie et la couleur dont il était capable. Dans une scène, il a mis en présence la princesse Pauline Borghèse et un Bourbon de la branche aînée : si l'on n'est pas pénétré d'admiration pour le caractère de Pauline, et de respect pour ce malheureux vieillard, l'auteur prie qu'on n'en accuse que lui; son pinceau n'aura pas pu rendre sa* pensée.

Cette explication donnée, on en vient

à une moins sérieuse. En concevant la scène qui fait le dénouement , Fauteur l'a vue dans toute son horreur ; il aurait pu s'y appesantir, s'enfoncer avec complaisance dans ces lieux immondes qu'il a si brièvement décrits, et, cela faisant, vous pousser jusqu'au dégoût, qui est aussi une sensation; comme un autre, il aurait pu étaler aux yeux le spectacle d'un cadavre qui commence à être dépouillé de ses chairs avant que la vie ne l'ait quitté ; il aurait pu mettre quelques côtes humaines a nu, et faire du style pittoresque à cette encontre. Mais il croit, et c'est sa manière de concevoir l'art, il croit fermement qu'il est des choses qu'on doit savoir ne pas peindre. Au reste, dans ces temps oîi de plus grands intérêts

ont fait perdre de vue l'intërét des choses de littérature, son erreur, si c'en est une, est de peu d'importance.

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