‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 41 sur 111 · ACTE III, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII

Pourquoi me forcez-vous vous-même à vous tr,aliir? 955

Au nom de votre fils, cessons de nous haïr.

A le sauver enfin c'est moi qui vous c onvie^

Faut-il que mes soupirs vous demandent sa vie ?

Faut-il qu'en sa faveur j'embrasse vos genoux ?

Pour la dernière fois, sauvez-le, sauvez-vous. 960

Je sais de quels serments je romps pour vous les chaînes,

Combien je vais sur moi faire éclater de haines.

Je renvoie Hermione, et je mets sur son front,

Au lieu de ma couronne, un éternel affront.

Je vous conduis au temple oîi son hymen s'apprête; 965

Je vous c eins d u bandeati préparé pour sa tête.

Mais ce n'est plus. Madame, une offre à dédaigner :

Je vous le dis,' il faut ou périr ou régner.

Mon cœur, désespéré d'un an d'ingratitude,

Ne'peut plus' de son sort souffrir l'incertitude. 970

C'est craindre, menacer et gémir trop longtemps.

Je meurs si je vous perds, mais je meurs si j'attends.

Songez-y : je vous laisse ; et je viendrai vous prendre

Pour vous mener au temple, où ce fils doit m'attendre ;

Et là vous me verrez, soumis ou furieux, 975

Vous couronner, Madame, ou le perdre à vos yeux.

CÉPHISE

Je vous l'avais prédit, qu'en dépit de la Grèce, De votre sort encor vous seriez la maîtresse.

6o ANDROMAQUE

Hélas I de quel effet tes discours sont suivis l

Il ne me restait plus qu'à condamner mon fils. 980

CÉPHISE

Madame, à votre époux c'est être assez fidèle : Trop de vertu pourrait vous rendre criminelle. Lui-même il porterait votre âme à la douceur.

Quoi ? je lui donnerais Pyrrhus pour successeur ?

CÉPHISE

Ainsi le veut son fils, que les Grecs vous ravissent. 985

Pensez-vous qu'après tout ses mânes en rougissent ;

Qu'il méprisât, Madame, un roi victorieux

Qui vous fait remonter au rang de vos aïeux,

Qui foule aux pieds pour vous vos vainqueurs en colère.

Qui né se souvient plus qu'Achille était son père, 990

Qui dément ses exploits et les rend superflus ?

Dois-je les oublier, s'il ne m'en souvient plus ?

Doi^-je oublier Hector privé de funérailles.

Et traîné sans honneur autour de nos murailles ?

Dois-je oublier son père à mes pieds renversé, 995

Ensanglantant l'autel qu'il tenait embrassé ?

Songe, songe, Céphise, à cette nuit cruelle

Qui fut pour tout un peuple une nuit éternelle.

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