‹ Andromaque (volume 2)Chapitre 42 sur 111 · ACTE III, SCÈNE VIII 6l · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VIII 6l

Figure-toi Pyrrhus, les yeux étincelants,

Entrant à la lueur de nos palais brûlants, looo

Sur tous mes frères morts se faisant un passage,

Et de sang tout couvert échauffant le carnage.

Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cris des mourants.

Dans la flamme étouffés, sous le fer expirants.

Peins-toi dans ces horreurs Andromaque éperdue: 1005

Voilà comme Pyrrhus vint s'offrir à ma vue ;

Voilà par quels exploits il sut se couronner ;

Enfin voilà Tépoux que tu me veux donner.

Non, je ne serai point complice de ses crimes ;

Qu'il nous prenne, s'il veut, pour dernières victimes* loio

Tous mes ressentiments lui seraient asservis.

CÉPHISE

Hé bien 1 allons donc voir expirer votre fils :

On n'attend plus que vous. Vous frémissez. Madame t

Ah 1 de quel souvenir viens-tu frapper mon âme I

Quoi ? Céphise, j'irai voir expirer encor ici 5

Ce fils, ma seule joie, et l'image d'Hector :

Ce fils, que de sa flamme il me laissa pour gage I

Hélas 1 je m'en souviens, le jour que son courage

Lui fit chercher Achille, ou plutôt le trépas.

Il demanda son fils, et le prit dans ses bras : 1020

(( Chère épouse, dit-il en essuyant mes larmes,

J'ignore quel succès le sort garde à mes armes ;

Je te laisse mon fils pour gage de ma foi :

S'il me perd, je prétends qu'il me retrouve en toi.

Si d'un heureux hymen la mémoire t'est chère, T025

Montre au fils à quel point tu chérissais le père.»

Et je puis voir répandre un sang si précieux ?

Et je laisse avec lui périr tous ses aïeux ?

Roi barbare, faut-il que mon crime l'entraîne ?

Si je te hais, est-il coupable de ma haine ? 1030

T'a-t-il de tous les siens reproché le trépas ?

S'est-il plaint à tes yeux des maux qu'il ne sent pas ?

Mais cependant, mon fils, tu meurs, si je n'arrête

Le fer que le cruel tient levé sur ta tête.

Je l'en puis détourner, et je t'y vais offrir ? *03S

Non, tu ne mourras point : je ne le puis souffrir.

Allons trouver Pyrrhus. Mais non, chère Céphise,

Va le trouver pour moi.

CÉPHISE

Que faut-il que je dise ?

Dis-lui que de mon fils l'amour est assez fort. . . .

Crois-tu que dans son cœur il ait juré sa mort ? Ï040

L'amour peut-il si loin pousser sa barbarie ?

CÉPHISE

Madame, il va bientôt revenir en furie.

Hé bien ! va l'assurer. . . .

CÉPHISE

De quoi ? de votre foi ?

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