‹ Andromaque (volume 4)Chapitre 13 sur 50 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

De tout ce que tu vois tâche de ne rien croire ;

Crois que je n’aime plus, vante-moi ma victoire,

Crois que dans son dépit mon cœur est endurci.

Hélas ! et s’il se peut, fais-le-moi croire aussi.

Tu veux que je le fuie... Eh bien ! rien ne m’arrête. Allons, n’envions plus son indigne conquête,

Que sur lui sa captive étende son pouvoir,

Fuyons... Mais si l’ingrat rentrait dans son devoir ;

Si la foi dans son cœur retrouvait quelque place,

S’il venait à mes pieds me demander sa grâce,

Si sous mes lois. Amour, tu pouvais l’engager,

S'il voulait... mais l’ingrat ne veut que m’outrager. Demeurons toutefois pour troubler leur fortune. Prenons quelque plaisir à leur être importune;

Ou le forçant de rompre un nœud si solennel,

Aux yeux de tous les Grecs rendons-le criminel.

J’ai déjà sur le fils attiré leur colère,

Je veux qu’on vienne encor lui demander la mère. Rendons-lui les tourments qu’elle me fait souffrir; Qu’elle le perde ou bien qu’il la fasse périr.

CLIÎONE.

Vous pensez que des yeux toujours ouverts aux larmes Se plaisent à troubler le pouvoir de vos charmes?

Et qu’un cœur accablé de tant de déplaisirs De son persécuteur ait brigué les soupirs?

Voyez si sa douleur en paraît soulagée.

Pourquoi donc les chagrins où son àme est plongée? Contre un amant qui plaît pourquoi tant de fierté?

HERMIONE

Hélas! pour mon malheur, je l’ai trop écouté;

Je n’ai point du silence affecté le mystère :

Je croyais, sans péril, pouvoir être sincère;

Et, sans armer mes yeux d’un moment de rigueur,

Je n’ai, pour lui parler, consulté que mon cœur.

Et qui ne se serait comme moi déclarée Sur la foi d’une amour si saintement jurée?

Me voyait-il de l’œil qu’il me voit aujourd’hui?

Tu t'en souviens encor, tout conspirait pour lui.

Ma famille vengée et les Grecs dans la joie.

Nos vaisseaux tous chargés des dépouilles de Troie, Les exploits de son père effacés par les siens,

Ses feux que je croyais plus ardents que les miens. Mon cœur, toi-méme enfin de sa gloire éblouie, Avant qu’il me trahit, vous m’avez tous trahie.

Mais c’en est trop, Cléone, et quel que soit Pyrrhus, Hermione est sensible, Oreste a des vertus :

Il sait aimer du moins et même sans qu’on l’aime ;

Et peut-être il saura se faire aimer lui-même.

Allons. Qu’il vienne enfin.

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