‹ Andromaque (volume 4)Chapitre 43 sur 50 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Rien ne vous engageait à m’aimer en effet.

HEItMIONE.

Je ne t’ai point aimé, cruel? Qu’ai-je donc fait?

J’ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes; Je t’ai cherché moi-mème au fond do tes provinces; J’y suis encor, malgré tes infidélités,

Et malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés.

Je leur ai commandé de cacher mon injure;

J’attendais en secret le retour d’un parjure;

J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,

Tu me rapporterais un cœur qui m’étais dû.

Je t’aimais inconstant, qu’aurais-je fait fidèle?

Et même, en cc moment où ta bouche cruelle Vient si tranquillement m’annoncer le trépas,

Ingrat, je doute encor si je ne l’aime pas.

Mais, seigneur, s’il le faut, si le ciel en colère Réserve à d’autres yeux la gloire de vous plaire. Achevez votre hymen, j’y consens; mais du moins Ne forcez pas mes yeux d’en être les témoins.

Pour la dernière fois je vous parle peut-être. DifTérez-le d’un jour, demain vous serez maître.

Vous ne répondez point? Perfide, je le .vois,

Tu comptes les moments que tu perds avec moi.

Ton cœur, impatient de revoir ta Troyenne,

Ne souffre qu’à regret qu’une autre t’entretienne.

Tu lui parles du cœur, tu la cherches des yeux.

Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux.

Va lui jurer la foi que tu m’avais jurée.

Va profaner des Dieux la majesté sacrée.

Ces Dieux, ces justes Dieux n’auront pas oublié Que les mêmes serments avec moi font lié.

Porte aux pieds des autels ce cœur qui m’abandonne : Va, cours; mais crains encor d’y trouver Hermione.

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