ACTE III, SCÈNE n
HERMIONE
On le dit; et de plus on vient de m'assurer
Que vous ne me cherchiez que pour jn'y préparer,
ORESTE
Et votre âme à ses vœux ne sera point rebelle?
HERMIONE
Qui Peût cru que Pyrrhus ne fût pas infidèle? 810
Que sa flaranîe attendrait si tard pour éclater?
Qu'il reviendrait à moi, quand je Tallais quitter?
Je veux croire avec vous qu'il redoute la Grèce;
Qu'il suit son intérêt plutôt que sa tendresse ;
Que mes yeux sur votre âme éiajent plus absolus*. 815
ORESTE
Non, madame: il vous aime, et je n'en doute plus
Vos yeux ne font-ils pas lout ce qu'ils veulent faire? \
Et vous ne vouliez pas, sans doute, lui déplaire.
HERMIONE
Mais que puîs-je, seigneur? On a promis ma foi :
Lui ravirai-je un ^ien qu'il ne tient pas de moi? 820
L'amour ne règle pas le sort d'une princesse :
La gloire d'obéir est tdut ce qu'on nous laisse.
Cependant je parlais; et vous avez pu voir
Combien je relâchais pour vous de ^ mon devoir.
ORESTE. '
Ahi que vous saviez bien, a'uelle... Mais, madame. 825 .^Chacun peut à son choix disposer de son âme. La vôtre était à vous. J'espérais; mais enfin Vous l'avez pu donner sans me faire un larcin..
I Çur un autre emploi figuré du mot œil, dans Racine, voy, plus haut, p. 125, no 1. Ici l'expression jointe à absolu, n'a rien de fade ni de trop mi taphorique; elle est môme d une concision hardie et heureuse. Mais elle n'a pas été créée par Racine, comme le croyait La Hahpb. Corneille avait dit déjà (Agés,, V, 3) :
G vuel G sur mon cœur regards tro^ absolus! 2. On dirait aii{ourd'hui se relâcher de. Dans cette construction, le xvii« siècle faisait le verlie plutôt neutre que rétléchi. Ainsi Corne lie {CliL, V, <): J'fl! honte que mon cœur, auprès d'elle allaclié. De son ardeur pour vous ail souvent relà'hé.
Fl BossuET, d*une manière encore plus absolue {Sermons, oblîqat, ét. rel., î)« • capables de relâcher pour la paix et d'une facile com position. »
ANDROMA013E
Je vous accuse aussi bien moins que la fortune.
Et pourquoi vous lasser" d'une plainte importune? 830
Tel est votre devoir, je Ta voue; et le mien
Kst de vous épargner un si triste entretien.