ACTE IV, SCÈNE V
Pour plaire à votre épouse, il vous faudinit peut-être 13-25
Piodiguer doux noms de parjure et de traître.
Vous veniez de mon front observer la pâleur
Pour aller dans ses bras rire do ma douleur.
Pleurante ap es son char vous voulez qu'on me voie;
Mais, seigneur, en un jour ce sei ait trop do joie; 1330
Et sans chercher ailleurs des titres empruntés,
Ne vous su(fi!-il pas de ceux que vous portez?
Du vieux père d Hector la valeur abattue
Aux pieds de sa famille expirante à sa vue,
Tandis que dans son seia votre bras enfoncé 1335
(][ierche un reste de sang queTàge ava't glacé;
Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée"^:
De votre propre main Palyxène égorgée
Aux yeux de tous les Grées indignés contre vous ^ :
Que peut-on rei'user à ces généreux coups* î 1340
à la logique, emi)l{)yait toujours le pronom réfléchi sot quand le Siij' t f'tait déierininé, im.lant en cela le lutin, qui se servait en pareil cas de sîi', sUn,sc. Cel usage a subsisté jusqu'au xvii« siècle, inclusivement: Racine disait ainsi {l*lu'd.,^ Il, 5) :
Charmant, jeune, traînant tous les cœurs^près so<.
Cependant, l'usage de mettre lui, lui même à la place de soi commence à s'introduire cics le milieu du su-clé. Ainsi La Bruyère f / es Grands; : a l e di,jlon»ate laisse voir en lut quelque sensibilité poui sa fortune. »
Cet em[)loi d. soi est u antani plus regnllahle qu il marquait, bien mieux que lui, le rapport avec le sujet. Ainsi dans ce vers de Corneillb (Pot., lii, -i) Uu'il fa8«:e autant pour sot comme je fais pour lui
Voy. Chassano, Gr., fr., cours sup.^ par. 2't2.
1, Var, Votre grand cœur sans doute attend après mes pleurs, Pour aller dans ses bras jouir de mes douleurs? Chargé de tant d'honneur, il veut qu on le renvoie? [Mais, seigne ur, en un jour ce seroit trop dejou;.]
Racine a rarement fait de correcUon plus heureuse que celle-ci. Le premier de ciîs vers est froid, le troisièuie est obscur, tandis que les deux vers du texte (iclinitif sont aussi vigoureux qu'ex pressais
g. IIOBKRT Garnier avait dit rfàns sa Troaie:
Au s.iug lie ses enfants Troye anî (brûle) ensevelie.
V/est la même alliance de n^ols et la même image, mais beaucoup plus accusée i plus pittoresque dans Racine.
3. Voy. dans Euripide (Hècube, 516 566^ le récit de la mort de Polyxène. sacrifiée par Pyrrhus sur le tombeau d Achille. C'e>t une des plus belles inspilat'ons du génie tragique grec.
4. La Sabine de Corneu lb (Hor,, IV, 7) dit avec la même ironie, à Horace meurti ier de sa 8(cur :
Si tu n'est point las de ces généreux coups Comp. la manière toute diirérente dont Hermione heureuse parlait plus hau (3. Ulj des exploits de Pyrrhus
PYHHHUS.
Madame, je sais trop à quel excès de rage *
La vengeance d'Hélène emporta mon courage 2 :
Je puis me plaindre à vous du sang que j'ai versé;
Mais enfin je conseus d'oublier ^ le passé.
Jo rends grâces au ciel que votre indifférence 1345
De mes heureux soupirs m'apprenne rinnocence
Mon cœur, je le vois bien, trop prorapt à se gêner*.
Devait 5 mieux vous connaître et mieux s'examiner.
Mes remords vous faisaient une injure mortelle;
Il faut se croire aimé pour se croire infidèle. 1350
Vous ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers:
Je crains de vous trahir, peut-être je vous sers.
Nos cœurs n'étaient point faits dépendants l'un de l'autre ^ :
Je suiv ais mon devoir, et vous cédiez au vôtre ;
Rien ne vous engageait à m aimer en effet»^ 1355
UERMIONE.
Je ne t'ai point aimé, cruell Qu'ai-jè donc fait?
J'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos princes;
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces;
1. Var, Madame, je suis Uop à (luel excès de rage. (l(JG8-76)
2. Var. L'ardeur de vou^j venger emporta mon courage. (1668-73)
Ce vers ii*é tait pas assez clair. Hélène est la mère d'Hermione, par siiire, en vengeant celle-b, Pyrrhus vengeait également celle-ci, mais, pour le comprendre il est utile de marquer par quel intermédiaire llermione était l'obligée do Pyrrhus.
3. On voit par cet exemple que consentir ne construisait pas toujours son réginie avec a, comme le voulait voltaire dans son coinuitMiUiie sur Corneille. Celui-ci, en elïet, ûissûl f/iod'^g., I, 2) comme Uacine :
A quel prix je consens de l'accepter poui- maître. De même encore Racine fBrit,^ II, 1) :
César lui même id consent de vous entendre. Et La FoNTAiNB (Fab., If, 7) : «
A la fin sa compagne consent
De lui preler sa Utitle.
i, Voy. ci-dessus, p. 95, n. 1.
:j. Pour aurait dû. L'imparfait s'emploie quelquefois pour le cnditionnel passé et donne ainsi plus de vivacité à la phrase, Ha< me dit encore [Brit., 111, 7):
Ah I vous deviez au uioius plus longtemps disputer. Celte tournure se rencontre surtout après une proposition indiquant une suppobiLion et un verbe au plus-que-parlait. Par exemple. Boilejlv fEp. I):
Pyrrhus vivoit heureux, s'il l'eût pu l'écouter. Voy. Chassano, Gr., fr,, cours sup., par. 285 Ma.
(i. « M:iuvaise phrase, qui ne dit p. s ce que l'auteur veut dire ? non cœurs n*éluUnt point faits pour dépendre l'un de l'a ut m . » (La Uarps.)