SCÈNE
îiermionh:.
Où suis-je? Qu'ai-je fait? Que dois-je faire encore V
Quel transport me saisiti* quel chagrin me dévore?
Krrante et sans dessein, je cours dans ce palais, l'M}'^
Ah ! ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais ^ ?
Le cruel! de quel œil il m'a congédiée:
Sans pitié, sans douleur au moins étudiée !
L'ai-je vu se troubler et me plaindre un moment 2?
En ai-je pu tirer un seul gémissement^? I4i)i)
Muet à mes soupirs, tranquille à mes alarmes*,
Semblait-il seulement qu'il eût part à mes larmes?
Et je le plains encore! Et, pour comble d'ennui 5,
1. Saint-Marc-Girardin cite deux vers de Sigismond, duc de Varsovie, tragicomédie de Gillet (1646), dans l^quell j Venda, reine de Pologne, se croyant trahie, prononce ces paroles, qui ne sont pas sans rapport avec celle d'Herntione :
Ouel désordre me jette en cette peine extrême ? J'agis en haïssant comme on fait quand on aimj.
2 Var, Ai-je vu ses regards ^c IrouLder un moment? (IG68-7G.) Var, L'ai-je vu s'attendrir, se troubler un moment? (1687.)
3. Didon dit de même dans Virgile \En,, IV, 369-370), en parlant d'Euée :
Num iletu ingemuil noslro ? num lumina flcxit?
Num lacrynias viclus dédit, aut miseratus amantem est ?
A, Ces deux constructions, aussi heureuses que hardies, ont été ticées par liacine. La Harpe nit au sujet de la sec n de : « Tranquille à mes alai-ines asi encore plus hardi (qiiem?/e/ à mes soupirs J , car, en prose, on n pourrait construir»^ ainsi l'- mot tranquille avec la i réposition a, si ce n'est en énonçant le rapi ort immédiat, tranquitle a lu vue, au hruit, a i pproche, à la ncurel e, etc. Ici U' rapport immédiat est supprimé, et celle suppression approche et opp"se avec bien plus de rapidité et d énergie la tran'^uU/té d'un coté et las alarmes de l'autre. » Après Racine, SAirJT->L\iON construit encore tranquille avec a, mais en donnant à la préposition un tout autre sens, c lui de en. Il dit, dans son fameux tibleau de la Cour à la morl mu (>ran>l Dauphin, en parlant de 1 expression des physionomies: o Ceux-ci tranqu lies à eux-mêmes, les autres pénétrés de douleur on de gravité et d'allenlion sur eux-mêmes. y> (Mém., 393, 2 J6.)
5. Sur la sionificaiion de ce mol au xvii^ siècle, voy. plus tiaut, p. 74, f.