Var. D'une mort que les Grecs n*ont fait qu'exécuter
2. Parricide, signifiait, dans l'ancienne langue, non seulement celui qui tue son père ou sa mère, on ses proches parents, mais enc ore celui qui attente à U personne du souverain ou qui porte les armes contre sa patrie; et, par conséquent, désignait ces trois genres de crimes, vu les deux significations du mot, qui désigne le crime commis et celui qui le commet.
l\ est ici dans le premier sens, celui dans lequel Malherbb dit en parlant d'un attentat contre Henri IV (U, u) : Le ro! vit, et ce mlsér»ble, Ce monstre vraiment déplorable,
A commencé le parricide Mpis ïl ne l'a p is a- hjvé.
Noua le trouverons tout à l'heure (v. |57A) au second sens, bien marqué dans ce passage de Voltairb fPolit. el légisL.) : « Jacques (.lénient, Châtel, Ravail ac, et les autres parricides de ce temps- là. »
3. Hermlone s'adresse à une partie des soldats d'Oresle, qui l'ont suivi, en allendanl que les autres viennent le rejoindre avec Py ade fsc. v).
4. a Ce mot est le plus beau peut-êire que jamais la passion ail pronnncé. Si on osait le comiarer au qu'il mourût, ce ne serait pas pjur rapprocher des choses très différentes, ce serait pour faire remarquer, dans l'un, le sublime d'un grand sentiinerit, et, dans l'autre, le sublime d'une grande passion. L'un e^t s^ns doute d'un plus grand effet au iheàtrc; il transporte quand on Tentend : l'autre étonne et confond quand on y rélléchit. Il fallait avoir deviné bien juste àquél excès d'égarement et d'aliénation l'on peut arriver dans une sii 1ation comme celle d'Hermione, pour rnetLi e dans sa bouche une pareille question après qu'elle a employé une scène entière à déterminer Oreste à cet attentat et qu'elle même depuis ce moment n'a pas été préoccupée d'une autre idée; el cependant ce mot est si vrai, qu'on est frappe sans en être surpris. » (La Hari'B. le l.ycée, seconde partie, liv. I, chap. m. sect. \.)
Saint-Marc-Gjrardin cite deux passages de pièces antérieures à VAndromaqm de Racine, dans lesquelles retrouve, mais bien plus faible, un revirement semblable à celui d'Hermione. Dans V Amante ennemie ;i6i2) de Sallburay, Floridan dit à Dorimon, a qui elle a ordonné de tuer Tersandre, qu'elle aime :
Cruelle, dis plutôt qu'il falloil me trahir.
Puisque, dans les transportai de mon âme agitée,
La raison défendoit que je fusse écoutée.
De même, dans Quinault, Amalasonta maudit (.lodésile^ mturtrier, par son urdrtt, de Théodat:
0 dieux ! Quoi I ne m'avez-vous par Vous-môrae, ici, tantôt, ordonné son tri^pas ^ ?
HERMIONE
Ah! fallail-il en croire une amante insensée 2?
Ne deva s-tu pas lire au Tond de ma pensée? it;45
Et ne vo} ais-ta pas, dans mes emportements,
Que mon cœur démentait ma bouche à tous moments?
H^lrts ( je me flattais, «iiian.l j'cii cru h* hfiïr I
Je V0118 In^mpois lous drux, me l oiïi}>Oi8 inof m^rnrt.
Je parlois dd sa mi rt, niai-, sans y consentir;
Mon cœur ne souiiHitoil de lui qu'un rpp ntïf.
Peul-Gtre, enfin, Kacine a t-il trouvé l'idée première des invectives d Hermione conln Oi este dans la scène du Cid (V, •)), où Chimène, croyatit Ho^lrigue a^.ort, a la vue <ie don Sanche, qui lui apjKirte sa propre epée, éclate en leproches passionnés contre celui qu'elle avait accepté pour champion.
t. « On dit que LeKairi, quand il récitait ces vers, appuyait sur chaque mot, coiiiriie pour rappeler ;i llermione touics les circonsiaiices de l'ordre qu'il avait i cçu d'elle. Ce serait bien vis-à-vis d'un ju;.e; mais quand il s'agit de la lemme qu'on aime, le désespoir de la trouver injuste et crue le est l'unique sentiment qui remplisse l'âme. C'est .linsi que lalnja conçoit la situation ; un iri s'i-chappe du cœurd Orcate; il dit les premiers mot> avec f' rce, et ceux quisui\e tavec un abattement toujours c* ois ant ; ses iras lonihenl, son visage devient en un instant plus pâle que la mort, et l émotion des speciateuis s'augmente à mesure qu'il semble perdre la force de s'exprimer. » (M»"» dk Staël, De l'Allemagne, deuxièii.e partie chap. xxvii.) Nous ne doutons pasqueTalma ne prcduisitun ^rand pfiet par cette interprétation. Mais celle de Le Kain n'était pas moins émouvante, au dire des contemporains ; de plus, elle semble plus logique et plus conforme à la pensée de Rac.ne. Les interprètes actuels du rôle u'Oresie 8ui^enl la tradition de l e Kain,
M. P M ESNARD remarque que, par une curieuse rencontre. Racine se trouve ici rej<ren(jre une situation déjà traitt e par Shakespeare, qu'il ne c< nnaissuil assurément pas. Dans le Jioi Jean (iv, 2), le Roi ait à Hubert, i assa>siM d'Arthur :
I had mighly cause
, To wish hina defld, but thuu hasi l one lu kill hîm.
r J'avais une raison puissante de désirer sa mort, mais lu n'en avais an; une de le tuer. »
lhili«-ri répond :
Had none, Mylord ! Why ? did ynu not provoke me!
« Je n'en asais aucune. Monseigneur 1 comment! ne m'y avez-vo;?â pas provo(jué ? »
2. Dans les notes de sa traduction, déjà citée (p. 92, n. 2) de Paul et Virginiey M. PiccoLOs signale; à propos ce ce passage, un en;prunt plus heureux que Racine .aurait laii au roman d'HÉLioDoRB. Ces reproches d'Uennione à Oresle rappelleraient ceux de Déménèie à Thisbé, qui l'a aidée à perdre Cnémon (Ethivptques, llv. I, chap, XIV et xv). Mais si la situation, le sentiment et le mouvement sont le» mêmes, l'expression dillère tout à fait et il n'y a guèie, dans le texte, que cette
phr»lRe : tu;6v iv jAtTers -cOr, /o'ivw rpb; tb VjiAlçwttfov, a peut-êtrC, Evec IcteflipS» fùt-
î venu à des sentiniei.ts plus doux >, que l'on puisse rappioch^r d'un veis dd la tii id« diierm onc :
Il si'iiinieruit peut-être^ U lefeindroit du woloik
ACÎE V, SCENR iîi
Quand jp l'aurais voulu fallait-il y souscrire
N'as-tu pas dû * cent fois te le faire redire ?
Toi-même avant le coup me venir consulter, 1550
Y revenir encore, ou plutôt m'éviter?
Que ne me laissais-tu le soin de ma vengeance?
Qui t'amène en des li ux où Ton fuit ta présence?
Voilà de ton amour le détestable fruit:
ïii m'apporl.ù^, cruel, le malheur qui te suit. 1555
C'est toi dont l'ambassade, à t )us les deux fatale,
L'a fait pour son malheur pencher vers ma rivale.
Nous le vrrrions encornons partager ses soins 2 ;
Il m'aimeiait peut-être; il le feindrait du moins 3.
Adieu. Tu peux partir. Je demeure en Épire : 1500
Je renonce à la Grèce, à Sparte, à son emphe
A toute ma famille; et c'est assez pour moi, •
Traitro, ijirelle ait produit un monstre t^l que loi
1. <',omme n'aurais lu m$ dû. Le parfait indéfini remplace ir» i** condition!!?!
confime plus vif plus pressant, et toiit aussi clair. Racine dit de tnêm»
V0U8 dont j'ai pu laisser ▼Iflillir l'arnbilinti Dnns leg honneurs obscurs de quelque W'çion.
2. Ellipse facile à suppléer : «t lu n'étais pas venu, nous le verrions, etc.
8. On vient de voir quelle est peut-être l'origine de ce vers, si mélancolique cl si tou(;hant. On le retrouve dans une comédie fle Mon tflrury le Mari sans femme {\W fi):
Il m'almcrn peut-être, il le feindra du moins.
Celle comédie a été Jouée en 1663, quatre ans avant Andromaque, mais impriuiée seulement api*ès la représentation de celle-ci. il est donc probable comme le suppose Louis Racine, que c'est Montfleiiry qui l a emprunté à Racine pour en parer sa picce après coup, et non Racine à Montlleury.
^. Comuie chez la Camille de CoRNBiLLB, l'amour est. pli's fort chez llcrmione que le patriotisme. Corneille a poussé jusqu'au bout dans les fameuses ituprécytions (Horace^ IV, 5) un sentiment que Racine s'est contenté d'indiquer.
H. « C'est le niè.ne oubli du passé, la même inconséquence furieuse que daua P'ièdre. Cest la même lamentation sans espérance, la même indignation, îdi même jalousie. — Ah! douleur non ençpre ép'^^ouvée ! — Ils s'aiment I Et quan'^ enfin la pauvre femme au désespoir (je parie de l'Iiédre et d'Hermione) veut faixe tomber sur quelau'im l'indignation qui l'opi resse, c esi la même rage et la même colère. — Malheureux! — De quoi te chargeais- tuf — Je ne i'éC 'Ute plus. — \'a-t-en, monstre exécrable! —(^681 tout à lait ce que dit Hermione à son complice Oreste : — Tais-toi, perfidcJ — Uarhare qu'as-tu fait ? — Pourquoi
L'assassiner? Qui ie l'a dit ? :i (J. Jan;jî» J/-^« Rachel etls, P'agédis, p. 222.
Vc}'; ci-dess'js, p. iTts, a. â.
ANUK051AC»UK
SCÈNii IV
ORBSTi:,..,.!*.
Que vuis-je? ebl-ce lionnioix;? K! (jne viens-je il'onlcudie?
i'uurqui coule le sang «luc je viens de répandre? |;i(îb
Je suis, si je l'en crois, un traiire, un assassin.
Kst-ce Pyrrhus qui meurt? et suis-je Oresle enliu?
Quoi! j'élouCle en nnon cœur la raison qui m éclaire ;
J assassine à regret un roi que je révère 2;
Je viole en un Jour les droits des souverains, 1570
Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains,
Ceux même (tes autels où ma fureur Tassiège;
Je deviens parricide ^, assassin, sacrilège:
Pour qui ? pour une ingrate à qui je le promets,
Qui niêrae, s'il ne meurt, ne me verra jamais, 1575
Dont j'épouse la rage ! \it quand je Tai servie,
Elle me redemande et son sang et sa vie * !
1, Au lieu d'ORESTB seul, les éditions de 1668 et de 1673 portent: ûrestb, Soldats dOi este.
2. « la njanière dont Talinn récite ce monologue est sublime. L'esp'^ce d'innocence qui rentre diins l ame d'Oreste pour la déchirer, lorsqu'il dil ce vers:
J'assassine à regret un roi que je révère.
inspire une pitié que le génie môme de Racine n'a pu prévoir tout entière. » (M"°« DK Staël, De l'Allemagne, éeiwlème pariie. chap. xxvii.) Talma devait, en effet, dire ce vers d'une ma lière très touchante, mais il est peu vraisemblal>le que Racine n'ait pas senti tout ce qu'il y mettait. M de Staël, fomme de grand esprit, ne fait que repiendre ici la plaisante question de la précieuse l^hila- Hiinteau pédant Trissotin (Femmes savantes, III, 2) :
Maig quand vous avez fait ce charmant quoy qu on die.
A vt>z-voiJs compris, vous, loule son énergie ?
Songic/,-vouB bien voug niesme à tout ce qu'il nous dit ?
El peusiez-vous alors y mettre tant d'esprit?
.T. Sur la signilication spéciale du mot en ce passage, voy. ci-dessus p. np, n. 2. — Nous avons vu p. 18, lo:>, n. u.*ei p. 125, n.3.) à quel point le carao lère traditionnel d'Ores le était dénaturé par Racine et quels sentiments facticej^ «étaient substitués à ceux qu'il devrait avoir. Saint-Marc-Girardin dit a i sujet du présent ver> : « il oublie si entièrement sa destinée pour ne se souvenir que fie son amour, qu''il y a des mots dont il ne c< m prend plus le sens, quelque terribles qu'ils doivent être pour lui... Parricide! tl ne se souvient donc plus qu'il lest déjà, pour avoir versé un sang plus sacré que celui de Pyrrhus, le sang de sa mère! » (Exam. crit. d'Andr., p, 206-207.)
1. ft Est-ce le sang et la vie d'Hermione? La grammaire le veut; le sens demande que ce soit le sang et la vie de Pyrrhus. » (Geoffroy.) L'esprit d'Oreste est si plein de la pensée de son 'crime, qu'il se comprend assez lui-même et que le spectateur qui parta£;e ses sentiments, ne songe guère à rechercher si le rapiO^t i;ramiiiatical de son est très etaWi,
ActÉ V, S(\tm V
klle raiiue! el je suis un monslre furieux ! Je la vois pour jamais s'éloigner de mes yeux î Et riiigratc en fuyant me laisse pour salaire Tous les noms odieux que j'ai= pris pour lui plaire 1