ACTE II, SCÈNE II
Toujours dans mes raisons cherche quelque détour,
Et croit qu'en moi la haine est un etfort d'amour i. 580
Il faut donc m'expliquer : vous agirez ensuite.
Vous savez qu'en ces lieux mon devoir m'a conduite :
Mon devoir m'y retient; et je n'en puis partir
Que 2 mon père ou Pyrrhus uje m'en fassent sortir.
De la part de mon père allez/lui faire entendre 3 585
Que l'ennemi des Grecs ne peut être son gendre ;
Du Troyen ou de moi faites-le décider*;
Qu'il songe qui des deux il veut rendre ou garder;
Enfm, qu'il me renvoie, ou bien qu'il vous le livre.
Adieu. S'il y consent, je suis prête à vous suivre. 590
Aussi, à mesure qu'ils se parlent, se heurlent-ils et se blessent-Us Tun Tautre sans le vouloir. Hermionea beau flatter Oreste, il sait trop qu'elle ne l'aime pas, et sa défiance jalouse éclate à chaque mot.... Il n'y a dans cette entrevue qu'un seul sentiment qui contente Ore>te: celte Hermione si fière pour lui, et qui a toujours rejeté ses vœux, un autre la dédaigne à son tour, un autre la rebute. Quel plaisir de vengeance pour Oreste ! Mais qu'il se garde bien de laisser percer un instant cette ainèie satisfaction... La seule pensée qui console Oreste devient pour Hermione la plus cruelle injure; tant est grande l'incompatibilité de leurs sentiments, cette incompatibilité que le poète a si admirablement observée et exprimée! Pas un mot qui ne soit un choc et ne lasse plaie. Hermione parle-t-elle de la haine qu elle a pour Pyrrhus, Oreste ré.'Ond qu'il sait cequ^l y a d'amour dans cette haine...
Racine a voulu résumer et expr mer lui-même cette scène de dépit et d'ai[.;reur entre ces deux amants, dont chacun aimef qui ne l'aime point, dans ces deux vers d Hermione:
Seigneur, je le vois bien, votre ôme prévenue Répand sur m^g discours le venin qui la tue.
Oui, voilà bien le mbt de la scène ; il y a dans ces deux âmes, et non pas seulement dans l'âme d'OresLe, un venin qui corrompt et enfielle toutes leurs paroles; ce venin est l'amour rebuté d'Hermione i>our Pyrrhus et d'Ores:e pour Hermione... Hermione sait qu aimée d'Oreste elle ne doit point lui montrer lamour qu'elle a pour Pyrrhus; et cependant, provoqué par la clairvoyance jalouse d'Oreste, cet amour qui fait le cha^jrin et I amertume des deux personnages éclate à chaque instant et les irrite l'un contre l autre. » (Saint-Makc-Girardin. Exam. crit. d'Andr., p. i 96-1 98.)
1. a Si oreste croit cela, il a pénétré Hermione. Celle-ci se dénonce en se défendant. » (GÉRUZEZ.) La Rochefoucauld dit, en retournant la pensée, mais dans le même ordre d'idées : « Plus on aime une maîtresse, et plus on est près de la haïr. » (Maximes. \M.)
2. Comme sans que, à moins que ne. Très fréquent au xvip siècle. Racine dit de même [JiriL, I, 2) :
Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux.
Et Corneille [Hor., U, 5) :
Vous ne les (vos mains) aurez point au combat ocoup/^eg. Que ce corps au milieu n'arrête vos épées.
3. Var. Au nom de Ménélas, allez lui faire entendre. M668-7G)* 4« Décider de comme décider entre^
SGÈxNE III
ORESTE, seul*.
Oui, ouï, vous me suivrez, n'en doutez nullement*:
Je vous réponds d^jà de son consentement.
Je ne crains pas enfin que Pyrrhus la retienne:
Il n'a devant les yeux que sa chère Troyenne;
Tout autre objet ^ le blesse; et peut-être aujourd'hui • 503
Jl n'attend qu'un prétexte* à l'éloigner de lui.
Nous n'avons qu'à parler : c'en est fait. Quelle joie
D'enlever à l'Epire une si belle proie!
Sauve tout ce qui reste et de Troie ^ et d'Hector,
Garde son fils, sa veuve, et mille autres encor®, 600
1. L'indication seul manque dans les édUIons de 1668 et de 1673.
2. Il y a queiaue analogie enlre ce JébuL du monologue d'Oreste, reprenant le dernier motd Hermione pour le développer, et un passage fameux d Hemani de Victor Huuo (1, 8-4) :
DON RUY OOMEZ.
Qu*est ce seigneur?