SCÈNE V PYRRHUS, PHOENIX
PYRRHUS
Hé bien, Phœnix, l'amour est-il le maître? 625
1. Ces paroles sont d'une ironie cruelle, puisque Pyrrhus connaît l'arnour d'Oreste pour Hermione (voy. v. 2^9-256) et le ton (« Voyez-la donc. Allez ») est aiissi dédaigneux et iiaulain que le permettent la politesse royale et la qualité dont Oreste est revêtu. Il y a chez Pyrrhus une haine sourde contre Oreste; cette li^ine perce clairement dans sa première entrevue avec lui (acte I, scène 2).
2. c€ On n'attend pas un cœur d'une main. Ces deux mots ra: prochés ne sont à leur place que dans une locution proverbiale qui n'a rien de tragique. » (Géru- ZEZ. La remarque est bien sévère; en quoi la méta hore est-elle à reprendre? D autre part, est-ce la faute de Racine, si, après lui, le cœur et la main ont été réunis dans une locution d'usage familier ou même bajial?
S. L'édition de I73ô ajoute à part, et avec raison. L'auteur ne peut donner à l'exclamation l'expression de désespoir que suppose l'état d'esprit dans lequel se trouve Oreste, que si elle est poussée hors de la présence de Pyrrhus.
4. Le Bolœana (p. 59) et Louis Racine {Mém. de l'Acad. des inscrip., X, p. 178) constatent que Boileau blâmait cette scène : a Je me souviens, nous apprend Louis Racine, d'avoir entendu dire à Boileau qu'il avait longtemps comme un autre admiré cette scène, mais qu'il avait depuis changé de sentiments, ayant reconnu qu'elle ne convenoit point à la dignité de la tragédie. Il ajoute qu'il se reprochoit d'avoir fait cette réllexion trop tard, parce que, s il l'eût faite dans les temps, il auroit exige de l'auteur la suppression de celte scène, en quoi le remarquai le solide jugement de ce granti critique, et la docilité de son ami, puisqu'il ne doutoit point qu'à une sage réflexion cet ami n'eût sacrifié sans peine une scène si brillante. >
On peut trouver Boileau trop sévère, et se féliciter de ce qu'il n'a point demandé à Racine cette suppression. Assurément, le ton de la scène n'a rien de tragique; ce serait plutôt celui de la haute comédie, et on pourrait la transporter en partie dans une pièce du eenre de la Pnncesse d'Elide ou même du Menteur. Quant â la situation, Molière l a plusieurs fois traitée, notamment dans le Bourgeois genlî7/iomme (III, 9), et elle revient, indiquée ou longuement développée, dans la plupart des pièces de Marivaux. Térënce, le premier, en avait donné le modèle