‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 92 sur 160 · P H OE N I X · texte numérisé non relu

P H OE N I X

I Sans doute, c'est le prix que vous gardait Tingrata» ' Mais laissez-là, seigneur.

PYRRHUS

Je vois ce qui la flatte 2 :

0 mihl sola mel super Astynaclis imago 1 Sic oculos, sic iile manus, sic ora ferebat.

Virgile imitait lui-même Homère (Odyss., IV, U9) qui fait dire à Ménéîas voyant Télétnaque :

Kc(vou yà.f Toio{^( ito'^eç, rotai^e ti }(tT^cç,

« Ce sont bien là ses pieds (d'Ulysse) ; co sont ses mains^ I0 feu dà «es^yeui^, sa tête; c'est la même chevelure. »

Enfin SÉNÈQUB fTroyennes, 4C2 et 465-63) :

G nate, magni certa progenies palria...

Nimiumque patri similis : hos vulius meus Habebat Hector; talis incessu fuit, Habituque talis; sic tulit fortes manu s : Sic celsus bumeris, fronte sic torvn ininax.

Et aHleurs (6A7-651):

Testor Immif^s doos, Deosqne veros, conjwgls maiics mel.

Non iiUud, Hector, in meo nato iiiilii Piacere, quam tel Vivat ut possil luos Referre vuUus.

Ces vers, dii M. Patin, « nous montrent Sénôque dans une situation assez piquante, entre les deux génies les plus purs de l'antiquité et des temps modernes, irgile et Racine, gâtant ce qu'il imite du premier, et, à son tour, imité mais embelli par le second... Racine, en imitant Sénèque, a remonté par le goût jusqu'à Virgile... Remarque-t-on comment s ordonnent, se resserrent sous la plume habile du poète français les traits multipliés et confus du tableau tracé par Sénèque; comme surtout se détache heureusement dans l'imitation celui-ci perdu dans l'original: el déjà son audace! »> (Kuripide, t« 1, p. 401.)

1. QuiNACLT-DuFRBSNB «imitait la voix d'une femme dans ces vers: « C'en Hector... »; reprenant aussitôt la voix la plus mâle, il continuait avec fierté: « Et quelle est sa pensée?... > Ce contraste liardi. mais naturel, et soutenu du talent de lacteur, produisait le plus grand efi^et. • (Lbmazurifr, Galerie des acteur» du Théâtre- Français, Euripide, t. i, p. 51t.) Lemazurier ajoute avec raison que c'est la « un exemple dangereux pour quiconque voudrait l'imiter, saris avoir les avantages naturels que réunissait Dufresue ». Nous avons même beaucoup (!e peine à nous figurer par quel prodige d'art l'acteur pouvait faire supporter celle interprétation, renouvelée de Sosie, répétant à sa lanterne, dans Amphitryon (I. d, le compliment qu'il se propose de faire à AIcmène el prêlaoi a cette lanterne les réponses d'Alcmène.

J, Dans le sens de faire illusion. Racine dit de même {Milhrid., III, 4) i Vnin espoir qui m<> flatte f...

Kl t,A FONTAINB (Fa6., VII, 12) :

BuiVttz jusqueii su bout une ombre qui voue /lalf».

Sa beauté la rassure; et, malgré mon courroux, L'orgueilleuse m^altend encore à ses genoux. 660 Je la verrais aux miens, Phœnix, d'un œil tranquille, Elle est veuve d'Hector, et je suis fils d'Achille : Trop de haine sépare Andromaque et Pyrrhus.

PHCENIX.

Commencez donc, seigneur, à né m'en parler plus^

Allez voir Hermione; et, content de lui plaire. 665

Oubliez à ses pieds jusqu'à votre colère.

Vous-même à cet hymen venez la disposer:

Kst-ce sur un rival qu'il s'en faut reposer?

Il ne l'aime que trop.

PYRRHUS

Crois-tu, si je l'épouse 2, Qu'Andromaque en son cœur n'en sera pas jalouse? 670

PHŒNIX

Quoi! toujours Andromaque occupe votre esprit l" Que vous importe, ô dieux! sa joie ou son dépit? Quel charme 3, malgré vous, vers elle vous attire?

PYRRHUS

Non, je n*ai pas bien dit tout ce qu'il faut lui dire :

Ma colère à ses yeux n'a paru qu'à demi ; 675

Klle ignore à quel point je suis sop ennemi.

1. Louis Racine rappelle en cet endroit deux vers d'Ovide, dont le poète, qui aimait beaucoup cc dernier, s'est peut-être souvenu (Remédia amorîs 647-648):

Et malim taceas, quam te desisse loquaris. Qui niinium muUis : « Non amo » dicit, arnat.

La Bruyère dit aussi (Du cœur, 38) : <r Vouloir oublier çïueîqu'un, c*est y penser. L'amour a cela de commun avec les scrupules, qu il s'aigrit par les réflexions et les retours que l'on fait pour s en délivrer. »

2. C'est ici que se marque le plus le caractère comique de la scène (voy. plus haut, p. m,, n*> 4). BoiLEAU. {Bolœana, p. 59) traitaiile sentiment de « puéril » et rappelait le vers de Perse (Sat. V, v. 168) :

Censen' plorabit, Dave relicta?

il ajoutait que les spectateurs ne manquaient jamais de sourire en cet endroit, jl en est de même aujourd'hui, a Eh bien, dit à ce sujet Saint-Marc-Girardin, où est le mal qu on sourie ? faut-il donc que la tragédie nous tienne en pleurs d'un bout à l'autre de la pièce. On sourit pour appr»uver la peinture fin'» et vraie d'un sentiment rjui peut devenir traj^ique par les passions violentes qui s'y jouent, mais qui n'a pas ce caractère, parce qu'il est encore renlermé en luitnême. »

l, Voy. jilas hiul^ |i. i%, a. %é .

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