‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 99 sur 160 · CoRifEiLLB avait déjà dit (Ctit., ll,S)j · texte numérisé non relu

CoRifEiLLB avait déjà dit (Ctit., ll,S)j

Il ne m est pas p rmls de jouir de mon crime... J'en mérité la peine et n'en ai pas le fruit.

Racine dira encore {Phed., IV, 6) :

Ilélas ! du crime affreux dont la honte me suit, - Jamais mon triste cœur n'a recueilli le fruit.

2. Deux fois dans Euripide, Oreste se fait les mêmes reproches à l'égard de Pylade et lui a iresse la même prière, mais aussi inutilement. D'abord dans Iphigénie en Tauride (v. 599-602, 687-688, 691-69^, 699); voy. ci-dessus, p, U. De même dans Oreste (v. i 068-1 072; 1074; 1086-1088):

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« 0. Adieu; lu le vois, j^î vais a co'r^plir mon projet. — V, Arrête; voici !e premier re Toche que j^ai a le faire, si lu as cru que, toi mort, je voudrais vivre encore. — 0. A quoi servirait-il que tu mêmes avec moi? — P. Tu le demand'BS? A quoi bon vivre sans tou amitié?... Que ni la terre fertile, ni le brillant éther ne reçoivent mon sang, si jamais je te trahis, si je t'abandonne pour me sauver moi-même. »

3. Depuis 0re>te, le plus ancien et le plus illustre des héros poursuivis par une fata ité implacable, les poètes et les romanciers ont mis en scène bien des personnages «ictimes d'infortunes plus ou moins imrr\éritées et se plaisant à mvectiver le sort. Cette sorte de maudits fut très à la mode à la lin du xvm» siècle et au commencement du xix», où nos romantiques en ont multi>)lié les variétés les plus diverses. Victimes des injustices sociales, tourmentes par es rêves o'un esprit malade, proscrits, etc. Chatterton d'Alfred db Vigny, Frank d'ALFRBD DE MussET, Antouy d'ALEXANDRE DuMAS, Hcruani ei Didier de Victor Hdoo remplissent le théâtre de leurs désespoirs so vent éloquents, parfois déclamatoires, malgré le lyrisme admirable ou la verve puissante des poètes ^ui les font pailer. Ils se plaignent beaucoup plus qu'Oreste, dont le» infortunes sont autrement dignes de pitié que les leurs.

Hdindiii dit àdoiia Sol [Herrmiù lil, 4):

AGTË iîî, SCENE 1 12"

Cher Pylade, crois-moi, ta pitié te séduit *, •

Laisse-moi des périls dont j'attends tout le fruit.

Porte aux Grecs cet enfant que Pyrrhus m'abandonne, 785

Va-t'en.

PÏLADE,

Allons, seigneur, enlevons Hermione ^, Au travers des périls un grand cœur se faît jour. Que ne peut l'amitié conduite par Taraourl

Oh! par pitié pour toi, fuisl — Tu me, crois psut élrq Un homme comme sont tous les autres, un être Intelligent, qui court droit au but 401! rêva. Détrompe-toi. Je sui3 une force qui val Agent aveugl" et sourd Je niy «itères funèbre?! Une âme de malheurs faite arec des ténèbres I Où vais-je ? ne sais. Mais je m<s sens poussA D'un souffle impétueux, d un destin insensé, •le descends, je descends, et jamais ne m'arrêl«. Ri parfois, haletant, j'ose tourner la tête. Une Toii crédit: « Marche! » et l'abîme est piofoml. Et de flamme et de sang je le vois rouge au fond. Cependant, à l'entour de ma course farouche, Tout se brise, tout meurt. Malheur à qui me touclie I Ohl fuis! détourne-toi de m»n chemin fatal. Hélas! sans le vouloir je te ferais du mal.

Didier à Manon {Marion Delorme, HT, 6).;

Ah! quoique » cha jue inslinl mm uituv iis suri renaisse. Tu me donnes ton cœur, ton bonheur, lu jeunesse 1

.le ne Vofl're en retour que misère et folie. Le ciel te iloune à moi, l'enfer à moi te lie; Pour mériter tous deux ce part ge inégal, Qu*ai-je donc fait de bien et qu'as-tu fait de mal t ... Je dois t'avertir, oui, mon asire est mauvais. Mon ciel est noir. — Marie, écoute ma prière. — Il en est lemps encor; toi, retourne en arrière; Laisse-moi su.vre seul mi sombre roule

1. Var. Cher Pylade, crois-moi, mon tourment me sutfit. (1668-1687).

2. « Ce projet d'enlèvement qui n'a pas de suite, dit Géruzbz, est ridicule et odieux, n en a outre l'inconvénient de sacrifier encore davantage ce Pylade qui ne saft pas avoir le vrai courage de l'amitié. Oresle dit je la veux, et Pylade réplique hé bien, U la faut enlever. l\ plaide bien un pe-i pour la raison, pour l'honneur; mais Oreste insiste par de très mauvais sentiments, et Pylade de dire: Allons, seigneur, enlevons Hermione, Les valets de comédie ne sont pas plus complaisants à la folie de leurs maîtres. » Le projet d'Oreste psut être odieux, il n'a rien de ridicule; quant au langage de Pylade, il est ausst dévoué que courageux. Pylade fait tout son possible pour rappeler Oreste à la raison. Le trouvant aveugle et sourd, il va favoriser dans l'intérêt de son ami une entreprise «lu'il déplore mais qu'il ne saurait empêcher. Sa prompte détermination n*esl que l'élan résolu de l'amitié sincère. Dans toute cette scène, il déploie une no lesse de sentiments au moins égale à celle que lui prête Euripide dans Iphigénie en Tauride (voy. notamment v. 77-122, o97-636, 672-724). Saint-Marc-Girar- DiN fait, au sujet du vers qui nous occupe, la reflexion suivante, beaucoup plus juste, bien qu'il donne un peu trop, peut-être, à l'habileté de Pylade. « Admie%ble réponse d'un ami dévoué et en mè ne te nps d'un ami intelligent qui voil ^en qu'a ec Oreste, livré au desespoir de sa passion, il n'y a plus à raisonner

\ rellechir. Il faut céder à ses transports ou l'abandonner. Il y a des amis qui croiraient satisfaire à l a nitié en redoublant leurs saif es con-eils, en prouvant aa malheureux Oreste que son projet d'enlever Hermione est insensé et coupable comme si Ore>te ne le savait pas lui-même; mais les amis qui savent dire: Allons, seigneur, enlevons Hermione 1 j: qui savent sacrifier leur sagesse à la passion ou au malheur de leurs aral^

ANDROMAQtJË

Allons de tous vos Grecs encourager le zèle :

Nos vaisseaux sont tout prêts, et le vent nous appelle. J90

Je sais de ce palais tous les détours obscurs: ^

Vous voyez que la mer en vient battre les murs;

Et cette nuit, sans peine, une secrète voie

Jusqu'en votre vaisseau conduira votre proie.

OKESTE.

J'abuse, cher ami, de ton trop d'amitié; 795

Mais pardonne à des maux dont toi seul a pitié;

Excuse un malheureux qui perd tout ce qu'il aime,

Que tout le monde hait, et qui se hait lui-même.

Que ne puis-je à mon tour dans un sort plus heureux...

PYLADE

Dissimulez, seigneur; c'est tout ce que je veux. 800 Gardez qu'avant le coup ^ votre dessein n'éclate : Oubliez jusque-là qu'Hermione est ingrate; Oubliez votre amour. Elle vient, je la voi.

ORESTE. '

Va-t'en. Réponds-moi d'elle, et je réponds de moi.

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