‹ Andromaque (volume 5)Chapitre 98 sur 160 · ACTE m, SCENE l m · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE l m

Et que ses yeux cruels, à pleurer condamnés, Me rendent tous les noms que je leur ai donnés

PYLADE

Voilà donc le succès qu'aura votre ambassade : 765 Oreste ravisseur!

ORESTE

^ Et qu'importe, Pylade?

Quand nos États vengés jouiront de mes soins, L'ingrate de mes pleurs jouira-t-elle moins? Et que me servira que la Grèce m'admire, Tandis que je serai la fable * de l'Èpire? 770 Que veux-tu? Mais, s'il faut ne te rien déguiser. Mon innocence enfin commence à me peser 3. Je ne sais de tout temps quelle injuste puissance Laisse le crime en paix, et poursuit l'innocence. De quelque part sur moi * que je tourne les yeux, 775 Je ne vois que malheurs qui condamnent les dieux \

1. Des yeux ne rendent pas de noms. Cependant M. Boullt défend cette métaphore par une ingénieuse explication : » L'expression, sans doute, est rare et hardie, mais je ne crois pas qu'elle soit beaucoup plus audacieuse que cette autre :

J'entendrai des regards que tous croirez muets. Kn tout cas, elle peut se justifier d'une façon analogue. C'est qu'en eiïet il y a <între amants un langage des yeux, clair et éloquent; bien plus, pour l'amant, les yeux sont toute la personne aimée; ce sont les yeux qu'il consulte et qu'il écoute; ce sont les yeux qui, doux ou cruels, lui rendent les noms tendres ou furieux qu'il leur a donnés. »

2. Fable (fabula, de fan, parler) est, proprement, ce que l'on dit, ce que Von raconte. Être la fable de, c'est donc être le sujet des conversations, en mau» vaise part. Cette expression s'emploie dans le style le plus familier, comme dans le plus relevé. Ainsi encore Racine (Iphio., II, 7) :

Suis-je, sans le savoir, la fable de l'armée? Et Molière {Préc. Rid., se. xix; : « Nous allons servir de fable el de risée à tout le monde ».

3. « Il faut avoir entendu dire (ces vers) à Talma pour bien comprendre tout re qu'ils renferment de sentiments amers, et comment, par un ai t admirable, l'expression du désespoir jaloux d'Oreste se mêlant aux souvenirs de sa destinée, jusque-là trop oubliée, nous retrouvons l'Oreste que nous cherchions en vain, le vengeur de son père, le meurtrier de sa mère, le persécute des Furies, tous les sentiments enOn et tous les 'raits de 1 Oreste grec, étouffés sous le masque du fidèle berger. » (Saint-Marc-Girardin, Eœam, Crit. d'Andr,, p. 209).

k. C'est-à-dire sur quelque partie de ma vie, de mon histoire. Cette expression, à vrai dire, est plus concise que claire et nous n'en connaissons pas d'autre exemple.

5. Ce cri de colère et de révolte (v. 773-776), qui est bien dans le caraclôro d'Or ste, s'explique par racnarnement dont il ost victime de la pan ^ !a Fatalité, *a-sv), 'Ava^xn, de cette colère vlivine, Né(AE(ri;, qui lo poursuit partout.

ANBROMAQUE

Méritons leur courroux, justifions leur haine Et que le fruit du- crime en précède la peine ^ Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours sur toi Détourner un courroux qui ne cherche que moi? 780 ssez et trop longtemps mon amitié t'accable 2 : vite un malheureux, abandonne un coupable^.

Peut-être Racine 3? souvicnUil ici d'un passage fameux de Claudie», le débul del'inveclive contre Rufin:

Sœpe mihi dubiam traxll senlentia mentem Curarent supeii terras, an nullus inesscl Hector et incerto fluerfnt mortalia casu.... Sed cum reg hominum tanta caligine volvi Adspicerem laetosque diu florere nocentes Vexarique pios, rursus labefacta caJebat Relligio, causajque yiam non sponte sequeb^r

Altenus

Quœ numina, sensu - Ambiguo, vel nuUa putat, Tel ncscia nostri.

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