‹ AndromaqueChapitre 12 sur 176 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc. Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices. De Rome , pour un tems , Caïus fut les délices ; * Mais , sa feinte bonté se tournant en fureur , Les délices de Rome en devinrent l'horreur. Que m'importe^ après tout, que Néron plus fidèle D'une longue vertu laisse un jour le modèle ? Ai-je mis dans sa main le timon de l'état , Pour le conduire au gré du peuple et du sénat? Ah ! que de la patrie il soit , s'il veut , le père :

le surnom de Nëron, nom qui signifiait , en sabin ^ fierai courageux. Aulu-Gelîe , liv. XIII , chap. 21 ; Suétone , Vie de Tibèrechap. I. L. B.

* De Rome , pour un tems , Caïus fut les délices.

Agrippine , suivant Tusage des Romains dans le discours familier , appelle ici, par le prénom Caïus, celui qui dans l'Histoire est plus connu sous le nom de Caligula.

On sait que dans les commencemens de son règne il montra ou affecta quelque bonté , et qu'il devint ensuite une espèce de monstre , composé d'extravagance et de cruauté , soit qu'un philtre qui lui fut donné par sa femme Césonie eût en effet altéré son cerveau , comme le rapportent quelques historiens , soit qu'un pouvoir qui n'a point de limites déterminées, joint à un esprit faible et à une âme perverse , suffise pour produire une sorte d'aliénation de tête qui fut aussi le caractère de Néron , d'Héliogabale et de quelques autres , et qui est plutôt le dernier terme de la dégradation humaine , qu'elle n'en est l'excuse.

Mais quil songe un peu plus qu'Agrippine est sa mère.^

De quel nom cependant pouvons-nous appeler

L'attentat que le jour vient de nous révéler ?

Il sait , car leur amour ne peut être ignorée ,

Que de Britannicus Junie est adorée :

Et ce même Néron que la vertu conduit ,

Fait enlever J unie au milieu de la nuit !

Que veut-il? Est-ce haine , est-ce amour qui l'inspire?

Chercîie-t-il seulement le plaisir de leur nuire ?

Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité

Punit sur eux. l'appui que je leur ai prêté ?

* ^y5 / que de la patrie il soit ^ s* il veut , le père:

. Mais quil songe un peu plus qu ^Agrippine est sa mère.

Ces verset ceux qui précèdent , montrent Agrippine toute entière, une femme avide de régner à tout prix, celle qui, lorsqu'on lui prédisait que son fils , devenu empereur , la ferait périr , répondit : Occidat diim imperet ; ce qui paraît vouloir dire : Quil me tue , pourçu quil règne : mais ce qui voulait dire en effet : Que je périsse , pourvu que je règne. Mais remarquez qu'ici le caractère perce atout moment sans y penser et comme malgré lui, et ne songe jamais à $'annoncer : tout est ambition et politique , et jamais on ne parle ni de politique ni d'ambition.

Racine s'est souvenu que le spectateur est censé dire au personnage : « Agissez et parlez de manière à ce que je voie claire- » ment ce que vous êtes, et ne prenez pas la peine de me le » dire. Ne mettez pas au-dessous du tableau : Je suis un lion ; ^> c'est moi qui dois le reconnaître aux griffes et à la crinière. »

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