SCÈNE II
ANTIOCHUS, ARSACE
ARSACE
Ainsi le ciel s'apprête à vous rendre justice. Vous partirez , seigneur , mais avec Bérénice : Loin de vous la ravir , on va vous la livrer.
* Tout ce que aimerai jusqiH au dernier soupir.
« C'est ici qu'on voit plus qu'ailleurs la ne'cessite' absolue de \ / » faire de beaux vers , c'est -à-dîre, d'être éloquent de cette » eioquence propre au caractère du personnage et à sa situa- » tion; de n'avoir que des îde'es justes et naturelles ; de ne se » pas permettre un mot vicieux, une construction obscure , î) une syllabe rude ; de charmer l'oreille et l'esprit par une élé— 5) gance continue. Les rôles qui ne sont ni principaux , ni re- » îeve's , ni tragiques , ont surtout besoin de cette e'ie'gance et » du charme d'une diction pure. — Be're'nice , Atalide , Ari- » cie, étaient perdues sans ce prodige de l'art; prodige d'autant » plus grand , qu'il n'étonne point , qu'il plaît par la simplicité , » et que chacun croit que , s'il avait eu à faire parler ces per- » sonnages, il n'aurait pu les faire parler autrement.
» Speretidem^ sudet multum ^ frustràque laboret. » Volt.
270 BÉRÉNICE
ANTI OCHU S,
Arsace , laisse-moi le tems de respirer. Ce changement est grand; ma surprise est extrême* Titus entre mes mains remet tout ce qu'il aime ! Dois-je croire, grands dieux! ce que je viens d'ouïr? Et , quand je le croirais , dois-je m'en réjouir ?
ARSACE
Mais, moi-même, seigneur, que faut-il que je croie? Quel obstacle nouveau s'oppose à votre joie? Me trompiez-vous tantôt au sortir de ces lieux , Lorsqu'encor tout ému de vos derniers adieux , Tremblant d'avoir osé s'expliquer devant elle , Votre cœur me contait son audace nouvelle ? Vous fuyiez un hymen qui vous faisait trembler. Cet hymen est rompu : quel soin peut vous troubler ? Suivez les doux transports où l'amour vous invite.
AISTIOCHUS.
Arsace , je me vois chargé de sa conduite : Je jouirai long- tems de ses chers entretiens ; Ses yeux même pourront s'accoutumer aux miens ; Et peut-être son coeur fera la différence Des froideurs de Titus à ma persévérance. Titus m'accable ici du poids de sa grandeur ; Tout disparaît dans Rome auprès de sa splendeur : Mais quoique TOrient soit plein de sa mémoire , Bérénice y verra des traces de ma gloire.
ARSACE
N'en doutez point , seigneur ; tout succède a vos vœux .