‹ AndromaqueChapitre 138 sur 176 · ACTE III, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I

Je puis faire les rois , je puis les déposer ; / Cependant de mon cœur je ne puis disposer. Rome , contre les rois de tout tems soulevée , Dédaigne une beauté dans la pourpre élevée : L'éclat du diadème et cent rois pour aïeux ' Déshonorent ma flamme et blessent tous les yeux. Mon cœur , libre d'ailleurs , sans craindre les murmures ^ Peut brûler à son choix dans des flammes obscures ; * Et Rome , arec plaisir , recevrait de ma main La moins digne beauté qu'elle cache en son sein. Jules céda lui-même au torrent qui m'entraîne. Si le peuple demain ne voit partir la reine , Demain elle entendra ce peuple furieux Me venir demander son départ à ses yeux. Sauvons de cet affrônt mon nom et sa mémoire ; Et puisqu'il faut céder , cédons à notre gloire. Ma bouche et mes regards , muets depuis huit jours ,

^ Et cent rois pour aïeux,

Bérénice descendait de la fameuse Cléopâlre , reine d'Egypte, qui descendait elle-même des premiers successeurs d'Aîexandre-Ie -grand. L. B.

^ Peutlnïler à son choix dans des flammes obscures.

Je crois cette épitbète de mauvais goût. On dirait bien un hymen obscur , une alliance obscure , des amours obscurs ; mais après avoir établi la métaphore , brûler dans des flammes , ^obscurité n'a plus ici de sens : il y a incohérence entre les idées et les mots. Cette faute est bien rare dans l'auteur.

268 BÉRÉNICE

Jj'aiiront pu préparer à ce triste discours ; Et même en ce moment , inquiète , empressée ^ Elle veut qu'à ses yeux j'explique ma pensée. D'un amant interdit soulagez le tourment j Epargnez à mon cœur cet éclaircissement* Allez , expliquez-lui mon trouble et mon silence : Surtout, qu'elle me laisse éviter sa présence ; Soyez le seul témoin de ses pleurs et des miens ; Portez- lui mes adieux , et recevez les siens. Fuyons tous deux , fuyons un spectacle funeste Qui de notre constance accablerait le reste. Si l'espoir de régner et de vivre en mon cœur Peut de son infortune adoucir la rigueur, Ah î prince , jurez-lui que , toujours trop fidèle , Gémissant dans ma cour, et plus exilé qu'elle. Portant jusqu'au tombeau le nom de son amant , Mon règne ne sera qu un long bannissement , Si le ciel , non content de me l'avoir ravie , Vevit encor m'affliger par une longue vie. Vous , que l'amitié seule attache sur ses pas , Prince , dans son malheur ne l'abandonnez pas. Que l'Orient vous voie arriver à sa suite ; . Que ce soit un triomphe et non pas une fuite. Qu'une amilié si belle ait d'éternels liens ; Que mon nom soit toujours dans tous vos entretiens. Pour rendre vos états plus voisins l'un de l'autre , L'Euphrate bornera son empire et le vôtre. Je sais que le sénat , tout plein de votre nom ,

Page 1