ACTE I, SCENE I. /^l
A peine parle-t-on de la triste Octavie. Auguste votre aïeul honora moins Livie : Wéron , devant sa mère , a permis le premier Qu'on portât des faisceaux couronnés de laurier. Quels effets voulez-vous de sa reconnaissance ?
AGRIPPIT^E.
Un peu moins de respect , et plus de confiance. Tous ces présens , Albine , irritent mon dépit : Je vois mes honneurs croître , et tomber mon crédit. Non, non, letems n'est plus que Néron, jeune encore/* Me renvoyait les vœux d'une cour qui l'adore ; Lorsqu'il se reposait sur moi de tout l'état ; Que mon ordre au palais assemblait le sénat ; Et que , derrière un voile , invisible et présente ,
« Ainsi que par César, on jure par sa mère, w L. B. ^ ^ Et Texpression de ces deux vers est parfaitement conforme aux mœurs. On jurait parla tête ,par le salut César , et jurer ainsi par tout autre eût été un crime de lèze-majesté. C'était donc une grande preuve de la déférence de Néron , que d'avoir permis qu'on reîîdit cet honneur à sa mère comme à lui.
Non, non i le tems n'' est plus que Néron , jeune encore , etc.
Le tems rHest plus que ^ etc. ne saurait se construire parla grammaire générale : c'est un véritable gallicisme , c'est-à-dire, 'un tour de phrase particulier à la langue française , et qu'il est bon de conserver surtout en vers , la particule ou^ qui est régulière dians cette phrase , n'étant pas toujours favorable à l'o^' reille.
J'étais de ce grand corps Fâme toule-pulsSante.
Des volontés de Rome alors mal assuré,
Néron de sa grandeur n'était point enivré.
Ce jour , ce triste jour frappe encor ma mémoire ,
Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire ,
Quand les ambassadeurs de tant de rois divers
Vinrent le reconnaître au nom de l'univers.
Sur son trône avec lui j'allais prendre ma place.
J'ignore quel conseil prépara ma disgrâce ; *
Quoi qu'il en soit , Néron , d'aussi loiii qu'il me vit ,
Laissa sur son visage éclater son dépit.
Mon cœur même en conçut un malheureux augure.
L'ingrat, d'un faux. l'espect colorant son injure,
Se leva par avance , et courant m'embrasser ,
Il m'écarta du trône où je m'allais placer.
Depuis ce coup fatal , le pouvoir d'Agrippine
Vers sa cbute à grands pas cliaque jour s'achemine.'^*
^ X ignore quel conseil prépara ma disgrâce.
Ce fut celui de Se'nèque , qui comprit fort à propos qu'il était également contraire aux bienséances des mœurs romaines et à la majesté de l'empire, qu'une femme parût sur le siège impérial devant des ambassadeurs. C'étaient ceux d'Arménie , et le poëte, qui ne se sert de l'histoire qu'à l'avantage de la poésie, a pris cette occasion d'enrichir l'une sans défigurer l'autre , et a réuni dans une même audience les ambassadeurs de tant de rois^ pour crayonner en passant un des traits de la grandeur romaine. Vers sa chute à grands pas chaque jour s"* achemine.
Je ne sais si ce mot , s*achcminer 3 présente , comme le dit