‹ AndromaqueChapitre 153 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Car enfin, au combat qui pour toi se prépare

C'est peu d'être constant, il faut être barbare.

Soiitiendrai-je ces yeux dont la douce langueur

Sait si bien découvrir les chemins de mon cœur ?

Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes , j Attachés sur les miens , m' accabler de leurs larmes , I Me sou viendrai- je alors de mon triste devoir ?

Pourrai- je dire enfin : Je ne veux plus vous voir?

Je viens percer un cœur que j'adore , qui m'aime.

Et pourquoi le percer ? Qui l'ordonne ? Moi-même.

Car enfin , Rome a-t-elle expliqué ses souhaits ?

L'entendons-nous crier autour de ce palais ?

Vois- je l'état penchant au bord du précipice ?

Ne le puis-je sauver que par ce sacrifice ? j Tout se tait ; et moi seul , trop prompt à me troubler, ' J'avance des malheurs que je puis reculer.

Et qui sait si , sensible aux vertus de la reine , I Rome ne voudra point l'avouer pour Romaine ?

Rome peut par son choix justifier le mien.

Non , non , encore un coup , ne précipitons rien, i Que Rome avec ses lois mette dans la balance

Tant de pleurs , tant d'amour, tant de persévérance;

» jusqu'au cinquième acte sans rebuter le spectateur. Il n'y a pas dans ce monologue un seul mot hors de sa place. » Ah ! lâche , fais Famour et renonce à l'empire.

^ Ce vers et tout ce qui suit me paraissent admirables. »

Voit.

288 BÉRÉNICE

Rome sera pour nous Titus, ouvre les yeux; :

Quel air respires-tu ? N'es-tu pas dans ces lieux

Où la haine des rois , avec le lait sucée y

Par crainte ou par amour ne peut être effacée ?

Rome jugea ta reine en condamnant ses rois.

N'as-tu pas en naissant entendu cette voix ?

Et n'as-tu pas encore ouï la renommée

T'annoncer ton devoir jusque dans ton armée ? !

Et lorsque Bérénice arriva sur tes pas , "

Ce que Rome en jugeait, ne Fentendis-tu pas ?

Faut-il donc tant de fois te le faire redire ?

Ah î lâche , fais l'amour et renonce à l'empire ;

Au bout de l'univers, va , cours te confiner.

Et fais place à des cœurs plus dignes de régner.

Sont-ce là ces projets de grandeur et de gloire

Qui devaient dans les cœurs consacrer ma mémoire ?

Depuiis huit jours je règne , et , jusques à ce jour ,

Qu'ai-je fait pour l'honneur ? J'ai tout fait pour l'amour.

ï)'un temps si précieux quel compte puis- je rendre ?

Où sont ces heureux jours que je faisais attendre?

* i lâche , fais V amour et renonce à P empire.

C'est peut-être la première fois que la phrase triviale faire Vamour a pu entrer dans le style noble : c'est un de ces coups de Tart si connus de Racine. Il fallait , pour faire passer cette expression , toute l'amertume de l'ironie , et tout le contrepoids de ce moi empire, qui relève si adroitement la familiarité' d« premier he'mistiche.

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