‹ AndromaqueChapitre 155 sur 176 · BÉRÉNICE, TITUS · texte numérisé non relu

BÉRÉNICE, TITUS

BÉRÉNICE, en rentrant,

Non, laissez-moi, vous dis-je.

En vain tous vos conseils me retiennent ici ;

Il faut que je le voie Ah ! seigneur, vous voici!

Hé bien ! il est donc vrai que Titus m'abandonne ! Il faut nous séparer , et c'est lui qui l'ordonne î

TITUS

N'accablez point , madame , un prince malheuTeux. Il ne faut point ici nous attendrir tous deux. Un trouble assez cruel m'agite et me dévore , Sans que des pleurs si chers me déchirent encore. Rappelez bien plutôt ce cœur qui tant de fois M'a fait de mon devoir reconnaître la voix. Il en est tems. Forcez votre amour à se taire ; Et d'un oeil que la gloire et la raison éclaire , Contemplez mon devoir dans toute sa rigueur. Vous-même contre vous fortifiez mon cœur.

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Aidez-moi , s'il se peut , à vaincre ma faiblesse , A retenir des pleurs qui m'échappent sans cesse : Ou , si nous ne pouvons commander à nos pleurs , Que la gloire du moins soutienne nos douleurs , Et que tout l'univers reconnaisse sans peine Les pleurs d'un empereur et les pleurs d'une reine. Car enfin , ma princesse , il faut nous séparer.

BÉRÉNICE

Ah ! cruel î est- il tems de me le déclarer î Qu'avez-vous fait ? Hélas ! je me suis crue aimée ; Au plaisir de vous voir mon ame accoutmnée Ne vit plus que pour vous : ignoriez-vous vos lois ^ Quand je vous l'avouai pour la première fois ? A. quel excès d'amour m'avez-vous amenée! Que ne me disiez-vous : Princesse infortunée , Où vas-tu t' engager , et quel est ton espoir ? Ne donne point un cœur qu'on ne peut recevoir. ISe l'avez- vous reçu, cruel, que pour le rendre, Quand de vos seules mains ce cœur voudrait dépendre? Tout l'empire a vingt fois conspiré contre nous : Il était tems encor ; que ne me quittiez- vous ? Mille raisons alors consolaient ma misère : Je pouvais de ma mort accuser votre père, Le peuple , le sénat , tout l'empire romain , Tout l'univers , plutôt qu'une si chère main. *

* Pluiut qu ^unc si chère main.

Cet hémistiche n*est point harmonieux : les monosyllabes

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