ACTE lY, SCÈNE V
Leur liame , dès long-tems contre moi déclarée , M'avait à mon malheur dès long-tems préparée. Je n'aurais pas, seigneur, reçu ce coup cruel Dans le tems que j'espère un bonheur immortel , Quand votre heureux amour peut tout ce qu'il désire , Lorsque Rome se tait , quand votre père expire , Lorsqvie tout l'univers fléchit à vos genoux , Enfin quand je n'ai plus à redouter que vous.
TITUS
Et c'est moi seul aussi qui po vivais me détruire. Je pouvais vivre alors et me laisser séduire. Mon cœur se gardait bien d'aller dans l'avenir Chercher ce qui pouvait un jour nous désunir.
ne doivent jamais finir un vers, surtout lorsqu'ils sont préce'de's d'une syllabe muette. L. B. *
^ Il n'est point vrai que les monosyllabes ne doîçent jamais finir un vers : ce serait rendre la versification impossible dans une langue qui a un si grand nombre de monosyllabes, et l'on sait que ces monosyllabes terminent une foule de nos plus beaux vers. Le commentateur a donné une extension très-mal fonde'e à un précepte d'ailleurs très-connu , celui d'éviter , à la fin des vers, les monosyllabes qui forment des désinences trop sèches, ou des chutes désagréables ; ce qui arrive en effet principalement après une syllabe muette, mais non pas toujours. Une si chère main n'a rien , par exemple , qui choque l'oreille , et dans ce vers d'^j-M^?/-,
Si le succès dépend d'une mortelle main ,
le dernier hémistiche est très-beau.
4292 BÉRÉNICE
Je voulais qu'à mes vœux rien ne fût invincible ; Je n'examinais rien, j'espérais l'impossible; Que sais-je ? j 'espérais de mourir à vos yeux , Avant que d'en venir à ces cruels adieux. Les obstacles semblaient renouveler ma flamme» Tout F empire parlait : mais la gloire , madame , Ne s'était point encor fait entendre à mon cœur Du ton dont elle parle au cœur d'un empereur. Je sais tous les tourmens ou ce dessein me livre : Je sens bien que sans vous je ne saurais plus vivre, Que mon cœur de moi-même est prêt à s'éloigner ; |Mais il ne s'agit plus de vivre , il faut régner.
BÉRÉîsICE.
Hé bien î régnez , cruel , contentez votre gloire : Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire^ Que cette même bouche , après mille sermens D'im amour qui devait unir tous nos momens ^ Cette bouche, à mes yeux s'a vouant infidèle, M'ordonnât elle-même une absence éternelle. Moi-même j^ai voulu vous entendre en ce lieu. Je n'écoute plus rien, et pour jamais, adieu... four jamais ! Ah ! seigneur, songez-vous en vous-même Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ? Dans un mois , dans un an , comment souffrirons-nous , Seigneur , que tant de mers me séparent de vous ? Que le jour recommence et que le jour finisse, Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice , Sans que , de tout le jour, je puisse voir Titus