TITUS, ANTIOCHUS, PAULIN, ÀRSACE, RUTILE
RUTIL E.
Seigneur, tous les tribuns, les consuls, le sénat, Viennent vous demander au nom de tout l'état : Un grand peuple les suit , qui , plein d'impatience , Dans votre appartement attend votre présence.
Je vous entends, grands dieux; vous voulez rassurer
* Que tardez- vous ? Allez vous montrer à sa vue.
On trouve dans quelques e'ditipns :
« Allez , seigneur , allez vous montrer à sa vue. » L. B.
3o4 BÉRÉNICE,
Ce cœur que vous voyez tout prêt à s'égarer,
PAULIN
Venez, seigneur, passons dans la chambre prochaine; Allons voir le sénat.
ANTIOCHUS
Ah î courez chez la reine. ^
* Ah ! courez chez la reine.
Ce mot est très-bien place' dans la bouche d'Antiochus , dont le premier inte'rêt est certainement d*empêcher l'effet du désespoir de Bérénice.
« Cetté scène etîa suivante (les deux dernières de cet acte), >? qui semblent être peu de chose, me paraissent parfaites. An- » tiochus joue le rôle d'un homme qui est supérieur à sa pas- » sion. Titus est attendri et ébranlé comme il doit l'être , et » dans ce moment le sénat vient le féliciter d'une vie- » toire qu'il craint de remporter sur lui-même. II y a mille fois » plus d'art dans cette belle simplicité , que dans cette foule » d'incidens dont on a chargé tant de tragédies. Corneille a >) aussi le mérite de n*avoîr jamais recours à cette malheureuse » et stérile fécondité , qui entasse événemens sur événemens ; y> mais il n'a pas l'art de Racine , de trouver dans l'incident le » plus simple, le développement du cœur humain. » Volt.
De ces observations si supérieurement conçues , il résulte que c'est par inadvertance que Voltaire , dans sa note sur le dernier vers de la scène sixième , disait que tous ces actes finis^ saient faiôlement. Ce n'est pas finir faiblement que de finir par deux scènes parfaites.
Mais tout ce qu'on peut conclure de cette inattention , c'est que Voltaire , qui en général travaillait vite , et qui a dû écrire
À€fE IV, SCÈNE VIII. 3o5
PAU LIN
Quoi ! vous pourriez , seigneur , par cette indignité , De l'empire à vos pieds fouler la majesté ? ^ ^ . Rome...
TITUS
Il suffit, Paulin ; nous allons les entendre. [à Antiochus, ) Prince , de ce devoir je ne puis me défendre. Voyez la reine. Allez. J'espère, à mon retour/
ce commentaire comme une lettre , ne s*est pas aperçu que la scène sixième ne finissait pas Pacte , et n'est pas revenu ensuite sur rinexactitude de sa note.
* J"* espère , à mon retour ^ Quelle ne pourra plus douter de mon amour.
Ici Racine a supprime la scène suivante , qui était la neuvième de cet acte. La voici :
ANTIOCHUS, à Arsace.
<( Arsace , que dis- tu de toute ma conduite ? » Rien ne pouvait tantôt s'opposer à ma fuite.' » Bérénice et Titus offensaient mes regards. » Je partais pour jamais. Voilà comme je pars. » Je rentre , et dans les pleurs je retrouve la reine. » J'oublie en même tems ma vengeance et sa haine ; » Je m'attendris aux pleurs qu'un rival fait couler ; •) Moi-même à son secours je le viens appeler ; » Et , si sa diligence eût secondé mon zèle , w J'allais , victorieux , le conduire auprès d'elle. » Malheureux que je suis ! Avec quelle chaleur » Je travaille sans cesse à mon propre malheur !
3o6 BÉRÉNICE.
Qu'elle ne pourra plus douter de mon amour.
» C*en est trop. De Titus porte-lui les promesses ,
» Arsace. Je rougis de toutes mes faiblesses.
» Désespéré , confus , à moi-même odieux ,
» Laisse-moi : je me veux cacher même à tes yeux. »
Ce fut avec raison que Racine retrancha cette scène, qui était tout-à-fait inutile , et qui d'ailleurs avilissait trop Antiochus. L. B.