SCÈNE II
NÉRON, NARCISSE
ISTARCISSE.
Grâces aux dieux, seigneur, Junie entre vos mains Vous assure aujourd'hui du reste des Romains. Vos ennemis , déchus de leur vaine espérance , Sont allés chez Pallas pleurer leur impuissance. Mais que vois-je ? Vous-même, inquiet, étonné, Plus que Britannicus paraissez consterné. Que présage à mes yeux cette tristesse obscure,
* Que présagée à mes yeux cette tristesse obscure.
Expression hardiment métonymique. La tristesse est ici apobscure , parce qu'elle obscurcit \e. front, et celte dernière expression est elle-même une me'taphore , en sorte que la figure est double , et pourtant elle est claire.
Et ces sombres regards errans à l'aventure ? Tout vous rit : la fortune obéit à vos vœux.
NÉRON
Narcisse , c'en est fait , Néron est amoureux. '
NARCISSE
Vous ?
NÉRON
Depuis un moment , mais pour toute ma vie. J'aime, que dis-je, aimer? j'idolâtre Junie.
NARCISSE
Vous l'aimez ?
* NÉRON
Excité d'un désir curieux , Celte nirît je l'ai vue arriver en ces lieux, Triste , levant au ciel ses yeux mouillés de larmes ,
^ Narcisse ^ c*en est fait y Néron est amoureux.
Le mot amour est noble , mais celui àH amoureux est presque toujours trivial ; c'est surtout celte expression qui dépare ce vers. L. B. *
* Elle est relevée ici par le seul nom de Néron ; ce premier mot est Tavant-coureur du crime.
^* Triste , levant au ciel ses yeux mouillés de larmes , Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes.
Tous les connaisseurs ont vu dans ces huit vers, triste ^ lefaut au ciel^ etc. un tableau original et parfait. Le mérite de la diction est dans la difficulté vaincue , puisqu'il s'agissait d'ennoblir la petitesse des détails par le choix des mots ; il est aussi