ACTE II, SCÈNE II. 7Î
Et c'est cette vertu , si nouvelle à la cour ,
Dont la persévérance irrite mon amour.
Quoi ! Narcisse , tandis qu'il n'est point de Romaine
Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine ,
Qui;, dès qu'à ses regards elle ose se fier ,
Sur le cœur de César ne les vienne essayer ,
Seule dans son palais , la modeste Junie
Regarde leurs honneurs comme une ignominie ,
Fuit , et ne daigne pas peut-être s'informer
Si César est aimable , ou bien s'il sait aimer !
Dis-moi, Britannicus l'aime-t-il?
ÎÏARCISSE.
Quoi ! s'il l'aime ,
Seigneur f
NÉRON
Si jeune encor, se connaît-il lui-même ? D'un regard enchanteur connaît-il le poison?
* Seule dans son palais , la modeste Junie , etc.
Voilà des sentimens dignes de Ne'ron. Junie seule fuit une cour corrompue , où toutes les femmes se disputent les regards et les faveurs d'un jeune César conduit par deux Jeunes voluptueux qui président à ses plaisirs. Junie ne s'informe pas si César est aimable f et il la fait enlever pour lui apprendre c\yL Usait aimer. Le poè'te n'annonce point qu'il va peindre un tyran et sa cour ; mais comme il peint l'un et l'autre !
72 liRITANNICUS,
NARCISSE
Seigneur , l'amour toujours n'attend pas la raison. * ]N 'en doutez point, ilTaime. Instruits partantdecharmes, Ses yeux sont déjà faits à l'usage des larmes ; A ses moindres désirs il sait s'accommoder ; Et peut-être déjà sait-il persuader.
Que dis-tu ? Sur son cœur il aurait quelque empire ?
NARC ISSE.
Je ne sais. Mais , seigneur , ce que je puis vous dire ,
Je l'ai vu quelquefois s'arracher de ces lieux ,