‹ AndromaqueChapitre 33 sur 176 · ACTE II, SCÈNE IL yS · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL yS

D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude^ Las de votre grandeur et de sa servitude , Entre l'impatience et la crainte flottant ; Il allait voir Junie , et revenait content.

KÉROisr.

I D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire , 1 Narcisse , il doit plutôt souhaiter sa colère : I Néron impunément n^ sera pas jaloux.

ÎÎARCISSE.

Vous? Et de quoi, seigneur, vous inquiétez-vous? Junie a pu le plaindre et partager ses peines ; Elle n'a vu couler de larmes que les siennes : Mais aujourd'hui , seigneur , que ses yeux dessillés j Regardant de plus près Féclat dont vous brillez ^ ! Yerront autour de vous les rois sans diadème, Inconnus dans la foule , et son amant lui-même , Attachés sur vos yeux , s'honorer d'un regard Que vous aurez sur eux fait tomber au hasard ;

* Néron impunément ne sera pas jaloux^

A la seule pensée qu'il a un rival , Ne'ron se montre de'jà capable de tout, quoique ce rival soit son frère , et qu'il ait e'té promis à Junie. Etait-il inutile d'annoncer ainsi tout Néron ?

honorer d^un regard Que vous aurez sur eux fait tomber au hasard.

Quelle magnifique peinture de la grandeur impériale, et quel contraste avec l'abandon et le dénûment qui font le partage

Quand elle voas verra , de ce degré de gloire ^

Venir en soupirant avouer sa victoire ;

Maître, n'en doutez point, d'un cœur déjà charmé.

Commandez qu'on vous aime , et vous serez aimé. *

NÉRON

A combien de chagrins il faut que je m'apprête I Que d'importunités î

NARCJSSE.

Quoi donc ! Qui vous arrête ^

Seigneur ?

NÉRON

Tout : Octavie , Agrippine , Burrhus , Sénèque, Rome entière , et trois ans de vertus.

de Britannicus ! Était-il inutile d'augmenter ainsi , aux yeux du spectateur , le mérite que peut avoir Junie à préférer Britannicus seul à tout ce qui environne Néron ?

* Commandez qu^on vous aime , et vous serez aimé.

C'est le mot d'un flatteur , qui sait fort bien que Famour ne j se commande pas , mais qui sait aussi que plus Néron se croira sûr d'être aimé , plus il s'indignera de ne pas l'être.

S é ne que , Rome entière , et trois ans de vertus.

Il suffit de ce vers pour faire sentir que ces trois ans de vertus n'étaient que trois ans de contrainte et d'hypocrisie , dont le terme sera le premier instant où les passions de Néron trouve ^ 'û. \\n obstacle. Ce moment est celui de la pièce , celui où î' ' nahirel'e, qui n'était contenue que par les bien-

stuiu.cs cl l'amour des louanges, est prête à rompre le joug \

Page 1