‹ AndromaqueChapitre 34 sur 176 · ACTE II, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IL

Hon que pour Octayie un reste de tendresse M'attache à son hymen et plaigne sa jeunesse : Mes yeux , depuis long-tems fatigués de ses soins > Rarement de ses pleurs daignent être témoins. Trop heureux si bientôt la faveur d'un divorce Me soulageait d'un joug qu'on m'imposa par force! Le ciel même en secret semble la condamner : Ses vœux , depuis quatre ans ^ ont beau l'importuner . Les dieux ne montrent point que sa vertu les touche ; D'aucun gage , Narcisse , ils n'honorent sa couche ; ^

et à jeter le masque. Quelle force de pinceau ne faîlait-li pas pour peindre Ne'ron , et quelle de'licatesse de nuances pour le peindre naissant! Prendre pour sujet d'une pièce ce passage si difficile à marquer , était par soi-même un trait de ge'nie.

D ^ aucun gage , Narcisse , ils honorent sa couche / V empire vainement demande un héritier.

II serait trop long de remarquer les beautés de diction , les expressions neuves , fidèle à sa douleur ^ se fier à ses regards , les essayer sur le cœur de César, tant d'autres non moins heureuses, et ici en particulier la stérilité si noblement et si poétiquement exprimée , une couche qui n'est honorée d^ aucun gage : c'est la langue de Racine. Mais observez que cette scène met le spectateur au fait de tout ce qu'il doit savoir , du dégoût de Néron pour Octavie et pour ses vertus, du désir qu'il a de la répudier et de ce projet de divorce fait pour fonder la scène suivante , qui va rouler toute entière sur l'offre que Néron doit faire à Junie de l'empire et de sa main.

7^ BRITA^NICUS, L'empire vainement clemanclc im liéritiei .

NARCISSE

Que lardez-vous , seigneur , à la répudier ? L'empire, votre cœur, tout condamne Octavie. Auguste votre a'ieul soupirait pour Livie : ^ Par un double divorce ils s'unirent tous deux : Et vous devez l'empire à ce divorce heureux. Tibère , que l'hymen plaça dans sa famille , Osa bien , à ses yeux , répudier sa fille. ^ Vous seul, jusques ici contraire à vos désirs , N'osez par un divorce assurer vos plaisirs î

' Auguste votre aïeul soupirait pour Liçie.

Auguste, pour épouser Livie, répudia Scribonle , et Livie , quoique déjà enceinte de plusieurs mois, se sépara de Claude Tibère Néron , dont elîe avait déjà un fils: elle fit entrer, par ce mariage , la postérité des Nérons dans la famille des Octavie ns. L. B,

^ Tibère f que V hymen plaça dans sa famille ,

Osa bien , à ses yeux , répudier sa fille. C'était la fameuse Julie, fille d'Octavien , veuve d'Agrippa, et remariée à Tibère. L. B.

^ Vous seul , jusque s ici contraire à vos désirs , etc. Ce que Bacine met dans la bouche de Narcisse , Sénèque le fait dire à Néron. Ocfaçie ^ acte II , scène 2.

Prohibebor unus facere quod cunctis licet. Vers que Corneille a traduit ainsi :

Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire. L. B.

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