‹ AndromaqueChapitre 35 sur 176 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

NÉROl^.

Et ne connaîs-tu pas l'implacable Agrippine ?

Mon amour inquiet déjà se l'imagine

Qui m'amène Oetavie;, et d'un oeil enflamme

Atteste les saints droits d'un nœud qu'elle a forme ;

Et , portant à mon cœur des atteintes plus rudes ,

Me fait un long récit de mes ingratitudes*

De quel front soutenir ce fâcheux entretien ?

NARCISSE

N'étes-vous pas , seigneur , votre maîti*e et le sien ? Vous verrons-nous toujours trembler sous sa tutelle? Vivez , régnez pour vous : c'est trop régner pour elle. Craignez vous ?...Mais, seigneur, vous ne la craignez pas. Vous venez de bannir le superbe Pallas , Pallas dont vous savez qu elle soutient l'audace*

NÉRON

I Eloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace, I J'écoute vos conseils , j'ose les approuver , I Je m'excite contre elle, et tâche à la braver : Mais, je t expose ici mon ame toute nue. Si-tôt que mon malheur me ramène à sa vue , Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir De ces yeux ou j'ai lu si long-tems mon devoir , Soit qu'à tant de bienfaits ma mémoire fidèle Lui soumette en secret tout c? que je tiens d'elle; Mais enfin mes effort^ ne me servent de rien ;

Mon génie étonné tremble devant le sien. * Et c'est pour m'affranchir de cette dépendance , Que je la fuis par- tout, que même je l'offense , Et que de tems en tems j'irrite ses ennuis , Afin qu'elle m'évite autant que je la fuis. Mais je t'arrête trop : reftire-toi , Narcisse ; Britannicus pourrait t'acicuser d'artifice.

NARCISSE

Non , non ; Britannicus s'abandonne à ma foi. Par son ordre, seigneur, il croit que je vous voi . Que je m'informe ici de tout ce qui le touche , Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche. Impatient surtout de revoir ses amours,

* Mon génie étonné tremble devant te sien.

Expression antique , fonde'e sur Fopinion des tems anciens , qui attribuait à chacun son génie ^ bon ou mauvais. De là ce mot d'un devin, qui voyait Antoine perdre à tous les jeux contre Octave : Eloigne z-t^ous de ce jeune homme : votre génie redoute le sien. C'est donc ici une expression de mœurs. Ajoutez, qu'il était important de faire connaître cette sorte d'ascendant d'Agrippine sur Ne'ron : il sert à fonder le ton de supe'riorité qu'elle affecte avec lui , et en même tems les mesures et les re'solutions violentes que Ne'ron prend contre elle et contre Britannicus. Plus il est humilie' de se sentir au-dessous d'elle , plus il est pressé de se délivrer du joug qu'elle impose , et des appuis qu'elle se ménage.

Impatient surtout de rei>oir ses amours

Ses amours , pris pour la personne qu'on aime , n'est pas im

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