‹ AndromaqueChapitre 42 sur 176 · ACTE II, SCÈNE IIL · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IIL

Plus il me ferait honte , et mettrait en lumière Le crime d'en avoir dépouillé l'héritière.

ISÎÉROISÎ.

CJest de ses intérêts prendre beaucoup de soin , Madame , et l'amitié ne peut aller plus loin. Mais ne nous flattons point, et laissons le mystère. La sœur vous touche ici beaucoup moins que le frère ; Et pour Britannicus...

JUNIE

Il a su me toucher , Seigneur , et je n'ai point prétendu m'en cacher. Cette sincérité sans doute est peu discrète ; Mais toujours de mon cœur ma bouche est l'interprète : Absente de la cour , je n'ai pas du penser. Seigneur, qu'en l'art de feindre il fallût m' exercer. J'aime Britannicus. Je lui fus destinée Quand 1 empire devait suivre son hymenée : Mais ces mêmes malheurs qui l'en ont écarté , Ses honneurs abolis , son palais déserté , La fuite d'une cour que sa chute a bannie , Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout ce que vous voyez conspire a vos désirs ; ^

* Touf ce que vous voyez conspire à vos désirs , etc.

Dans ce contraste saisi si à propos et rendu en vers charmans, on a quelque peine à s'arrêter sur une très-legère mexartitude grammaticale. Mais pour ne pas me'contenter les

Vos jours , toujours sereins , coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous Vine'puisable source : Ou si quelque chagrin en interrompt la course, Tout l'univers , soigneux de les entretenir , S'empresse à l'effacer de votre souvenir. Britannicus est seul : quelque ennui qui le presse , Il ne voit dans son sort que moi qui s'intéresse , Et n'a pour tous plaisirs , seigneur , que quelques pleurs Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs*

KÉRON.

Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie ,

critiques qui ne sont que grammairiens y il faut avertir ceux qui ne le sont pas , que , dans la règle , le pronom relatif pluriel /es , qui se trouve dans ce membre de phrase , soigneux de les entretenir ^ ne devait pas se'parer le mot chagrin ^ de son tq.- \2X\i effacer y qui est dans le vers suivant. Cela fait un petit embarras dans la construction , quoiqu'il n'y en ait aucun dans la pense'e. Quelques pleurs qui tui font quelquefois peut paraître aussi une petite négligence , quoique peut-être le poëte y ait mis rintention d'appuyer sur les formes diminutives. Enfin , l'on ne dirait plus aujourd'hui j'V/z/^r^jj^^ a dans son sort^ comme on le disait certainement du tems de Racine , puisqu'il ne tenait qu'à lui de dire comme on dirait à pre'sent : Il ne voit à son sort que moi qui s'intéresse. L'usage a décidé qu'<?« s"" intéresse dans une affaire d^ argent ^ dans un commerce, dans une entreprise , etc. pour dire qu'on y a un intérêt pécuniaire , et i^on s^intéresse à quelquun ou à quelque chose ^ pour dire qu'on y prend un intérêt d'affection ; et il est bon que l'usage ait fixé cette différence.

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