ACTE II, SCÈNE lïL
Digne de vos beaux yeux trop long-tems captivés , Digne de l'univers à qui vous vous devez. '
JUISME.
Seigneur, avec raison je demeure étonnée.
Je me vois , dans le cours d'une même journée ,
Comme une criminelle amenée en ces lieux ;
Et lorsqu'avec frayeur je parais à vos yeux ,
Que sur mon innocence à peine je me fie ,
Vous m'offrez tout d'un coup la place d'Octavîe.
J'ose dire pourtant que je n'ai mérité
INi cet excès d'honneur, ni cette indignité.
Et pouvez-vous , seigneur , souhaiter qu'une fille
Qui vit presque en naissant éteindre sa famille ,
* Digne de vos bêaux yeux trop long-tems captiçés,,.. Passons sur les beaux yeux qui reviennent pour la seconde
fois ; mais ces mots trop long-tems captà'és n'offrent aucun sens qui soit clair et plausible. Cela veut-il dire des yeux contraints dans leur expression , des yeux force's de se cacher ? C'est un des sens du mot captivés ; il n'est pas admissible ici. Sont ce des yeux que Britannicus a trop long-tems fixés sur lui ? Mais après ce que Junie a de'jà dit de Brilannicus, ces mots , trop longtems , n'ont aucun sens pour elle , et doivent lui paraître un peu ridicules. Ce vers est re'ellement une cheville : c'est le quatrième qui soit à retrancher dans cet ouvrage. Racine a pe'che' ici parla pensée : la faute est remarquable.
* Digne de Vuniçers à qui vous vous devez.
V\R1Â]SÎTE.
« Digne de l'univers à qui vous les devez. » L. B,
86 BRITANNlCUS,
Qui , dans robscurité nourrissant sa douleur,
S'est fait une vertu conforme à son malheur ,
Passe subitement de celte nuit profonde
Dans un rang qui l'expose aux yeux de tout le monde ^
Dont je n'ai pu de loin soutenir la clarté ,
Et dont une autre enfin remplit la majesté ?
Je Yous ai déjà dit que je la répudie.
Ayez moins de frayeur , ou moins de modestie.
N'accusez point ici mon choix d'aveuglement :
Je vous réponds de vous ; consentez seulement.
Du sang dont vous sortez rappelez la mémoire ,
Et ne préférez point à la solide gloire
Des honneurs dont César prétend vous revêtir ,
La gloire d'un refus sujet au repentir é
Le ciel connaît , seigneur , le fond de ma pensée. Je ne me flatte point d'une gloire insensée : Je sais de vos présens mesurer la grandeur; Mais plus ce rang sur moi répandrait de splendeur,
* Passe subitement de cette nuit profonde , etc.
Louis Racine observe « qu'on dit la majesté , la splendeur » d"* un rang i et non pas la clarté', mais que ce mot clarté ^ qui y> re'pond à cette nuit profonde^ est amené si naturellement , » qu'il parait nécessaire. » Cette observation est juste , et même fme.