‹ AndromaqueChapitre 54 sur 176 · I ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

I ACTE III, SCÈNE III

Digne emploi d'un ministre ennemi des flatteurs , Clioisi pour mettre un frein à ses jeunes ardeurs , De les flatter lui-même , et nourrir dans son ame Le mépris de sa mère et l'oubli de sa femme !

BURRH us.

Madame , jusqu'ici c'est trop tôt m'accuser ; L'empereur n'a rien fait qu'on ne puisse excuser. N'imputez qu'à Pallas un exil nécessaire : Son orgueil dès long-tems exigeait ce salaire ; Et l'empereur ne fait qu'accomplir à regret Ce que toute la cour demandait en secret. Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource t Des larmes d'Octavie on peut tarir la source. Mais calmez vos transports ; par un chemin plus doux , Yous lui pourrez plutôt ramener son époux : j Les menaces , les cris , le rendront plus farouche.

AGRÏPPIKE.

Ah î l'on s'efforce en vain de me fermer la bouche. I Je vois que mon silence irrite vos dédains;

* Je vois que mon silence irrite vos dédains.

Je sais (\vî* irrite est pris ici dans le sens d!* accroître ; mais l'estil avec justesse ? Quand on dit , le silence irrite la curiosité' , c*est que la curiosité s"* accroît en effet d'autant plus qu'elle est irritée ; mais le silence ne saurait irriter les dédains ; il les enhardit, illes encourage. C'est peut-être pousser loin la se'vërite' ; mais aussi c'est de Racine qu'il s'agit ; les gens de lettres prononceront.

Io8 BRITANNÏCUS,

Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains. Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Agrippine ; Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine. Le fils de Claudius commence à ressentir Des crimes dont je n'ai que le seul repentir. * J'irai, n'en doutez point, le montrer à l'armëe; Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée ; Leur faire , à mon exemple , expier leur erreur. On verra d'un côte le fils d'un empereur ^ Redemandant la foi jurée à sa famille ,

* Ze fils de Claudius commence à ressentir Des crimes dont je n^ai çue le seul repentir.

Ressentir des crimes pour en açoir du ressentiment n'est poipt une expression obscure, comme le dit le commentateur ; mais il est vrai qu'en ce sens elle est peu usite'e. Cependant l'analogie du mot ressentiment rend ici la phrase si claire, que je ne serais nullement tenté de la blâmer. Et où donc essaiera-t-on d'étendre et de varier l'acception des mots , sans jamais la forcer , si ce n'est en poésie ?

On verra d^un coté le fils d^un empereur , etc.

Tout ce morceau d'Agrippine et notamment l'éloquence amère de ce parallèle entre le fils de Claude et celui de Domitius , entre la fille de Germanicus et le tribun Burrhus, sont des emprunts que le génie de la poésie devait faire ici à celui. | de l'histoire. On n'a pas cru devoir charger les pages de citations de Tacite, qui est entre les mains de tous les lecteurs instruits, et dont les passages se retrouvent encore dans les remarques de Louis Racine, qui méritent d'être lues.

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