ACTE III, SCÈNE III
Et de Germanie us on entendra la fille :
De l'autre , l'on verra le fils d'^Enobarbus ,
Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus ,
Qui , tous deux de l'exil rappelés par moi-même ,
Partagent à mes yeux l'autorité suprême.
De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit ;
On saura les chemins par ou je l'ai conduit.
Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses ,
J'avoûrai les rumeurs les plus injurieuses ;
Je confesserai tout, exils, assassinats,
Poison même... *
* Je confesserai tout , exils , assassinats ^
Poison même
Cette suspension et la re'ponse de Burrhus , madame , ils ne^ vous croiront pas ^ sont , en fait de dialogue , des coups de Fart. On peut juger à quel point Agrippine allait s'avilir, quand Burrhus Parrête au poison , et lui fait entendre qu'elle ne doit pas dire ce qu'on ne doit pas croire : c'est la relever à tems et : comme il convenait à Burrhus. Ce n'est pas un courtisan qui I flatte , c'est un ministre vertueux qui veut sauver l'honneur de l'empire.
Il y a ici, pour les lecteurs capables de réfle'chir, autant de me'rite dans l'effet moral , que de vérité dans l'observation des bienséances et des caractères. On voit bien que ce n'est pas . Burrhus qu'Agrippine menace , c'est Néron ; et quand les mechans se divisent , il ne leur en coûte pas plus d'avouer leurs crimes , pour nuire , qu'il ne leur en a coûté de les commettre» Voilà cette Agrippine si fière , prête à se placer elle-même dans le rang des derniers scélérats, pour se venger de son com-
IIO BRITANNICUS,
BURRHUS
Madame , ils ne vous croiront pas :
Ils sauront récuser Fin juste stratagème D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même. Pour moi , qui le premier secondai vos desseins , Qui fis même jurer l'armée entre ses mains , Je ne me repens point de ce zèle sincère. Madame, c'est un fils qui succède à son père. En adoptant Néron, Claudius , par son choix, De son fils et du vôtre a confondu les droits. Rome l'a pu choisir. Ainsi, sans être injuste, Elle choisit Tibère adopté par Auguste ; Et le jeune Agrippa, de son sang descendu, Se vit exclus d'un rang vainement prétendu. ' Sur tant de fondemens sa puissance établie Par vous-même aujourd'hui ne peut être affaiblie ; Et , s'il m'écoute encor , madame , sa bonté
plice , et ressaisir le pouvoir qui échappe à son ambition trompée : et pour comble de punition , Burrhus lui fait comprendre qu'elle s'avilirait inutilement, et qu'elle ne peut rien contre le maître que ses crimes lui ont donné. Quelle leçon!
' Et le jeune Agrippa, de son sang descendu, elc. C'était Julius Agrippa , fils posthume du célèbre Vipsanius Agrippa et de Julie, fille d'Auguste ; sa jeunesse n'annonçant que des inclinations perverses , Auguste le relégua à Sorenlo , et quelque tems après dans l'ile de Planasia , où il mourut. L. B.