ACTE III, SCÈNE YI. Il5 NARCISSE
Après tous mes discours vous la croyez fidèle?
BR ITAISN ICU S.
Non, je la crois, Narcisse, ingrate, criminelle,
Digne de mon courroux : mais je sens , malgré moi ,
Que je ne le crois pas autant que je le doi.
Dans ses ëgaremens mon cœur opiniâtre
Lui prête des raisons , l'excuse , l'idolâtre ;
Je voudrais vaincre enfin mon incrédulité :
Je la voudrais hair avec tranquillité.
Et qui croira qu'un coeur , si grand en apparence ,
D'une infidèle cour ennemi dès Tenfance ,
Renonce à tant de gloire , et , dès le premier jour ,
Trame une perfidie inouie à la cour ? "'^^
NARCISSE
Et qui sait si l'ingrate , en sa longue retraite ,
* Apres tous mes discours vous la croyez fidèle ?
La ne se rapporte à personne , puisque Junie n'a été ni nommée ni désignée. Racine et d'autres après lui , ont donné de fréquens exemples de cet artifice de style devenu commun , fondé sur ce que celle qu'on aime est toujours celle dont ou
j parle quand on n'a nommé personne.
I Trame une perfidie inouie h la cour ?
Ce vers n^est pas dur, mais il manque de nombre à cause de la consonnance de perfidie et ^inouie ; c'est une petite imperfection.
Il6 BRU ANNICUS,
N'a point de l'empereur médité la défaite ? Trop sure que ses yeux ne pouvaient se caclier , Peut-être elle fuyait pour se faire cherclier, Pour exciter Néron par la gloire pénible De vaincre une fierté jusqu'alors invincible.
BRITAÎ^TS ICUS,
Je ne la puis donc voir ?
NARCISSE
Seigneilr , en ce moment , Elle reçoit les vœux de son nouvel amant.
BRITATSf NICUS,
Hé bien ! Narcisse , allons. Mais que vois-je ? C'est elle,
NARCISSE, à part.
Ah î dieux î A l'empereur portons cette nouvelle.