ACTE III, SCÈNE VIII
BRITAINISICUS.
Je connais mal Junie, ou de tels sentimens Ne mériteront pas ses applaudissemens.
KÉRON.
Du moins , si je ne sais le secret de lui plaire , Je sais l'art de punir un rival téméraire.
BRITANKICUS.
Pour moi , quelque péril qui me puisse accabler , Sa seule inimitié peut me faire trembler.
NÉRON
Souhaitez-la ; c'est tout ce que je vous puis dire.
BRITANNICU s.
Le bonheur de lui plaire est le seul où j'aspire.
NÉRON
Elle vous l'a promis , vous lui plairez toujours.
Je ne sais pas du moins épier ses discours :
Je la laisse expliquer sur tout ce qui me touche , ^
Et ne me cache point pour lui fermer la bouche. ^'^
^ Je la laisse expliquer sur tout ce qui me touche. C'est une faute de langage, que la poésie même ne peut excuser. 11 faut absolument pour le sens et pour la grammaire , je la laisse s"* expliquer.
Et ne me cache point pour lui fermer la louche. C'est à ce mot que Néron ne peut plus se contenir , appelle
NÉRON
Je vous entends. Hé bien ! gardes....
Que faîtes-vons ?
C'est votre frère. Hélas ! c'est un amant jaloux.- Seîgneur , mille malheurs persécutent sa vie. Ah ! son bonheur peut- il exciter votre envie ? Souffrez que, de vos cœurs rapprochant les liens ^ Je me cache à vos yeux et me dérobe aux siens. Ma fuite arrêtera vos discordes fatales ; Seigneur , j'irai remplir le nombre des vestales.
ses gardes, et fait arrêter son rival, lia pu supporter les reproches qui ne tombaient que sur sa puissance ; mais humilié dans son amour^ convaincu de ses bassesses, sûr que Junie lésa toutes révéle'es , il n'a plus d'autre recours que la violence et FoppressioA ^ et Britannicus est criminel dès qu'il l'a fait rougir.
L'effet théâtral de cette scène tient au plaisir que ressent toujours le spectateur de voir la puissance injuste , abaissée et confondue par celui qui n'a d'autres armes que l'innocence et la vérité. Ajoutez encore que Britannicus a ici un avantage avec lequel il ne pouvait pas être pef/f deçant Néron , à moins que l'auteur ne l'eût fait exprès. Cet avantage décisif, qui se fait sentir dans toutes ses réponses , c'est qu'il est en présence de Junie et sûr d'en être aimé. Ce n'était donc pas lui dont il était difficile de soutenir le personnage : c'était Néron qui devait garder sa dignité comme empereur , quoique sacrifié comme amant. Le poëte a réussi à l'un et à l'autre , et cet art de proportions the'âtrales qu'il faut toujours accorder avec les convenances morales , n'est connu que des grands artiste^.