‹ AndromaqueChapitre 72 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE II. î3l · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II. î3l

On yeut sur vos soupçons que je vous satisfasse. J'ignore de quel crime on a pu me noircir : De tous ceux que j'ai faits je vais vous éclaircir. Vous régnez. Vous savez combien votre naissance Entre l'empire et vous avait mis de distance. Les droits de mes aïeux , que Rome a consacrés , Étaient même sans moi d'inutiles degrés. Quand de Britannicus la mère condamnée Laissa de Claudius disputer l'hyménée , Parmi tant de beautés qui briguèrent son choix , Qui de ses affranchis mendièrent les voix , Je souhaitai son lit, dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serais placée. Je fléchis mon orgueil; j'allai prier Pallas. Son maître, chaque jour caressé dans mes bras, Prit insensiblement dans les yeux de sa nièce L'amour où je voulais amener sa tendresse. Mais ce lien du sang qui nous joignait tous deux Ecartait Claudius d'un lit incestueux :

Il n'osait épouser la fille de son frère. Le sénat fut séduit : une loi moins sévère

^ Une loi moins séi'ère

Mit Claude dans mon lit , et Rome à mes genoux.

Que de choses dans un seul vers! Que d'étendue dans la pense'e , et de concision dans les paroles ! C'est la véritabie force de style, en vers comme en prose ; mais ici l'éle'gance et le nombre joignent à tous les autres mérites celui de la poésie, .

i32 BRITANNICUS,

Mit Claude dans mon lit, et Rome à mes genoux. C'était beaucoup pour moi : ce n'était rien pour vous. Je vous fis sur mes pas entrer dans sa famille ; Je vous nommai son gendre , et vous donnai sa fille : Silanus , qui l'aimait , s'en vit abandonné , Et marqua de sou sang ce jour infortuné. Ce n'était rien encore. Eussiez- vous pu prétendre Qu'un jour Claude à son fils dût préférer son gendre De ce même Pallas j'implorai le secours : Claude vous adopta , vaincu par ses discours , Vous appela Néron , et du pouvoir suprême Voulut j avant le tems , vous faire part lui-même. C'est alors que chacun , rappelant le passé , Découvrit mon dessein déjà trop avancé ; Que de Britannicus la disgrâce future Des amis de son père excita le murmure. Mes promesses aux uns éblouirent les yeux ; L'exil me délivra des plus séditieux.

Claude même , lassé de ma plainte éternelle , Éloigna de son fils tous ceux de qui le zèle , Engagé dès long-tems à suivre son destin , Pouvait du trône encor lui rouvrir le chemin. Je fis plus : je choisis moi-même dans ma suite Ceux à qui je voulais qu'on livrât sa conduite. J'eus soin de vous nommer, par un contraire choix, Des gouverneurs que Rome honorait de sa voix. Je fus sourde a la brigue , et crus la renommée ; J'appelai de l'exil, je tirai de l'armée,

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