ACTE IV, SCÈNE II. x
Et ce niême Sënèque , et ce même Burrlius , Qui depuis..... Rome alors estimait leurs vertus. De Claude en même tems épuisant les richesses , Ma main , sous votre nom, répandait ses largesses. Les spectacles, les dons, invinciljles appâts, y ous attiraient les cœurs du peuple et des soldats , Qui d'ailleurs , réveillant leur tendresse première , Favorisaient en vous Germanicus mon père. Cependant Claudius penchait vers son déclin. Ses yeux , long-tems fermés , s'ouvrirent à la fin : Il cônnut son erreur. Occupé de sa crainte , Il laissa pour son fils échapper quelque plainte , Et voulut, mais. trop tard, assembler ses amis. Ses gardes, son palais, son lit m'étaient soumis."^ Je lui laissai sans fruit consumer sa tendresse; De ses derniers soupirs je me rendis maîtresse : Mes soins , en apparence épargnant ses douleurs , De son fils, en mourant, lui cachèrent les pleurs.
Ses gardes , son palais , son lit m étaient soumis.
Autre exemple de ces expressions trouvées qui étonnent par leur force et leur précision , au point de se faire remarquer même dans la perfection de ce grand morceau , qui dans son genre est unique au théâtre.
De son fils , en mourant , lui cachèrent les pleurs.
En mourant, par le sens, se rapporte à Claude, et par la construction à celle qui cache : mes soins lui cachèrent en mourant. C'est une faute sans doute ; mais comme il n'y a pas lieu à
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Il mourut. Mille bruits en courent a ma honte.
J'arrêtai de sa mort la nouvelle trop prompte ;
Et tandis que Burrhus allait secrètement
De l'armée en vos mains exiger le serment.
Que vous marchiez au camp, conduit sous mes auspices.
Dans Rome les autels fumaient de sacrifices ;
Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité
Du prince déjà mort demandait la santé.
Enfin des légions l'entière obéissance
Ayant de votre empire affermi la puissance, ^
la moindre équivoque , la précision et la rapidité ne peuventelles pas faire pardonner l'inexactitude grammaticale ? On sait bien que ce n'est ici , de la part du poë'te , ni une ignorance ni une faiblesse ; c'est la grammaire sacrifiée au style dans une occasion où la grammaire est peu de chose , et où le style est tout. C'est toujours sous ce point de vue qu'il faut examiner les licences , afin que les privilèges du talent ne deviennent pas les excuses de la médiocrité et de l'impuissance.
N. B. L'inversion poétique est encore une excuse très-naturelîe et très-valable de ces sortes de constructions irrégulières. En mourant est placé dans le vers isolément, en sorte que la pensée le reporte où il doit être ; ce qui n'aurait pas lieu en prose où l'on dirait lui cachèrent en mourant. L'arrangement des mots ferait un contre-sens trop visible.
* Ayant de votre empire affermi la puissance.
En général , ce participe ayant est peu agréable en poésie. C'est la seule fois qu'il se trouve dans Racine , et encore dans un morceau naturellement susceptible des formes du récit, cl