ACTE IV, SCÈNE IIL t5i
Craiiiî de tout runivers , il vous faudra tout craindre , • Toujours punir', toujours trembler dans vos projets, Et pour vos ennemis compter tous vos sujets. Ahî de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle , seigneur , haïr votre innocence ? Songez-vous au bonheur qui les a signales ? Dans quel repos , ô ciel ! les avez-vous coules ! Quel plaisir de penser et de dire en vous-même : ce Par-tout en ce moment , on me bénit , on m'aime ; ^ M On ne voit point le peuple à mon nom s'alarmer ; » IjC ciel dans tous leurs pleurs ne m'entend point nommer w Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage ; 3) Je vois voler par-tout les cœurs à mon passage ! » Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux!
' Craint de tout Vuniçers , // vous faudra tout craindre.
C'est le timet timentes de Se'nèque dans son Hercule furieux , acte II ; pense'e terrible, qui se trouve chez presque tous les auteurs tragiques , et que Corneille a tourne'e de cette manière :
Auteurs des maux de tous , à tous il est en butte. L. B.
^ Par-tout en ce moment , on me bénit , on m ^aime.
C'est le même discours que Se'nèque fait tenir à Néron : Possum in quâlibet parte urbis solus iiycedere , sine timoré, çuampis nullus sequatur cornes , nullus sit domi^ nullus ad latus gla-
dius Quid pulcJirius est , quàm çiçere optant ibus cunctis , et vota
non sub custode nuncupantibus ! Lib. ï , de Clément, cap. vin et XIX. L.B.
l52 BRITANNICUS,
Le sang le plus abject vous était précieux.
Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable
Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable :
Vous résistiez, seigneur, à leur sévérité;
Votre cœur s'accusait de trop de cruauté ;
Et , plaignant les malheurs attachés à l'empire ,
Je voudrais, disiez-vous , ne savoir pas écrire.
Non , ou vous me croirez , ou bien de ce malheur
Ma mort m'épargnera la vue et la douleur.
On ne me verra point survivre à votre gloire.
Si vous allez commettre une action si noire ,
( se jetant aux pieds de Néron* ) Me voilà prêt , seigneur ; avant que de partir , Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir : Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée ; Qu'ils viennent essaj^er leur main mal assurée... Mais je vois que mes pleurs touchent mon empereur Je vois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdez point de tems; nommez-moi les perfides Qui vous osent donner ces conseils parricides ; Appelez votre frère, oubliez dans ses bras...
KÉRON.
Ah ! que demandez-vous ?
Non , il ne vous hait pas , Seigneur : on le trahit ; je sais son innocence ;