ACTE IV, SCÈNE IV. l
Elle a fait expirer un esclave a mes yeux ;
Et le fer est moins prompt pour trancher une yie ,
Que le nouveau poison que sa main me confie.
ISÏÉR ON.
Narcisse, c'est assez : je reconnais ce soin, Et ne souhaite pas que vous alliez plus loin.
habilement ménagée , combien il y a de perfection dans ce malheureux rôle de Narcisse , et qu'il fallait admirer Racine quand il le fait parler , comme il faut l'aimer quand il fait parler Burrhus.
Il s'est conformé à l'histoire en faisant préparer par Locuste le poison dont périt Britannicus , et il convenait qu'une empoisonneuse de profession fut au nombre des agens secrets et des familiers de Néron. Elle était logée dans son palais et comblée de ses présens : il la faisait travailler devant lui , et il voulut qu'elle fit des élèves dans son art, toujours précieux pour les scélérats. L'existence de cette femme, son école et son impunité ( car l'histoire ne parle pas de sa punition ) suffiraient pour donner une idée de ces tems abominables.
Racine n'a blessé aucune bienséance dans cet essai du poison fait sur un esclave : c'est Narcisse qui agit au nom de Néron. Mais Corneille les a blessées toutes dans (îe vers de Rodogune : Faites en faire essai par quelque domestique.
Ce mot domestique ajoute encore à cet affreux oubli de toute humanité , qui du moins n'était toléré , chez les anciens , qu'à l'égard des esclaves , sur qui les maîtres avaient droit de vie et de mort, et c'est Rodogune qui prononce ce vers dans Corneille , et non pas l'agent d'un tyran.
î56 ^ BRITANNICUS,
NARCISSE
Quoi ! pour Brîtannlcus voire haine affaiblie Me défend...
KÉR01S\
Oui , Narcisse ; on nous réconcilie.
NARCISSE
Je me garderai bien de vous en détourner, Seigneur. Mais il s'est vu tantôt emprisonner : Cette offense en son coeur sera long-tems nouvelle. 11 n'est point de secrets que le tems ne révèle : Il saura que ma main lui devait présenter Un poison que votre ordre avait fait apprêter. Les dieux de ce dessein puissent -ils le distraire ! Mais peut-être il fera ce que vous n'osez faire.
NÉRON
On répond de son cœur , et je vaincrai le mien.
NARCISSE
Et l'hymen de J unie en est-il le lien ? Seigneur^ lui faites-vous encor ce sacrifice?
NÉRON
C'est prendre trop de soin. Quoi qu'il en soit , Narcisse , Je ne le compte plus parmi mes ennemis,
NARCISSE
Agrippine , seigneur , se l'était bien promis : Elle a repris sur vous son souverain empire.
NÉRON
Quoi donc ? Qu'a-t-elle dit ? Et que voulez- vous dire