‹ AndromaqueChapitre 84 sur 176 · ACTE IV, SCÈNE IV. iSg Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. iSg Ceux où jadis la sœur et le frère sont nés

NÉROlSf.

Narcisse^ encore un coup, je ne puis l'entreprendrç.

J'ai promis à Burrhus , il a fallu me rendre.

Je ne veux point encore , en lui manquant de foi ,

Donner à sa vertu des armes contre moi.

J'oppose à ses raisons un courage inutile;

Je ne l'écoute point avec un cœur tranquille.

ISfARC ISSE.

Burrhus ne pense pas , seigneur , tout ce qu'il dit :

Son adroite vertu ménage son crédit.

Ou plutôt ils n'ont tous qu'une même pensée :

Ils verraient par ce coup leur puissance abaissée ;

Vous seriez libre alors, seigneur; et, devant vous,

Ces maîtres orgueilleux fléchiraient comme nous.

Quoi donc î ignorez-vous tout ce qu'ils osent dire ?

c( Néron , s'ils en sont crus , n'est point né pour l'empire.

>3 II ne dit , il ne fait que ce qu'on lui prescrit :

w Burrhus conduit son cœur , Sénèque son esprit.

w Pour toute ambition , pour vertu singulière ,

w II excelle k conduire un char dans la carrière ;

M A disputer des prix indignes de ses mains;

w A se donner lui-même en spectacle aux Romains ;

w A venir prodiguer sa voix sur un théâtre ;

j> A réciter des chants qu'il veut qu'on idolâtre;

M Tandis que des soldats , de momens en momens,

53 Vont arracher pour lui les applaudi s semen s. »

Ah ! ne voulez-vous pas les forcer à se taire ?

Tiens, l^^arcîsse :

NÉRON

allons voir ce que nous devons faire.*

* Viens, Narcisse : allons voir ce que nous devons faire,

« Si la scène précédente est le chef-d'œuvre de l'e'loquence » d'un homme vertueux, celle-ci est le chef-d'œuvre de la » fourberie d'un sce'lérat. » C'est ainsi que s*exprlme , avec beaucoup de vérité , l'ancien commentateur.

On a pu voir que Narcisse n'a pas perdu la tête un moment , même dans la première surprise où a dû le jeter le changement inopiné de son maître. Il a formé dans l'instant son plan d'attaque , a été repoussé trois fois sans se rebuter, et à la quatrième il l'emporte. Il a attaqué Néron par tous ses faibles , par la crainte , par la jalousie de l'amour , par celle du pouvoir. 11 l'a rassuré contre les discours des Romains , et lui a répondu de leur abjection : là-dessus il était sûr de son fait, et l'événement le justifia. Enfin , il s'aperçoit que le tyran , qui a de l'orgueil , craint d'avoir à rougir devant /^ar vertu de Burrhus. Pour faire tomber ce dernier obstacle , il faut décréditer Burrhus : Burrhus gémissait sur les vices de Néron et les taisait , occupé seulement à les contenir et à les réprimer. Narcisse lui fait dire de Néron précisément tout ce que lui-même en pense. Néron , blessé dans ses prétentions aux talens du théâtre , ne ménage plus rien , et c'est une preuve que la vanité est souvent la plus cruelle espèce d'orgueil. Néron était sûr d'être le maître du monde ; mais il voulait en être le premier musicien. Qualis artifex pereo ! disait-il en mourant. Quelle mort pour un si grand artistel Ce furent ses dernières paroles, et Tacite nous apprend qu'une des raisons les plus décisives de sa haine pour Britannlcus et de la mort de ce jeune prince fut la jalousie que Néron avait conçue de la beauté de sa voix. Non minus

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