‹ AndromaqueChapitre 91 sur 176 · AGRIPPINE, JUNIE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, JUNIE

AGRIPPIME.

Madame, ou je me trompe, ou, durant vos adieux, Quelques pleurs répandus ont obscurci vos yeux. Puis-je savoir quel trouble a formé ce nuage? Doutez- vous d'une paix dont je fais mon ouvrage? ^

* Doutez-vous d'aune paix dont je fais mon ouçrage ? et un moment après :

Il suffit : j'ai parlé ; tout a changé de face.

C'est bien là Forgueil d'un pouvoir précaire et emprunté: un des moyens de crédit , c'est d'y faire croire , et on en ressaisit d'autant plus l'apparence , qu'on a été plus près d'en perdre la réalité. C'est ainsi qu'il convient de peindre la cour, sans affecter, comme Corneille , de répéter sans cesse ce mot de cour ^ V esprit de cour , sans dire comme lui ;

Vous êtes peu du monde, et savez mal la cour.

On sait que personnellement nul ne la connaissait moins que

l^O BRITANNICUS,

JUNIE

Après tous les ennuis que ce jour m'a

coûtés ,

lui, quoique son grand esprit pût lui sugge'rer sur cette matière de fort bonnes maximes géne'rales , telles qu'on en voit dans Othon, Pour Racine, quoiqu'il y eût beaucoup vécu , et qu'il n'y parût nullement de'pîacé , je crois sans peine qu'il pouvait ce'der à d'autres le mérite d'être ce qu'on appelle un courtisan; mérite, quel qu'il soit, dépendant du caractère beaucoup plus que de l'esprit. Mais comme le sien était excellent , comme son goût exquis saisissait toutes les bienséances, jamais il n'a parlé de la cour en rhéteur de collège , et il a su la peindre , comme Tacite , en observant les hommes et les choses d'un coup-d'œil juste et étendu.

Mais il y a ici quelque chose de plus que îe ton propre à la faveur et au crédit : le caractère particulier d'Agrippine est la présomption la plus hautaine , et ce qui doit l'accroître encore^ c'est qu'en effet il n'y en eut jamais de plus autorisée, si l'on considère dans Agrippine ce qu'elle était et ce qu'elle avait fait. Toujours accoutumée à commander , soit comme épouse , soit comme mère , il n'est pas étonnant qu'elle ait toute la confiance du pouvoir, à force d'en avoir l'habitude. Ce n'est donc pas faute de politique, qu'elle se méprend si complètement sur les dispositions de Néron. Qui pouvait connaître mieux qu'elle , et Néron, et sa cour? Mais elle ne peut se figurer que son fils ose risquer d'en venir avec elle à une rupture déclarée ;'elle se flatte de l'avoir subjugué et intimidé plus que jamais , et l'on sent qu'elle doit s'en flatter ; de là ses effusions et ses transports : elle va jusqu'à démentir tout le mal qu'elle avait dît de Néron , soit à sa confidente, soit à lui-même; elle ne lui croit piu^ de malice noire; on n'a fait altérer sa bonté , abuser de sa facilité; elle ne s'en prend qu'à des ennemis qui bientôt vontcon-

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