‹ AndromaqueChapitre 92 sur 176 · ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE III

Ai-je pu rassurer mes esprits <3gitës ? Hëlas ! à peine encor je conçois ce miracle. Quand même à vos bontés je craindrais quelque obstacle, Le changement , madame , est commun à la cour , Et toujours quelque crainte accompagne l'amour.

AGRIPrilSlE.

Il suffit : j'ai parlé ; tout a changé de face.

Mes soins à vos soupçons ne laissent point de place.

Je réponds d'une paix jurée entre mes mains ;

Néron m'en a donné des gages trop certains.

Ah ! si vous aviez vu par combien de caresses

Il m'a renouvelé la foi de ses promesses î ^

naître Agrippine encore une fois. Tout cet enivrement est dans la nature et dans le caractère du personnage. Et quel éclat de couleur !

De'jà de ma faveur on adore le bruit.

Oui , on adore tout de la faveur et même le bruit. Mais qui , excepte' Racine , aurait osé le dire ?

* Ah ! si vous aviez vu^ etc.

C'est cette dernière entrevue qui a produit Tenchantement d'Agrippine. Racine en avait trouvé la peinture dans Tacite , qui représente la même scène de dissimulation dans des circonstances qui la rendaient encore plus horrible , dans la dernière conversation que Néron eut avec sa mère , dont il avait ordonné la mort. Mais il faut avouer que la copie a sur IWiginal toute la supériorité que la belle poésie peut avoir sur la plus belle prose. On peut mettre au rang des vers les plus parfaits de notre langue les dix vers qui commencent par ces mots :

172 BKITANNICUS,

Par quels embrassemens il vient de m'arréter î

Ses bras , clans nos adieux , ne pouvaient me quitter.

Par quels embrassemens , etc.

et les quatre derniers sont du style sublime. Tout y est également imposant, la pense'e , les images et Tharmonie.

Le commentateur demande pourquoi Agrippine et Junie ne sont pas présentes à la réconciliation de Néron et de Britannicus, et il pense que le poëte, en laissant ces deux femmes sur la scène , laisse trop voir le besoin de la remplir. Quoique la demande ne soit pas dénuée de raison , la critique me paraît outrée. D'abord Textréme jeunesse de Junie ne permettait pas qu'elle se trouvât à un festin de jeunes gens , tels que ceux de la cour de Néron , et c'est cette décence extérieure des mœurs romaines , toujours observée par les honnêtes gens , qui rend trcs-convenabîe ce que dit Agrippine à Junie, après avoir pressé Britannicus de se rendre au festin :

Et nous, madame , allons chez Octavie.

Pour Agrippine , il est vrai que, selon Tacite, elle fut du repas; mais le poëte n'était-il pas le maître de lui faire remplir un autre devoir auprès d'Octavie, qui peut, suivant les apparences, être complimentée sur les événemens dont elle doit se promettre le retour de son époux? C'est ce que l'auteur a eu soin d'expliquer très-distinctement , quand il a pris le parti de rassembler les femmes chez Octavie , comme les hommes chez l'empereur. Il fait dire à Britannicus :

Allez , belle Junie , et , d'un esprit content , Hâtez-vous d'embrasser ma sœur qui vous attend.

Qui vous attend n'a pas été mis sans intention. Il fait dire ensuite par Agrippine :

Passons chez Octavie , et donnons-lui le reste

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