ACTE V, SCÈNE VL l8l
Prétendait tôt ou tard rappeler le passé.
Soit donc que , malgré vous , le sort vous ait servie ,
Soit qu'instruit des complots qui menaçaient sa vie,
Sur ma fidélité César s'en soit remis , ^
Laissez les pleurs , madame , à vos seuls ennemis ;
Qu'ils mettent ce malheur au rang des plus sinistres :
Mais vous...
A GRIPPIÎ* E.
Poursuis, Néron; avec de tels ministres^ Par des faits glorieux tu te vas signaler ; Poursuis ; tu n'as pas fait ce pas pour reculer. Ta main a commencé par le sang de ton frère ;
V ARIA TE
« Madame , il vous trompait, et son cœur offensé Pre'tendait tôt ou tard rappeler le passé. » L. B.
* Sur ma fidélité César s^en soit remis
Néron a désavoué rempoisonnement : Narcisse en convient â peu près : les vues du poète , dans cette distinction , sont aussi justes que profondes. D'abord il convenait que Narcisse fût plus hardi dans le crime : il y a vieilli , et Néron est à son coup d'essai. Ensuite cette audace déhontée de Narcisse , qui tout-àl'heure va précipiter son châtiment , est d'un homme qui compte déjà sur le premier crédit auprès d'un maître tel que Néron , après l'avoir défait d'un frère et d'un rival. Enfin , il importe à un scélérat de cette espèce , que son maître s'accoutume de bonne heure à ne point rougir du crime , et qu'il y accoutume aussi tout ce qui l'entoure.
l82 BRITANNICUS,
Je prévois que tes coups viendront jusqu'à ta mëre. Dans le fond de ton cœur je sais que lu me hais ; ' Tu voudras l'affranchir du joug de mes bienfaits.
* Je pré pois que tes coups viendront jusquà ta mère.
Ces sortes de prophe'ties font impression sur le spectateur qui a lu l'histoire , et qui sait qu'elles ont été' re'alise'es. La peinture des forfaits et du supplice de Néron , présentée dans l'avenir , est aussi fidèle que terrible. L'effet de ces imprécations que la morale dramatique substitue à la punition présente , si le sujet ne la donne pas , est beaucoup moindre quand on sait qu'elles ne seront pas accomplies , et que le coupable demeurera impuni, comme dans le cinquième acte de Mahomet ^ où Palmire y écrie :
Que le monde par toi séduit et ravagé Rougisse de ses fers , les brise et soit vengé ! Que ta religion que fonda l'imposture , Soit l'éternel mépris de la race future ! etc.
On sait trop que rien de tout cela n'est arrivé. L'auteur a compensé cet inconvénient, autant qu'il l'a pu, par ce mot sublime dans la bouche de Mahomet : Il est donc des remords l On a fait voir ailleurs -f qu'au fond ces remords n'étaient et ne pouvaient être qiie le regret momentanée de la perte de Palmire ce qui fait encore sentir davantage le vice du dénoûment, malgré l'art et les efforts de l'auteur.
' Dans le fond dç ton cœur je sais que tu me hais.
VARIANTE
« Tu te fatigueras d'entendre tes forfaits. » L. B,
•\ Dans le Cours de Littérature du Lycée,