‹ AndromaqueChapitre 97 sur 176 · ACTE V, SCÈNE Vï. Î · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE Vï. Î

Brîtanniciis est mort ; je reconnais les coups ; Je connais l'assassin.

NÉROIS.

Et qui, madame?

ÂGRIPPIKE.

Vous.

Mol ! voilà les soupçons dont vous êtes capable. Il n'est point de malheur dont je ne sois coupable ; Et si l'on veut , madame , écouter vos discours , Ma main de Claude même aura tranché les jours. ^

capable d'éclater , et dans un pareil môment l'homicide n'est bien qu'avec des complices ou des esclaves.

Au reste , l'action est ici , grâces aux convenances théâtrales , moins atroce que dans l'histoire. Après un moment de silence qui suivit le peu de mots que dit Ne'ron , on reprit toute la gaité du repas i repetifa coni>içii lœfitia. Ici le repas a du moins été interrompu : on voit que Néron est sorti avec Narcisse , un moment après Burrhus. Il rencontre sa mère , et sa punition commence : la mort de Narcisse et la retraite de Junie chez les Vestales vont l'achever.

^ Ma main de Claude même aura tranché les jours.

Il y a dans cette réponse autant d'impudence que de malignité : personne ne sait mieux que lui que c'est Agrippine qui a fait périr Claude , et c'est Néron qui reproche à sa mère ce crime commis pour lui. Quelle leçon !

Agrippine , selon l'histoire , ne fut pas à beaucoup près si hardie qu'elle l'est ici ; elle fut çonsternée de la mort de Bri-

l8o BRITANNICUS,

Son fils vous était cher ; sa mort peut vous confondre : Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.

AGRIPPINE

Non , non , Britannicus est mort empoisonné : Narcisse a fait le coup ; vous l'avez ordonné.

Madame î... Mais qui peut vous tenir ce langage?

NARCISSE

Hé ! seigneur , ce soupçon vous fait-il tant d'outrage ?

Britannicus , madame , eut des desseins secrets

Qui vous auraient coûté de plus justes regrets.

Il aspirait plus loin qu'à l'hymen de Junie ;

De vos propres bontés il vous aurait punie ;

Il vous trompait vous-même , et son cœur offensé '

tannlcus, qui lui présageait la sienne, et ne vit, clans ce premier attentat , qu'un essai du parricide : parricidii exemplum. Le poëte , observant toujours les mêmes nuances, a très-sagement sépare' cette femme , toute me'chante qu'elle e'tait , d'un monstre tel que Ne'ron. Il l'avait peinte assez altière et assez emportée pour qu'elle pût avec vraisemblance ne rien ménager avec Néron qui la pousse à bout. Les reproches, les menaces et les prédictions dont elle l'accable , la réconcilient assez avec le spectateur, pour laisser une juste distance entr'elle et son fiîs , en sorte que toute l'horreur reste sur Néron , comme cela devait être , et toute la pitié sur Britannicus et Junie.

' // vous trompait vous-même , et son cœur offensé Prétendait tôt ou tard rappeler îe passé.

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