ACTE V, SCÈNE Vï. Î
Brîtanniciis est mort ; je reconnais les coups ; Je connais l'assassin.
NÉROIS.
Et qui, madame?
ÂGRIPPIKE.
Vous.
Mol ! voilà les soupçons dont vous êtes capable. Il n'est point de malheur dont je ne sois coupable ; Et si l'on veut , madame , écouter vos discours , Ma main de Claude même aura tranché les jours. ^
capable d'éclater , et dans un pareil môment l'homicide n'est bien qu'avec des complices ou des esclaves.
Au reste , l'action est ici , grâces aux convenances théâtrales , moins atroce que dans l'histoire. Après un moment de silence qui suivit le peu de mots que dit Ne'ron , on reprit toute la gaité du repas i repetifa coni>içii lœfitia. Ici le repas a du moins été interrompu : on voit que Néron est sorti avec Narcisse , un moment après Burrhus. Il rencontre sa mère , et sa punition commence : la mort de Narcisse et la retraite de Junie chez les Vestales vont l'achever.
^ Ma main de Claude même aura tranché les jours.
Il y a dans cette réponse autant d'impudence que de malignité : personne ne sait mieux que lui que c'est Agrippine qui a fait périr Claude , et c'est Néron qui reproche à sa mère ce crime commis pour lui. Quelle leçon !
Agrippine , selon l'histoire , ne fut pas à beaucoup près si hardie qu'elle l'est ici ; elle fut çonsternée de la mort de Bri-
l8o BRITANNICUS,
Son fils vous était cher ; sa mort peut vous confondre : Mais des coups du destin je ne puis pas répondre.
AGRIPPINE
Non , non , Britannicus est mort empoisonné : Narcisse a fait le coup ; vous l'avez ordonné.
Madame î... Mais qui peut vous tenir ce langage?
NARCISSE
Hé ! seigneur , ce soupçon vous fait-il tant d'outrage ?
Britannicus , madame , eut des desseins secrets
Qui vous auraient coûté de plus justes regrets.
Il aspirait plus loin qu'à l'hymen de Junie ;
De vos propres bontés il vous aurait punie ;
Il vous trompait vous-même , et son cœur offensé '
tannlcus, qui lui présageait la sienne, et ne vit, clans ce premier attentat , qu'un essai du parricide : parricidii exemplum. Le poëte , observant toujours les mêmes nuances, a très-sagement sépare' cette femme , toute me'chante qu'elle e'tait , d'un monstre tel que Ne'ron. Il l'avait peinte assez altière et assez emportée pour qu'elle pût avec vraisemblance ne rien ménager avec Néron qui la pousse à bout. Les reproches, les menaces et les prédictions dont elle l'accable , la réconcilient assez avec le spectateur, pour laisser une juste distance entr'elle et son fiîs , en sorte que toute l'horreur reste sur Néron , comme cela devait être , et toute la pitié sur Britannicus et Junie.
' // vous trompait vous-même , et son cœur offensé Prétendait tôt ou tard rappeler îe passé.