LE DUC DE KENT
E 27 juin 1792, lors de la clôture des poils à Charlesbourg, on abattit les hustings, et il y eut une émeute qui était sur le point d'éclater par des actes de violence, lorsque le prince Édouard, duc de Kent, s'avança et se plaçant de manière à être vu de tous : « Messieurs, dit-il, y en a-t-il un seul parmi vous, quel qu'il soit, qui ne regarde le roi comme le père de son peuple »? A ces paroles, le peuple répondit par des hourras et des cris de Vive le Roi. « Y en a-t-il un seul qui ne regarde la nouvelle constitution comme la meilleure qui soit possible de donner aux sujets de S. M. ? Je vous recommande donc, continua S. A. R., de vous retirer en paix, et que je n'entende plus parler de cette odieuse distinction d'anglais et de français, vous êtes tous les sujets bien-aimés canadiens de S. M. Britannique ». Vive le Prince, cria le peuple, et le tumulte cessa.
Histoire de cinquante ans. T. P. Bédard
Le duc de Kent, ayant entendu parler d'une vieille centenaire qui demeurait à l'île d'Orléans, alla un jour lui rendre visite. Après avoir causé avec la vieille, qui avait conservé tout son jugement, il lui demanda s'il pouvait faire quelque chose qui lui fût agréable.
« — Oh ! oui, certainement, monseigneur, fit la centenaire ; dansez un menuet avec moi, afin que je puisse dire, avant de mourir, que j'ai eu l'honneur de danser avec le fils de mon souverain ».
Le prince, se prêtant de la meilleure grâce à la demande de la vieille, dansa le menuet, et lui fit un salut gracieux en la reconduisant à sa chaise. Elle y répondit par une profonde révérence.
Mémoires. P. -A. de Gaspé
Le duc de Kent estimait beaucoup un soldat de son régiment nommé Rose ou LaRose. C'était un français, dont il connaissait la bravoure à toute épreuve. Mais le sieur LaRose, ne prisant guère la discipline allemande à laquelle il était soumis, prit un jour la clef des champs. Ce fut le duc de Kent lui-même qui l'arrêta à la Pointeaux-Trembles. Le déserteur était à table, lorsque le prince, accompagné d'une escorte, le surprit.
HOMMES POLITIQUES
u — Vous êtes heureux, monseigneur, dit LaRose, que je sois sans armes, car je prends le ciel à témoin que, si j'avais un pistolet, je vous ferais sauter la cervelle ».
LaRose fut condamné à recevoir neuf cent quatre-vingt-dix-neuf coups de fouet, le maximum alloué par le code militaire anglais (Mutiny Ad). Il subit le supplice atroce, sans sourciller, repoussa avec dédain ceux qui voulaient l'aider à mettre ses habits après cet horrible châtiment, et se tournant vers le prince, il lui dit en se frappant le front du doigt :
({ — C'est du plomb, monseigneur, et non du fouet, qu'il faut pour dompter un soldat français ».
LaRose méritait, certainement, la mort ; mais on rapporte que le duc de Kent n'avait jamais pu se résoudre à le faire mourir.
Mémoiies. P. -A. de Gaspé
Le Prince Édouard, duc de Kent, fils de Georges III, frère de Guillaume IV, et père de la reine Victoria demeura en Canada de 1791 à 1795. Il est mort en