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UN GOUVERNEUR INTERLOQUÉ

Une anecdote relatée par lord Aberdeen, dans le discours qu'il prononça au banquet d'adieu qui lui fut offert, lors de son départ pour l'Angleterre, par les citoyens de Montréal, illustre d'une façon assez plaisante la question de la touchante fidéhté des Canadiensfrançais pour leur pays d'origine.

Vers les commencements de son séjour dans la province de Québec, Son Excellence fut invitée un jour à présider une séance publique dans une des institutions affectées à l'éducation de la jeunesse canadienne-française. Or, — sans malice aucune, vous le pensez bien, — on avait inscrit sur le programme de la fête un chant patriotique intitulé : « Vive la France » !

Voilà le nouveau gouverneur-général fort interloqué, sinon abasourdi. Comment, Vive la France ! Est-ce une protestation, un cri séditieux, une insulte ? Cela paraissait au moins une indélicatesse grave vis-à-vis du représentant officiel de la couronne britannique. Le noble lord ne put s'empêcher d'en faire la remarque au supérieur de l'étabhssement.

Deux mots d'explications suffirent. C'étaient de petits Français, fils et petits-fils de Français, fiers de leur origine et fidèles aux traditions du passé, mais heureux de rendre leur hommage de Français au régime paternel sous lequel ils avaient l'avantage de vivre libres et prospères.

« — Ah ! s'il en est ainsi, s'écria le généreux diplomate, c'est autre chose : chantez « Vive la France » ! mes enfants, tant que vous le voudrez ; je suis même prêt à chanter avec vous !

Et lord Aberdeen ajoutait en terminant :

)) — Alors, tous ces petits Canadiens -français, dans un mouvement spontané dont je fus vivement touché, se levèrent comme un seul homme en entonnant le « God Save the Queen ».

Alliance Nationale, 1901. Louis Fréchette

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