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UNE ESCAPADE DE JOURNALISTES

Le 12 février 1836, pendant que nos députés discutaient de graves problèmes, PhiUppe Aubert de Gaspé et Napoléon Aubin, tous deux rédacteurs du « Fantasque », se glissaient dans la garderobe de la

Chambre d'Assemblée, et de Gaspé jetait sur le poêle une certaine quantité d'« assa-fœtida ». Une odeur nauséabonde se répandit presque aussitôt non seulement dans la garde-robe et la Chambre d'Assemblée mais dans toutes les autres pièces du bâtiment. Nos deux espiègles s'étaient aussitôt esquivés. Le « Canadien » du même jour disait :

« Avant-hier la nuit quelque étourdi a essayé de jeter une bouteille d'« assa-fœtida» hquide sur des poêles de la salle des séances, dans la Chambre d'Assemblée. On s'est servi d'une échelle pour monter jusqu'à la croisée du coin du nord, et on a cassé deux vitres, une dans chacune des deux premières fenêtres, mais soit oubli, soit manque de force, la bouteille est restée en dehors de la croisée intérieure, où elle a été trouvée le matin cassée et la plus grande partie du Uquide empestant renversée sur la tablette. La même tentative a été répétée ce soir aussitôt après l'ouverture de la séance. De l'assa-fœtida a été jetée sur plusieurs poêles dans l'intérieur de la Chambre, et bientôt l'odeur est devenue insupportable dans tout le bâtiment, qu'on a aussitôt fumigé avec de la résine. Les empesteurs ont été vus ».

Le « Canadien » disait vrai. Les « empesteurs » avaient en effet été vus et, le lendemain, 13 février, MM. Séraphin Bouc, député de Terrebonne, et Alphonse Wells, député de Shefford, les dénonçaient à la Chambre. La Chambre décréta, le même jour, que de Gaspé et Aubin s'étaient rendus coupables d'infraction à ses privilèges et elle ordonna à son orateur d'expédier son warrant pour les mettre sous la garde du sergent d'armes. L'orateur se hâta de confier un mandat d'arrestation au sergent d'armes, M. Coulson.

Les deux journalistes, qui avaient été tenus, par leurs amis, au courant des délibérations de la Chambre d'Assemblée, eurent le temps d'échapper à la poursuite du sergent d'armes. Ils se réfugièrent au manoir de Saint-Jean-Port-Joli où ils passèrent le reste de 1 hiver. Dans l'intervalle, des amis influents avaient fait des démarches auprès des députés et lorsque les deux journalistes se montrèrent de nouveau dans les rues de Québec on les laissa en paix.

Philippe-Aubert de Gaspé est un des auteurs les plus populaires du Canada. Né en 1786, il est mort en 1871.

Napoléon Aubin, journaliste français, né en 1812, mort à Montréal en 1890, fonda en ce pays plusieurs journaux.

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