‹ Anecdotes canadiennesChapitre 186 sur 350 · UN MORT QUI SE PORTE BIEN · texte numérisé non relu

UN MORT QUI SE PORTE BIEN

Pendant notre séjour à Paris, Hébert (le statuaire) se promenait un jour avec Faucher, quand, en passant rue du Bac, l'artiste fit remarquer à son compagnon quelque chose, un livre exposé chez un libraire, en la fort bonne compagnie d'ouvrages des premiers écrivains français.

« — Tiens ! dit Faucher, A la Brunante, un de mes livres I Justement, j'en ai besoin, l'ayant promis à Claretie. Entrons !

— Combien ce livre, A la Brunante ?

— Vingt francs, monsieur.

— Vingt francs, c'est bien cher, ce me semble ?

— Non, monsieur, l'auteur, un Canadien, est mort depuis peu ; ses ouvrages sont très rares et très demandés. Prenez-le à vingt francs, croyez-moi, il en vaudra trente dans quelques jours.

— C'est votre dernier prix ?

— Le dernier.

Faucher paya royalement et s'en alla, tout surpris de voir que sa plume était si estimée en France, et tout heureux de se sentir si vigoureux et si vivant... quoique mort.

)) — Ah ! mon cher, dit-il à Hébert en partant, si j'étais vraiment mort, je crois que je ferais fortune ».

Monde Illustré. V. 322. Léon Ledieu

Narcisse-Henri-Édouard Faucher de Saint-Maurice naquit en 1844 et mourut en 1897. Avocat, député et littérateur.

Léon Ledieu, journaliste français, né en 1845, collabora surtout au Monde ' Illustré et h la Presse. Mort en 1907.

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